Éditos

Prix de thèse de la SFLGC 2023

Le cinquième Prix de thèse de la SFLGC a été remis, en ouverture de l’AG de la SFLGC, le samedi 18 novembre 2023, à Marie Mossé pour sa thèse intitulée L’invention du voyage d’Islande au XIXe siècle : genèse, contexte et enjeux d’une forme littéraire, préparée sous la direction d’Alain Guyot (Université de Lorraine) et de Daniel Chartier (Université du Québec à Montréal).

Selon ses termes, la thèse a consisté à se demander si et comment un vaste ensemble de récits de voyage consacrés à l’Islande entre le dernier quart du XVIIIe siècle et le début du XXe siècle constituait une forme littéraire identifiable, le voyage d’Islande. Il s’est d’abord agi de compiler ces récits de voyage, puis d’interroger les conditions d’émergence de leur littérarité. Dans cette optique, l’on a tout particulièrement étudié la résurgence de modèles d’écriture et de thèmes récurrents, empruntés à la littérature de voyage antérieure, mais aussi à la littérature islandaise médiévale et moderne que les voyageurs occidentaux des XVIIIe et XIXe siècles contribuaient justement à faire connaître dans leurs pays d’appartenance respectifs. Il appert que deux éléments conditionnent la littérarité du corpus d’étude : la récurrence de patrons textuels progressivement décorrélés de leur ancrage référentiel ; l’irruption de la fiction dans le récit de voyage par l’entremise d’un corpus littéraire islandais dont le statut épistémologique est lui-même incertain.

Le jury a également attribué une mention spéciale à Marion Lata, pour sa thèse intitulée Matières de lecture. Pour une théorie de l’exemplaire, de la littérature papier à la littérature numérique, préparée sous la direction de Sophie Rabau (Université Sorbonne Nouvelle).

Marion Lata a exposé comment ce travail construit, à partir de la notion d’exemplaire, une théorie matérielle de la lecture. Compris comme objet individuel de la réception, l’exemplaire y est conceptualisé et détaché de la notion d’œuvre, dont la philosophie esthétique le fait traditionnellement dépendre, pour devenir le point d’annulation d’un certain dualisme théorique observable depuis les années 1960. Sa matérialité est appréhendée dans une perspective comparatiste en considérant les différents supports et modes d’inscription (manuscrit, imprimé, numérique) qui produisent des objets de lecture. Au sein de ce paradigme, des concepts sont proposés pour penser, en rupture avec l’identité du texte, la diversité et les variations de nos exemplaires, ainsi que la manière dont se construisent, au fil de la lecture, les corps singuliers avec lesquels nous les lisons. Un tel déplacement du cadre théorique permet d’examiner à nouveaux frais les différentes modalités de l’action lectorale, envisagée comme performance matérielle.

 Le jury salue la grande qualité des thèses qui lui ont été soumises et félicite chaleureusement les deux lauréates.