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Ouverture et présentation : Pour un comparatisme glocal et transcalaire

ARTICLE

Mondialisation

Ce mot, choisi parce qu’il peut a priori sembler commode et facilement compréhensible, doit néanmoins être discuté, voire contesté. Dans une perspective transdisciplinaire, on remarque que la plupart des sciences humaines le remettent en question, allant jusqu’à le transformer, le retourner ou l’abandonner. Certains économistes envisagent, au moins depuis les années 2000, le contre-modèle d'une « démondialisation » (Sapir, [2011] 2021), dans le sillage des prises de position de l'économiste philippin Walden Bello en faveur d’une « deglobalization » (Bello, 2002). Ces réflexions trouvent un écho dans les débats politicomédiatiques sur La Mondialisation malheureuse (Guénolé, 2016). Au-delà de ces débats, le choix même du terme « globalization » plutôt que mondialisation sous-tend une contestation des significations portées par ce dernier (world, worldification). À « mondialisation », l’historiographie préfère aujourd’hui elle aussi ce terme de « globalisation ». Dès les années 1990, aux États-Unis, la formule « histoire mondiale » (World History) semble devenue peu crédible, parce qu’elle prétend à une position surplombante et complètement élargie jugée aussi déraisonnable méthodologiquement que suspecte intellectuellement. La notion de « monde » – a fortiori celle de « mondialisation » – est soupçonnée de supposer une « civilisation » unique, culturellement européo-étasunienne, voire exclusivement étasunienne, jusque dans les formes critiques de la « McDonaldization » (Ritzer, 1993) ou de la « disneyization » (Bryman, 2004) que les sciences sociales ont analysées. On lui préfère donc « histoire globale » (Global History), en renonçant à l’ambition de couvrir dans le même mouvement toutes les aires géoculturelles du monde, pour signifier l’étude des processus associés au concept de globalization, c’est-à-dire de l’ensemble des connexions qui relient les actes et les événements à leurs causes et à leurs conséquences dans un contexte de plus en plus interconnecté et interdépendant (Bruce Mazlish, 1998). « Monde », comme « mondialisation », désigneraient ainsi un champ d’études international à prétention totalisante, quand le concept de « globalisation » permettrait de penser les interconnexions continues entre les histoires et les cultures.

Dans le même sens, l’historien allemand Sebastian Conrad rappelle que la notion de « monde » est instable, puisque les « visions » du monde n’ont cessé d’évoluer et de se transformer au fil des époques et des cultures. Il utilise Globalgeschichte (plutôt que Weltgeschichte) pour introduire la notion d’« histoire globale » (Conrad, [2013] 2023). Selon lui, renoncer au projet d’une « histoire mondiale » se voulant totale, c’est remettre en question l’européocentrisme dans une perspective postcoloniale, en abandonnant dans le même temps l’ancien cadre unique de l’État-Nation au profit d’une approche globale, fondée sur une autre méthodologie, qui s’intéresse précisément aux circulations, aux contacts, aux échanges en forme d’intersections et d’interactions, entre les processus mondiaux et des événements circonscrits. L’idéal téméraire et non dénué d’arrière-pensées d’un champ de recherche totalisant laisse ainsi la place à une démarche heuristique qui entend examiner les réseaux de contacts, les diversités, leurs dynamiques et leurs interférences. Dans la plupart des domaines de la recherche et de l’enseignement académique aujourd’hui concernés en histoire (voir par exemple le Manuel d’Histoire globale de Chloé Maurel, 2014), le terme « global » a remporté la partie, tout comme en économie, en sciences politiques et dans l’anthropologie postcoloniale anglophones, qui utilise également ce terme, pour examiner ce qui fait la « condition de l’homme global » (Appadurai, 2013). L’intérêt pour la globalisation a alors pour ambition de faire collaborer plusieurs courants de l’historiographie et leurs méthodologies : l’histoire comparée à laquelle appelait Marc Bloch au tournant du XIXe au XXe siècle (Bloch, 1928), l’histoire diplomatique, devenue histoire des relations internationales dans les années 1950, la géopolitique, plus tard l’histoire postcoloniale et l’histoire connectée (Subrahmanyam, 2004). De leur côté, les sciences sociales ont forgé, à partir des années 1980-1990, un néologisme particulièrement fécond pour une réflexion comparatiste : la « glocalisation » (“glocalization” en anglais. Ce mot-valise, fusionnant « global » et « local », circule également sous sa forme adjectivale, « glocal »). D’abord utilisé dans le marketing, pour sensibiliser les entreprises internationales à l’adaptation de leurs productions et de leurs discours aux habitudes de consommation locales, le mot est détourné par la sociologie (Roudometof, 2016), pour nuancer le sens de « globalisation » en insistant plus spécialement sur les phénomènes dont la définition et l’analyse appellent à la fois des considérations élargies, globales, et restreintes, locales ou régionales, en interaction réciproque.

Tous ces mouvements sont avant tout caractérisés par une démarche intégrative, partant de l’idée qu’aucune société ne peut être étudiée et comprise isolément. Il en est évidemment de même dans l’approche littéraire comparatiste, qui fait de cette intégration et de l’analyse des phénomènes de contacts, de connexions, de circulations et d’échanges sa raison d’être, au cœur de ses perspectives, de ses corpus et de ses méthodes. Le comparatisme partage aussi dans ces larges projets les mêmes risques que les autres disciplines, face aux mêmes écueils, bien connus mais toujours menaçants : le différentialisme, l’essentialisme, le relativisme culturel autant que l’universalisme simplificateur et superficiel, la difficulté à prendre en considération de façon informée et nuancée les diversités de points de vue, les modes cognitifs, les spécificités culturelles et linguistiques, etc. Si les études de littératures comparées partagent avec les sciences humaines certaines directions méthodologiques et la volonté de conjurer certaines menaces, on constate aussi qu’elles manifestent souvent les mêmes soupçons à l’égard de la notion de « mondialisation », et même du mot « monde ».

Certes, en contexte littéraire – notamment francophone –, l’emploi de ces deux mots résiste, en particulier dans la formule « littérature mondiale », en écho aux travaux sur la world literature aux États-Unis, et comme par fidélité, implicite ou explicite, à la notion de Weltliteratur, forgée par Goethe puis reprise par Marx et Engels dans le Manifeste du parti communiste (Damrosch, [2003] 2023). Pascale Casanova emploie fréquemment « mondial » (Casanova, [1999] 2008), mais souvent en mauvaise part pour l’associer à des situations de « domination » (Casanova, 2015), quand « global » ou « globalisation » n’apparaissent que fort rarement dans les études littéraires et comparatistes en français (voir néanmoins par exemple Pesaro, Zhang, 2017) – peut-être parfois seulement dans le souci d’éviter un anglicisme en se distinguant des recherches anglophones. Reste que « mondialisation », comme « monde » (ou « mondial »), sont fréquemment contournés, paraphrasés ou complétés, au profit de différentes formulations qui viennent les remettre en question, les nuancer ou les critiquer, sans toujours éviter les ambiguïtés et les hésitations. Déjà René Étiemble avait choisi de parler de « littérature (vraiment) générale », de « comparatisme planétaire » ou même, non sans provocation, de « littérature universelle » (Étiemble, 1974, 1982, 1988). Au tournant du XXe au XXIe siècle, Édouard Glissant, renouvelle la terminologie pour se dégager de ces connotations pesantes et propose des mots-composés comme « totalité-monde » ou « Tout-monde » : « J’appelle Tout-monde notre univers tel qu’il change et perdure en échangeant et, en même temps, la “vision” que nous en avons. » (Glissant, 1997, p. 176). Or c’est dans la « relation » à ce « Tout-monde » que s’établit l’œuvre littéraire : « La littérature provient d’un lieu mais elle convient d’autant mieux au lieu qu’elle établit une relation entre ce lieu et la totalité-monde. » (Glissant, 1996, p. 34). Dans la même perspective critique, on a pu aussi préférer renouveler en bonne part les significations de « mondialité », pour les opposer à une « mondialisation » assimilée à un « régime totalitaire » (Patrick Chamoiseau, 2014, p. 93) imposant l’uniformisation et la standardisation en invisibilisant et en réduisant les diversités. Cette mondialisation « totalitaire » est alors dénoncée comme « néolibérale » à partir des années 1980 et, plus récemment, comme « impériale » et « néocoloniale », les « empires » se partageant autoritairement la planète en zones d’influences. Les approches les plus récentes, dans la critique francophone, interrogent ces concepts avec la même circonspection, à partir de formules qui reconsidèrent leurs significations et leurs emplois. William Marx envisage la « bibliothèque du monde » (Marx, 2020) quand Jean-Marc Moura entend cerner les multiples approches de la « totalité littéraire » (Moura, 2023), et si, sous la plume de Jérôme David, on retrouve la « littérature mondiale », c’est pour la considérer à la façon d’un « rêve » aussi bien que d’un « cauchemar » (David, 2025).

Apories et perspectives méthodologiques

Littératures et globalisation, Littératures et glocalisation, Littératures et mondialité, Littérature et totalité-monde… bien d’autres intitulés auraient pu être proposés pour ce 44e congrès de la Société Française de Littérature Générale et Comparée. En fait, quelle que soit la terminologie choisie, dans le champ des études littéraires comparatistes, la coordination de ces deux notions entendait principalement suggérer le réexamen délicat des problématiques de la « littérature mondiale », considérée comme hétérogène et plurielle, et associée, au moins depuis Erich Auerbach, à une situation aporétique à plusieurs niveaux. Dans son essai Philologie de la littérature mondiale (Auerbach [1952] 2005), Erich Auerbach formule l’hypothèse d’une homogénéisation progressive du monde et des langues, processus qui conduirait paradoxalement à la fois au parachèvement de la notion de littérature mondiale et à sa disparition :

Si l’humanité parvient à survivre aux bouleversements qu’entraîne un processus de concentration si brutal, si impétueux et si mal préparé dans les consciences, il faudra s’habituer à l’idée que, sur une terre organisée de façon homogène, seule une unique culture littéraire, voire, dans des délais relativement courts, seules quelques rares langues littéraires, bientôt une seule, peut-être, resteront en vie. Ce qui serait tout à la fois la réalisation et la ruine de l’idée de littérature mondiale. (Auerbach, [1952] 2005, p. 26)

Cette prophétie quelque peu désespérante montre qu’Erich Auerbach considère la « littérature mondiale » non seulement comme une somme, sous la forme d’un « matériau infini » dont disposent désormais les chercheurs (Auerbach [1952] 2005, p. 30), mais aussi comme une pluralité constituée par la variété extrême de corpus en contact dans la diversité des langues originales et des traductions. C’est précisément cette richesse infinie qui est à la fois porteuse d’espoir et de difficultés confinant à l’insurmontable. Car la recherche et la critique littéraires se heurtent à une autre aporie, à un niveau cette fois plus particulier : comment appréhender et maîtriser ce « matériau infini », sans se noyer dans le puits sans fond de l’érudition ou la quête illusoire d’une impossible synthèse générale ? Plutôt que de tenter en vain d’appréhender cette totalité, il faudra donc se résoudre à aborder les littératures comme un infini, c’est-à-dire comme impossible à parcourir, connaître et traiter complètement dans le temps d’une existence humaine. René Étiemble pointait cette impuissance avec un peu de cruauté, en proposant la comptabilité bien improbable du nombre de livres lus dans une vie qui serait pratiquement entièrement consacrée à la lecture (Étiemble, 1988, p. 29), mais il suggéra aussi à plusieurs reprises, en réponse, le développement de la constitution de groupes de chercheurs collaborant en unissant leurs différentes compétences littéraires et linguistiques. Erich Auerbach était sur ce point bien plus dubitatif. Selon lui, le travail en « groupe organisé » (Auerbach [1952] 2005, p. 32), s’il permet d’enrichir les connaissances mises en commun afin d’améliorer la maîtrise d’un large ensemble, échoue in fine à les synthétiser, car la synthèse lui semble par définition le résultat d’une « intuition combinatoire » particulière et individuelle (Auerbach [1952] 2005, id.). En dépit de ces obstacles, Erich Auerbach prodigue un conseil, qu’on peut considérer comme un encouragement, en recommandant une attention extrême au choix de ce qu’il appelle le « point de départ » de la recherche en littérature, autrement dit « une prise » : « Ce point de départ doit être un ensemble de phénomènes nettement circonscrits, aisément saisissables ; et leur interprétation doit posséder un rayonnement qui la rende capable d’ordonner et d’interpréter par contagion une aire bien plus vaste que celle de départ. » (Auerbach [1952] 2005, p. 34). Dans notre perspective, ce point de départ, qui doit être précis et concret, vaut aussi, ou surtout, par son « rayonnement potentiel », car « il doit rayonner de telle façon qu’à partir de lui, on puisse toucher l’histoire mondiale. » (Auerbach [1952] 2005, p. 35, 36).

Face à ce « rayonnement », qui touche à la dimension mondiale et est impossible à appréhender d’un coup dans sa totalité, on pourra proposer de raisonner en considérant différentes échelles, qui correspondent à différents niveaux de création et de diffusion, sur des aires relevant de différents ordres de grandeur géoculturels. Ce mode de raisonnement et d’analyse, appelé scalaire, a d’abord été théorisé par la géographie et l’histoire, puis transféré dans les études sur les littératures et sur les arts (Tavel Clarke, Wittenberg, 2017). L’approche d’un phénomène littéraire global ou élargi suppose alors un point de vue multiscalaire, qui nécessite dans un premier temps d’identifier différentes échelles, dans une gradation de l’(hyper)local au régional, national, aréal, et – au moins potentiellement – mondial. Le concept de « glocalisme » trouve ici sa méthode. L’ensemble de ces différents niveaux, qui constitue le spectre scalaire de l’étude, doit être identifié méthodiquement, car chaque niveau est d’abord à considérer pour lui-même : ce ne sont pas les mêmes textes, les mêmes langues, les mêmes phénomènes, ni les mêmes enjeux qui sont concernés à toutes les échelles. Une même œuvre se transforme d’une échelle à une autre, mais aussi au sein d’une même échelle, à travers ses traductions, adaptations, réceptions et interprétations successives. Il est donc impossible de postuler qu’on étudie exactement le même objet à différents niveaux, tant les contextes linguistiques et socioculturels, les translations et les (ré)interprétations diffèrent selon les échelles. Les repérages et la mise en place de cette perspective multiscalaire ne valent ensuite, pour le comparatiste, que parce qu’ils permettent de penser l’élargissement à plusieurs champs linguistiques et culturels, dans le même temps qu’ils permettent de commencer à problématiser une approche transcalaire. Si aucun niveau ne prime a priori sur les autres, l’approche comparatiste porte tout spécialement son attention sur les transformations, les variations et les reconfigurations qui se dessinent entre les différentes échelles considérées. Le mouvement analytique consiste à passer d’une échelle à une autre, de la singularité de l’œuvre dans son « lieu » initial, dans l’espace socioculturel de sa création, jusqu’à sa circulation et sa réception dans les autres niveaux. Ce sont alors les intersections entre les différentes échelles qui doivent faire l’objet d’une attention particulière, d’où l’importance des carrefours, des capitales littéraires, des pôles culturels, des migrations et des contacts de langue, ou encore des zones de diffusion ou d’influence. Étudier sur plusieurs échelles ces configurations et reconfigurations, multipolaires, instables et complexes, vise à saisir et à éclairer non pas à proprement parler la totalité des phénomènes littéraires mondiaux, mais les dynamiques particulières qui sont à l’œuvre dans ce qui constitue un ensemble de processus glocaux. L’histoire des connexions réelles, le repérage et l’étude des contacts synchrones, des rencontres, sont cruciaux dans cette démarche, et invitent à considérer plus spécialement les figures d’intermédiaires et leurs différents rôles. Écrivains multilingues, voyageurs ou migrants, traducteurs, médiateurs ou passeurs de toutes sortes… tous ces acteurs transcalaires, comme leurs productions, apparaissent comme les agents principaux à l’origine de ces dynamiques.

Toutefois, et principalement pour la période récente, on devra aussi examiner les conséquences de l’apparition de nouveaux outils et de différents moyens techniques qui viennent brouiller ces échelles (des progrès de l’aviation et des transports à l’apparition d’internet, des communications électroniques et de tous les traitements numériques du texte et de la pensée). Ces outils amplifient les contacts et les phénomènes de réception, court-circuitent la circulation et la traduction des idées et des œuvres, produisent des rapports accélérés et des interférences, parfois jusqu’à la simultanéité. Dans ce nouveau contexte, qualifié d’hyperconnecté, les échelles ne constituent pas nécessairement des espaces spatialement reliés et continus, ni ne s’imbriquent toujours en fonction de leurs ordres de grandeur. Cette perspective, à la fois transcalaire et glocale, dès lors qu’elle est consciente de ces phénomènes de brouillage et les prend en considération, offre l’occasion de sortir de l’opposition entre microanalyse et macroanalyse — non pour les confondre, mais parce qu’elles ne valent qu’articulées ensemble : tout microanalyse porte potentiellement la marque de phénomènes relevant d’une autre échelle, éclairant ainsi non seulement son propre niveau mais aussi les relations transcalaires. Ces quelques pistes laissent entrevoir la possibilité d’un comparatisme glocale et transcalaire en capacité d’étudier, malgré tout, la « littérature mondiale » ou, plus exactement, sans doute, les littératures en contexte globalisé.

L’ouverture de la littérature comparée française à des corpus « mondiaux », avec l’introduction progressive d’œuvres extra-européennes dans les travaux de recherche et les programmes académiques, est encore assez récente en cette fin du premier quart du XXIe siècle, malgré les appels tonitruants et répétés de René Étiemble pour la pratique d’un « comparatisme planétaire » lancés il y a plus d’un demi-siècle. Cette ouverture est une condition nécessaire, mais non suffisante, car elle suppose aussi la mise en place d’une réflexion sur la méthodologie d’un tel élargissement. L’« art méthodique » (Brunel, Pichois, Rousseau [1983] 2000, p. 150) comparatiste peut désormais être revisité à l’aune de ces nouvelles échelles. Non pas par un goût mégalomaniaque de la démesure qui serait propre à la discipline, le global turndes sciences humaines ayant largement précédé celui des études littéraires en France, y compris comparatistes, mais en construisant des perspectives raisonnées et raisonnables – ayant renoncé au rêve de la totalité – pour considérer et analyser dans différentes configurations, scalaires, multiscalaires et transcalaires, des sujets nets, à partir de points de départ bien choisis, permettant progressivement d’éclairer les parts révélatrices des dynamiques littéraires et culturelles qui composent le mouvement global des idées et des créations. C’est dans cet esprit que s’organisent les contributions réunies dans ce volume.

Présentation

On s’interroge d’abord sur la notion de Weltliteratur qui, loin de constituer un concept stable, apparaît comme un espace de tensions irrésolues entre universalité et particularité, inclusion et exclusion, mondialisation et fragmentation. Les trois premières contributions déconstruisent ainsi l’illusion d’une littérature mondiale unifiée, tout en explorant les conditions paradoxales de son émergence. Jean-Marc Moura, examinant les pratiques contemporaines, montre comment la mondialisation effective des circulations littéraires révèle un « système mondial inégal ». Face à cette réalité, les approches théoriques et critiques divergent radicalement, sans parvenir à résoudre l’aporie fondamentale : comment penser une totalité littéraire dans un monde « sans substance », « globalitaire » plutôt que cosmopolite, où la composition des mondes au pluriel remplace l’unité perdue ? Jean-Pierre Dubost rappelle que le terme goethéen, inscrit dans une constellation de concepts philosophico-esthétiques germaniques, naît d’une « mondialité de la conscience » inséparable du devenir historique, oscillant entre hospitalité culturelle (Weltgabe) et hiérarchies eurocentrées qui excluent les « curiosités » orientales au nom de la « belle humanité » grecque. Didier Coste prolonge cette critique en démontrant comment le plurilinguisme textuel, qui pourrait incarner cette mondialité, se trouve systématiquement dénié ou minorisé. Plus le texte s’ouvre aux langues multiples, plus il risque paradoxalement de se refermer sur une communauté restreinte, condamnant la Weltliteratur à une « solitude mondiale ». Ces trois contributions dessinent ainsi les contours d’une Weltliteratur « improbable », dont la valeur heuristique réside précisément dans l’écart entre l’aspiration universaliste et les mécanismes de domination, entre la promesse d’un monde commun et la réalité d’une mondialisation fragmentée et conflictuelle.

Au cœur de la deuxième section, l’idée d’une « bibliothèque mondiale » révèle une tension fondamentale entre des projets utopiques, marqués par une aspiration totalisante, et les contraintes matérielles de leur réalisation. Les contributions d’Alexia Gassin, Laude Ngadi Maïssa et Hélène Martinelli montrent que toute entreprise de constitution d’une bibliothèque mondiale se heurte à l’aporie du dénombrement et de la complétude, tout en déplaçant diversement les enjeux vers la construction de canons, la circulation éditoriale ou la matérialité visuelle du livre. Alexia Gassin retrace l’ambitieux projet de Maxime Gorki qui, dès 1918-1919, envisage de publier environ 2000 œuvres dans les éditions « Littérature mondiale », couvrant les littératures occidentales et orientales avec une volonté explicite de dépasser l’eurocentrisme. L’écart entre l’intention initiale et la réalisation effective témoigne de l’impossibilité pratique d’embrasser la totalité littéraire mondiale, même dans un contexte révolutionnaire favorable. Laude Ngadi Maïssa aborde la question sous l’angle du canon et de la légitimation, en analysant comment Michel Le Bris construit progressivement, à travers les anthologies, la revue Gulliver et le festival « Étonnants Voyageurs », un canon de la « littérature-monde » fondé sur le « retour du monde ». Le canon de Michel Le Bris, loin de la neutralité universaliste proclamée, s’avère cependant « essentiellement européen et occidental, sinon français », privilégiant les écrivains « post-coloniaux » francophones à succès en France plutôt qu’un véritable décentrement. Hélène Martinelli déplace radicalement la problématique en interrogeant l’absence surprenante de l’image dans les théorisations de la littérature mondiale, de Goethe à Auerbach. Elle reconstitue deux intuitions de livre mondial en images : celle de Martin Bodmer, collectionneur et théoricien, qui envisage une « bibliogenèse » attentive à la matérialité des supports (manuscrits, papyri, hiéroglyphes) et une « bibliosophie » dépassant le textocentrisme ; celle de Lazar Lissitzky qui, en 1926-1927, prophétise l’avènement d’un « livre hiéroglyphique international » fondé sur un « nouveau langage plastique », accessible sans apprentissage linguistique préalable. Ces pratiques, négligées par la recherche actuelle centrée sur la traduction verbale, révèlent que « l’étude des caractéristiques visuelles du livre permet de problématiser les frontières linguistiques » et d’envisager des formes de circulation extraverbales, voire de « mondialisation du livre en images » échappant partiellement aux hiérarchies linguistiques. Toute bibliothèque mondiale apparaît ainsi nécessairement partielle, située et traversée par des rapports de pouvoir, mais ces études ouvrent aussi des pistes pour dépasser le textocentrisme et l’eurocentrisme : l’attention aux littératures périphériques et orientales chez Maxime Gorki, la reconnaissance des genres paralittéraires chez Michel Le Bris et la prise en compte de la matérialité graphique du livre.

Historiciser les mondialisations littéraires impose de penser la pluralité temporelle du phénomène et d’interroger les modalités concrètes – matérielles, éditoriales, discursives – par lesquelles des œuvres et des imaginaires circulent ou se figent à travers l’espace mondial. Les trois contributions rassemblées dans la troisième section partent d’objets textuels situés (un dialogue colonial du XVIe siècle, des fictions historiques contemporaines sur le Baroque, l’œuvre de Robert L. Stevenson et sa réception critique) pour éclairer les décalages, les contradictions et les refoulements qui traversent les différentes configurations historiques de la mondialisation littéraire. Ces études montrent que la circulation à grande échelle des textes s’accompagne toujours d’asymétries structurelles. Qu’il s’agisse de la voix de l’Amérindien Tito dans les Coloquios de la verdad de Pedro de Quiroga, progressivement instrumentalisée au point de se confondre avec celle de l’auteur missionnaire, des savoirs extra-européens systématiquement filtrés ou détruits dans les fictions contemporaines sur le Baroque, ou de l’exclusion puis de la réhabilitation contradictoire de Robert L. Stevenson selon les époques, ces trois cas illustrent un même constat : la mondialisation littéraire n’est jamais un processus équitable mais charrie des rapports de domination qui déterminent ce qui peut circuler, sous quelle forme, et avec quelle légitimité. Ces trois études démontrent ainsi que les mondialisations littéraires sont toujours plurielles, non seulement parce qu’elles se succèdent chronologiquement, mais parce qu’elles se superposent, se contaminent et produisent des effets de palimpseste dans les imaginaires. Elles invitent aussi à croiser l’analyse des discours et celle des structures matérielles, car c’est dans l’écart entre ce qui est dit de la mondialisation et ce qui circule effectivement que se révèlent les impensés et les violences symboliques de ce processus.

La quatrième section (De la marge au monde : circulation et résistance des littératures « périphériques ») explore la façon dont les littératures dites « périphériques » interrogent et déstabilisent les hiérarchies spatiales et symboliques établies par les processus de mondialisation. Les contributions rassemblées ici partagent une préoccupation commune : comment penser les littératures qui s’écrivent depuis des marges – géographiques, linguistiques, culturelles – et qui, par leur existence même, questionnent les critères de valeur et de circulation des textes à l’échelle mondiale ? Un premier enjeu majeur concerne les mécanismes par lesquels certains espaces et certaines langues sont assignés à la périphérie. Les contributions montrent que cette marginalisation n’est pas un simple constat géographique, mais le produit de rapports de pouvoir qui s’exercent à différentes échelles. Qu’il s’agisse des Highlands écossais, de la Patagonie, des campagnes du Henan ou des territoires occitans et estoniens, ces espaces sont construits discursivement comme « autres » par rapport à des centres qui se définissent eux-mêmes dans ce rapport d’altérisation. L’« orientalisme intérieur » apparaît ainsi comme un concept opératoire pour comprendre comment des récits de voyage, des textes ethnographiques ou des pratiques éditoriales produisent une représentation homogène d’espaces pourtant hétérogènes, les réduisant à quelques traits essentialisés : le primitif, le désert, l’authenticité perdue, l’arriération économique ou culturelle. Cette construction imaginaire accompagne et légitime des processus concrets de domination territoriale, qu’il s’agisse de conquêtes militaires, d’assimilation linguistique ou de marginalisation économique dans les circuits de production culturelle. La question linguistique apparaît au cœur du problème. Les langues dites « régionales », « minoritaires » ou « dialectales » cristallisent les rapports de domination : leur dévalorisation symbolique va de pair avec leur exclusion des circuits de légitimation culturelle et économique. Mais ces langues sont aussi le lieu d’une résistance et d’un ancrage identitaire puissant. La section pointe ainsi la violence symbolique exercée sur les langues minorées à travers le monde – l’occitan qui « attend encore son fou » pour le diffuser, l’estonien menacé de disparition en exil, les dialectes du Henan réduits à des « patois » –, mais aussi les stratégies de réappropriation mises en œuvre par les écrivains et traducteurs, qui contestent l’hégémonie des langues dominantes et les critères esthétiques qui en découlent. Les textes périphériques ne cherchent pas nécessairement à accéder à un statut « mondial », mais affirment la valeur intrinsèque de circulations à d’autres échelles, locales ou régionales, contestant ainsi l’équivalence implicite entre la qualité littéraire d’une œuvre et son rayonnement international.

Les mutations esthétiques qu’entraîne la mondialisation littéraire sont analysées dans la section « Traduction, circulation, hybridation des formes », à travers cinq études de cas. L’enquête s’ouvre sur les écrivains-traducteurs japonais Yōko Tawada et Haruki Murakami, dont les réécritures de Franz Kafka relèvent de deux stratégies opposées face à la circulation mondiale : là où Murakami mise sur l’auto-traduction et l’affiliation à la littérature américaine, Tawada privilégie le plurilinguisme et la déstabilisation des frontières linguistiques. Vanessa Besand interroge quant à elle le « réalisme magique » comme forme hybride mondialisée, dépassant le clivage entre tendance « épistémologique » occidentale et tendance « ontologique » postcoloniale par une approche sensible qui montrent aussi que des tensions théoriques persistent. Florian Fraissard propose une lecture créole de la littérature gay contemporaine : en appliquant la pensée de la créolisation à un corpus indien, suédois et chilien, il questionne les rapports entre identités sexuelles et nationales dans un espace marqué par l’américanisation culturelle. Marie Bouchereau examine la robinsonnade caribéenne de Patrick Chamoiseau où la réécriture du mythe colonial devient vecteur d’une « identité-rhizome » qui privilégie la mise en relation contre l’uniformisation. Enfin, Paolo Dias Fernandes explore la numérisation poétique en confrontant bibliothèques institutionnelles et instapoésie : la circulation numérique apparaît moins comme garantie d’universalisation que comme terrain fragmenté où visibilité locale et découvrabilité transnationale restent asymétriques. Ces contributions mettent en lumière les processus concrets par lesquels la mondialisation reconfigure l’invention formelle : réécritures transculturelles, migrations génériques, hybridations linguistiques et médiatiques. Loin d’une simple diffusion, ces circulations donnent à considérer là aussi des rapports de force, des stratégies de positionnement et l’émergence de formes inédites qui témoignent autant des asymétries du marché mondial du livre que de la créativité des résistances et réappropriations.

La section « Voix communistes : entre mondialisation et internationalisme » interroge le paradoxe d’une littérature qui se proclame « internationale » tout en imposant des cadres idéologiques contraignants, et examine les stratégies de résistance ou de contournement que développent les écrivains face à ces tensions. Victoria Pleuchot se penche sur les communautés littéraires ouvrières de l’entre-deux-guerres et dévoile le paradoxe de la littérature internationale soviétique : tandis que l’URSS promeut une culture prolétarienne mondiale, cette internationalisation s’accompagne d’une uniformisation idéologique qui refuse l’hétérodoxe. Face à cette « littérature de soumission », les communautés locales d’Henry Poulaille à Paris et de Jack Conroy dans le Midwest américain privilégient la diversité des expériences ouvrières contre les injonctions partisanes. Oriane Chevalier examine la poésie underground des régimes communistes et son paradoxe : des voix d’abord étouffées localement, qui retentissent sur la scène internationale avant de se faire entendre dans leur pays d’origine. Du samizdat au tamizdat, ces poésies circulent clandestinement puis, via la traduction vers des « langues mondialisantes », accèdent au statut de world literature au prix d’un déracinement de leur esthétique subversive et de leur contexte politique. Hélène Beauchamp étudie le cas de María Teresa León et le théâtre d’agit-prop dans l’Espagne des années 1930, révélant comment la propagande et la guerre civile deviennent paradoxalement des facteurs de mondialisation littéraire. « Passeuse » culturelle entre théâtre soviétique et scène espagnole, María Teresa León incarne une internationalisation concrète du théâtre révolutionnaire, nourrie par les réseaux de l’Alliance des Intellectuels Antifascistes. Ces contributions considèrent les ambiguïtés profondes de l’internationalisme culturel communiste : entre idéal de solidarité transnationale des opprimés et tentative d’uniformisation au service d’un projet idéologique, entre circulation clandestine et reconnaissance mondiale, entre propagande contraignante et créativité esthétique. Elles montrent également comment se construisent des espaces de résistance qui témoignent d’une autre mondialisation littéraire, façonnée par les marges et les dissidences.

Enfin, la section « Thalassopoétique » propose de revisiter les paradigmes de la littérature mondiale à travers le prisme maritime, explorant comment l’espace océanique – à la fois vecteur de circulation et lieu de mémoire – reconfigure notre compréhension des identités littéraires, nationales et transnationales. Cécile Chapon examine le concept de tidalectics développé par le poète et historien barbadien Kamau Brathwaite, qu’elle replace dans un ensemble plus vaste de « pensées maritimes ». La tidalectics – mouvement oscillatoire sans résolution dialectique – devient un outil pour repenser l’histoire littéraire au-delà des cadres nationaux et chronologiques, une invitation à une écriture critique performative qui spatialise la pensée. Isabelle de Vendeuvre esquisse une « thalassopoétique » qui réarticule les rapports entre nation, langue et littérature à partir de la figure du marin, être « en exil partout » selon Anacharsis. Face à la fragilisation du modèle nation-langue-littérature, la thalassopoétique propose un modèle horizontal de circulation et d’hybridité ancré dans l’histoire maritime de la Grèce antique jusqu’aux nouvelles nations postcoloniales. Odile Gannier interroge le quadrillage de l’espace maritime – lignes de navigation, cartes annotées, trajectoires superposées – comme matrice de la mondialisation littéraire. À partir de la scène emblématique du capitaine Achab traçant ses routes sur des cartes froissées dans Moby Dick, elle montre comment l’océan, loin d’être un blanc vide, est strié de traces qui organisent les rencontres et les circulations. Ces trois contributions convergent vers une poétique maritime qui déplace les centres d’analyse de la littérature mondiale : non plus seulement les métropoles éditoriales ou les espaces linguistiques, mais les routes océaniques, les mémoires englouties et les mouvements sans fin qui relient et séparent. La thalassopoétique envisage ainsi comment l’Océan – espace de la Traite et de la colonisation, mais aussi de résistance, de créolisation et de mise en relation – fournit des outils conceptuels pour penser autrement les circulations littéraires, en articulant horizontalité des échanges et profondeur mémorielle, flux contemporains et sédiments historiques.

Signalons enfin que de nombreuses autres communications présentées lors du 44ᵉ Congrès de la SFLGC ont fait l’objet de publications séparées. On pourra ainsi se reporter à l’ouvrage dirigé par Chloé Chaudet, José Luís Jobim et Jean-Marc Moura, Questions comparatistes, vues du Sud (Rio de Janeiro, Editora da Universidade Federal Fluminense / Edições Makunaima, 2024), qui comprend un (autre) volet des actes du congrès enrichi de chapitres additionnels, et qui est consultable en ligne. À ces contributions s’ajoutent notamment trois dossiers, dont deux à paraître ces prochains mois : celui dirigé par Marie Kondrat et Matilde Manara, intitulé « La “littérature générale”. Concordes et discordes autour d’une formule », pour la revue Fabula‑LhT : littérature, histoire, théorie (2026) ; celui dirigé par Marina Hertrampf et Fanny Platelle, intitulé « Littérature et postmigration en Allemagne et en France », à paraître dans la revue Lendemains : Médialités franco-allemandes ; et celui dirigé par Alex Demeulenaere, Stefania Cubeddu-Proux et Juliane Tauchnitz, intitulé « L'espace en littérature migrante au prisme de l'hétérotopie », à paraître dans la revue Littératures francophones au présent. Nous renvoyons enfin au numéro « Sociopoétique des migrations » (Sociopoétiques, no 10, 2025), dirigé par María de los Ángeles Hernández Gómez, Catherine Milkovitch-Rioux et Nathalie Vincent-Munnia, ainsi qu’à la revue internationale Migrating Minds, qui ont  accueilli, respectivement en français et en anglais, diverses contributions au congrès. Nous remercions l'ensemble des collègues nous ayant aidés, à travers le globe, à éditer les actes d’un congrès ayant rassemblé tant de comparatistes qu’il nous a paru préférable de coordonner plusieurs publications.

Bibliographie

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Pour citer cet article

Yvan Daniel et Gaëlle Loisel, « Ouverture et présentation : Pour un comparatisme glocal et transcalaire », dans Yvan Daniel et Gaëlle Loisel (éd.), Littératures et mondialisation. Actes du 44e congrès de la SFLGC, 2026, URL : https://sflgc.org/acte/daniel-yvan-ouverture-et-presentation-pour-un-comparatisme-glocal-et-transcalaire/, page consultée le 12 Juillet 2026.

Biographies des auteurs

DANIEL, Yvan

Yvan Daniel est professeur de Littérature comparée à l’Université Clermont Auvergne. Il préside la SFLGC (Société Française de Littérature Générale et Comparée) depuis 2023. Ses travaux portent sur les échanges et les créations littéraires et culturels franco-chinois, l’histoire de l’orientalisme littéraire, les francophonies d’Asie, la mondialisation des littératures et des imaginaires, l’écopoétique et l’hydropoétique. Sur la question de la mondialisation, il a notamment publié : France-Chine : Les échanges culturels et linguistiques, Rennes, PUR, coll. « Plurial », 2015 ; avec Marie-Astrid Charlier, Journalisme et Mondialisation. Les Ailleurs de l’Europe dans la presse et le reportage littéraires (XIXe-XXIe siècles), Rennes, PUR, coll. « Interférences », 2017 ; « Le grand reportage en Chine au XIXe siècle : un indice de la mondialisation des imaginaires littéraires et médiatiques », Médias19 Littérature et Culture médiatique [en ligne].

LOISEL, Gaëlle

Gaëlle Loisel est maitresse de conférences en littératures comparées à l’Université Clermont Auvergne. Ses travaux portent sur les transferts médiatiques et culturels, et sur l’histoire et les théories esthétiques des romantismes européens. Elle a co-dirigé, avec Fanny Platelle, le volume Traduction et transmédialités, paru en 2021 (Paris, Lettres modernes Minard, coll. « Carrefour des Lettres modernes »). Elle développe actuellement des recherches dans le domaine des humanités environnementales, sur des corpus de littérature de jeunesse et générale.