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« À partir d’un intraduisible : circulations mémorielles et poétiques au prisme de la Tidalectics »
Résumé en français
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Résumé en anglais

L’article explore diverses applications possibles du concept de tidalectics, développé par le poète et historien barbadien Kamau Brathwaite, après l’avoir replacé dans son contexte caribéen qui a vu émerger de nombreuses propositions théoriques pour traduire l’envers de la modernité et les affres de la mondialisation à partir d’images ou de pensées maritimes. En partant du double mouvement oscillatoire qui caractérise la tidalectics – un flux cyclique de surface corrélé à une lame de fond qui invite à considérer les traces de l’Histoire enfouies sous les mers – d’autres modélisations possibles de l’histoire littéraire, des processus intertextuels, de l’écriture poétique et critique sont envisagées.

This article discusses various possible applications of the concept of Tidalectics, coined by the Barbadian poet and historian Kamau Brathwaite, after replacing it in its Caribbean context, which has seen the emergence of numerous theoretical proposals reflecting the other side of modernity and the throes of globalisation through maritime images and thinking. Based on the double oscillatory movement that characterises Tidalectics – a cyclical surface flow correlated with a deep tide that invites us to consider the traces of History buried beneath the seas – other possible models of literary history, intertextual processes and poetic and critical writing are considered.

ARTICLE

De quelques pensées maritimes

Il s’agit ici d’explorer divers possibles du mot « tidalectic(s) [1]  » proposé par le poète et historien barbadien Kamau Brathwaite, à la fois dans le champ de la poétique, de l’histoire littéraire et de l’écriture critique. La tidalectics s’inscrit dans un ensemble plus vaste de concepts, d’images ou de « poécepts », que Patrick Chamoiseau définit comme « “concept poétique”, lieu de déflagration du rationnel et du sensible […], base la plus essentielle pour envisager l’imprévisible et dynamique complexité du monde contemporain » (2022, p. 124).  Ces « poécepts », produits dans la Caraïbe et les Amériques, ont pour point commun de penser les relations mondialisées, l’identité plurielle ou diasporique, la mémoire engloutie ou rémanente, à partir de l’espace maritime. Qu’il s’agisse du gouffre de l’Atlantique ou de la « Méditerranée Caraïbe » (Bertin-Elisabeth et Collin, 2022), l’espace maritime a fait émerger une abondante palette de propositions théoriques et imagées pour traduire l’envers de la modernité et les affres de la mondialisation qui s’est jouée là, quelque part entre une mine d’or, un plant de quinquina et une tasse de chocolat, sous un pavillon corsaire ou dans les arcanes d’une compagnie bananière. Pour ne citer que quelques-unes de ces propositions théoriques, elles vont du méta-archipel tourbillonnant d’Antonio Benítez Rojo dans son essai La Isla que se repite (1989, 1998) au sillage à vif de Christina Sharpe dans In the Wake : On Blackness and being (2016 ; wake : sillage maritime, éveil, conscience), de la diffraction d’Édouard Glissant [2] (1996, p. 14-15) à la tidalectics (1983, 1999) de Kamau Brathwaite, en passant par l’hétérotopie du bateau négrier, chez Paul Gilroy dans The Black Atlantic (1993), et plus récemment dans l’essai de Malcom Ferdinand, Une écologie décoloniale, penser l’écologie depuis le monde caribéen (2019), qui se structure autour des métaphores du navire et de la tempête.

Néanmoins, ces pensées du monde ont aussi pour point commun de partir d’un indicible désastre humain et écosystémique – la cale et la plantation –, et d’en faire le ferment d’une culture et d’une manière nouvelle d’être au monde, d’habiter le monde ou de penser le monde. Dans cette perspective, l’océan « apparaît comme une métonymie de l’histoire pour la diaspora africaine : l’espace liquide et infini de l’océan est historicisé et transformé en espace-temps dans lequel se construit la modernité. » (Clavaron, 2022, p. 38).

Dans son essai La isla que se repite, Antonio Benítez Rojo utilise l’expression des « Peuples de la mer » (« Pueblos del Mar », 1998, p. xxi), empruntée au roman d’Alejo Carpentier, El siglo de las luces (1962). Carpentier désigne ainsi les tribus Arawaks (Kalinagos en particulier, qui ont donné leur nom à la Caraïbe), ayant progressé des rives de l’Orénoque jusqu’à l’arc antillais dans une épopée largement rêvée par le romancier, mais aussi les peuples méditerranéens qui ont scellé la fin de cette progression maritime après la Conquête. Benítez Rojo l’emploie, lui, pour désigner les peuples archipéliques qui ont produit une nouvelle forme culturelle, et il prend pour exemples la Grèce antique, l’archipel malais et la Caraïbe moderne. Par sa dimension essentialisante et plus poétique qu’historique, cette expression des « Peuples de la mer » doit être prise avec les précautions d’usage ; néanmoins elle a l’avantage de désigner des communautés humaines très diverses, par l’espace qu’elles occupent sur la carte, dans l’histoire et dans l’imaginaire, et qui partagent néanmoins un rapport primordial à l’espace maritime. La Caraïbe, dont il sera question ici, est aussi désignée comme un ensemble de cultures issues de la société de plantation. Par cet autre prisme terrestre et socio-économique de la plantation, une autre dénomination se fait jour, celle du « plantationocène » (Ferdinand, 2019, p. 83 ; Haraway, 2015, p. 159), certes dépendant de l’exportation maritime mais fonctionnant comme un système en vase clos, de même que la cale du bateau négrier, autre hétérotopie choisie par Malcom Ferdinand pour aborder la totalité-monde à partir de l’expérience caribéenne.

La tidalectics, à sa manière, permettra peut-être de nouer ces deux gouffres, de la plantation et de la cale, de la terre travaillée et du sillon sans retour, et de résorber l’intraitable écart entre l’expression poétique des « Peuples de la mer » et celle du traumatisme historique de la cale du négrier. Nous nous pencherons ainsi sur la tidalectics de Brathwaite comme la plus maritime de toutes ces propositions puisqu’elle contient en son sein la marée comme principe de pensée.

 

Des traductions possibles de la tidalectics

Le titre du présent article faisait état d’un « intraduisible », or ce n’est pas tout à fait exact. On pourrait imaginer une traduction littérale, puisque l’adjectif tidal/intertidal existe dans un vocabulaire géographique spécialisé [3] , et que le jeu de paronomase presque anagrammatique fonctionne en français comme en anglais avec le terme de dialectique : « tidalectique » au lieu de « dialectique ». Mais le problème est que le mot tide pour désigner la marée, et l’adjectif dérivé tidal, sont beaucoup plus communs en anglais, ils résonnent dans l’oreille, alors que le terme commun en français reste marée. On ne peut pas non plus, même si c’est tentant, le gloser en « dialectique de la marée », comme le fait Yves Clavaron, qui est l’un des premiers à avoir utilisé le terme dans les études comparatistes françaises dans son article « L’Atlantique, un océan de mémoire : les archives du “passage du milieu” » (2022, p. 39), dans la mesure où latidalectics est proposée comme un pied de nez à la dialectique hégélienne en particulier, qui agit comme une sorte d’épitomé de la pensée occidentale. Placer le terme de « dialectique » en premier dans l’expression française entraîne nécessairement une accentuation déplacée de ce terme plutôt qu’un détournement, et la marée devient un ornement poétique énigmatique, alors qu’elle est l’élément conceptuel primordial et déterminant. Anny Dominique Curtius dans son article « Anarchives féminines trans~e~atlantiques et tidalectics chez Suzanne Césaire, Kamau Brathwaite et Lorna Goodison » (2020, p. 123-136), parle quant à elle de « conscience océanique » (p. 128), expression qui fait écho au sillage de conscience (wake) de Christina Sharpe et qui transcrit bien la liaison intrinsèque établie entre pensée, mémoire et mouvement de l’océan. Mais, entre la glose et la traduction littérale, aucune solution n’est tout à fait satisfaisante, car la glose déploie l’un des possibles de l’expression en orientant son interprétation et en perdant sa concision et son jeu sonore, tandis que la traduction littérale reste obscure pour un locuteur francophone. En repartant du terme français « marée », puisque c’est bien de ce mouvement-là qu’il s’agit, on pourrait imaginer un néologisme comme « *marème », qui fait se rejoindre la marée et le théorème, et joue donc de la même façon sur la rencontre entre un phénomène océanique et un schéma de pensée scientifique basé sur la démonstration et le raisonnement logique ; mais on perd alors la référence directe à la dialectique.

Cela étant, pour traduire il faut déjà situer, or il se trouve que ce terme de tidalectics recouvre chez Brathwaite à la fois une dimension paradigmatique et une origine tout à fait anecdotique et imagée. Parmi les critiques qui se sont emparé de la dimension paradigmatique du terme, on peut citer les travaux d’Elizabeth DeLoughrey (1998, 2007), qui l’utilise pour articuler son approche postcoloniale et environnementale des littératures insulaires de la Caraïbe et du Pacifique. Elle présente la tidalectics comme un « outil méthodologique qui met en lumière la manière dont un modèle géographique dynamique permet d’élucider l’histoire et la production culturelle insulaires, fournissant un cadre pour explorer l’enchevêtrement complexe et mouvant entre terre et mer, diaspora et autochtonie, routes migratoires et racines » [« methodological tool that foregrounds how a dynamic model of geography can elucidate island history and cultural production, providing the framework for exploring the complex and shifting entanglement between sea and land, diaspora and indigeneity, and routes and roots. », 2007, p. 2]. L’homophonie qui donne son titre à l’ouvrage, « routes and roots », est complexe à traduire, puisque la paronomase est moins évidente en français. Nous avons opté ici pour une explicitation, mais, dans le contexte océanique qui nous occupe, on pourrait presque songer à « roulis et racines ». Mais, au-delà ou en deçà de cet usage paradigmatique du terme, il faut selon nous toujours revenir à l’image primordiale et à la scène liminaire pour comprendre la portée du terme, quel que soit l’usage que l’on en fait ensuite. Cette scène est tout à fait située, sur la côte nord de la Jamaïque, et plus précisément sur le seuil d’une humble maison ouverte à tous les vents, où une vieille femme balaie au bout du petit matin (Brathwaite, 1999, p. 29-30). Cette vieille femme qui balaie le sable hors de sa cour tous les matins dans un geste paraissant à la fois ancestral et sisyphéen, puisque le sable revient toujours, est pour Brathwaite la réponse à un questionnement initial sur l’être caribéen, sur ce que signifie la Caraïbe, sur l’origine de sa beauté paradoxale. Il trouve dans ce geste rituel une sorte de performance qui résume l’être caribéen, mais sans bien savoir pourquoi au premier abord. Et puis, en changeant d’angle de vue, il comprend : avec l’éclat du lever de soleil, il a tout à coup l’illusion qu’elle ne marche plus sur le sable, mais sur les eaux, et que son geste performatif, rituel, de balayer le sable pour maintenir l’humble maison debout, semble faire écho au même geste de l’autre côté de l’océan, en Afrique, semble relier les deux rives par cette illusion d’optique qui est aussi un mirage transatlantique et transhistorique (p. 32-34). Dès lors, cette vieille femme devient l’aïeule, qui connecte deux pans d’histoire en marchant sur les eaux et en répétant le même geste rituel. Son mouvement d’oscillation permanente est transcrit par celui des marées, et l’adjectif « tidalectic » apparaît (p. 34). Il commente ailleurs cette oscillation entre espoir et absurde à partir des tendances perceptibles dans les littératures caribéennes, entre ce qu’il appelle la tradition sisyphéenne qui se complaît dans une vision négative de la Caraïbe fragmentaire et sans histoire, chez V. S. Naipaul par exemple, et la vision enchantée de l’el dorado, très présente chez Wilson Harris et dans la veine hispanophone du réalisme magique, qui se complaît dans l’émerveillement et l’éloge du métissage (p. 31). Le balancement maritime est donc, dès le départ, associé à une histoire littéraire et culturelle.

Notons qu’Antonio Benítez Rojo adopte la même démarche expérimentale et imagée en relatant une vision similaire, dans un contexte différent, dans l’introduction de La isla que se repite : il arrime la manière caribéenne (« cierta manera », 1998, p. xiii-xiv) au souvenir d’une scène qui se passe à Cuba, au moment de la crise des missiles. Il a alors la prescience que l’apocalypse nucléaire n’aura pas lieu rien qu’en regardant la démarche de deux vieilles femmes afro-cubaines marchant pieds nus dans la rue, avec la poussière dorée qui les recouvre, leur odeur d’herbe médicinale et cette façon d’être qui semble conjurer toute forme d’anéantissement, et célébrer au contraire la permanence et la re-création. Dans les deux cas, le spectacle des vieilles femmes, pieds sur terre et cadence rituelle, déclenche une impression qui servira bien plus tard à forger un mouvement de pensée pour appréhender la Caraïbe. Dominique Anny Curtius part elle aussi de trois cadences féminines dans son article déjà cité (2020), en revenant sur la vieille femme de Brathwaite, mais aussi sur l’aïeule construite par Lorna Goodison dans son poème « Guinea Woman », et sur une danseuse martiniquaise de bèlè imaginée par Suzanne Césaire dans « Le grand camouflage ». Ce travail sur la mémoire et la communauté articulées à des performances transocéaniques féminines a l’intérêt de détourner l’habituelle métaphore femme-terre, femme-île (à fantasmer, à labourer, à ensemencer, à posséder), en interrogeant l’expérience féminine de la Traite puis en plaçant le corps féminin en mouvement – et défini par le mouvement – comme une sorte de prisme historiographique alternatif, face à ou en complément des archives, figures et récits souvent très masculins de l’esclavage et du marronnage.

 

Tidalectics contre dialectique : flux et hauts-fonds

La tidalectics prend explicitement le contrepied de la dialectique, non pas parce que le conflit initial est gommé, mais parce qu’il n’y a pas de résolution ni de fin de l’histoire, seulement une oscillation perpétuelle, un mouvement qui apporte, retire, et crée dans l’entre-deux, à la manière de l’estran, écosystème à part entière déterminé par le mouvement des eaux. D’autre part, si la dialectique est, disons, l’une des structures de la pensée et du discours occidental, et une grille de lecture de l’Histoire dans son élaboration hégélienne, la tidalectics est essentiellement mouvement et manière imagée ou performative d’utiliser le langage en résonnance avec le paysage, plus que structure préétablie de pensée : c’est une image sonore et pensante, indissociable du mouvement de balancement qui la caractérise et la dissocie de l’effort de résolution de la dialectique.

Une fois ces premiers éléments de définition posés, quelles applications peut-on faire de la tidalectics ? Peut-on l’appliquer au-delà des littératures insulaires et atlantiques, comme mode de lecture, de composition ou de construction de la pensée, ou comme principe d’histoire littéraire ? Car si elle a déjà été exploitée en contexte anglophone, plutôt dans une perspective transdisciplinaire propre aux Blue Humanities ou dans le domaine de l’art contemporain [4] , elle est encore peu envisagée dans une perspective poétique ou en résonnance avec d’autres concepts qui croisent étroitement une poétique, une vision de l’Histoire et une philosophie politique, comme la Relation d’Édouard Glissant (Poétique de la Relation, 1990). Elizabeth DeLoughrey (1998), déjà citée, et Anna Reckin (2003), établissent le rapprochement entre tidalectics et Relation, à partir des traductions anglaises des essais de Glissant, notamment celle de Betsy Wing pour Poetics of Relation (1997, 2025), mais sans l’approfondir, et nous laisserons ici en suspens ce rapprochement, qui devrait faire l’objet d’un article à part entière.

Il nous semble d’abord qu’on peut dégager un double mouvement sur deux plans différents : un flux cyclique de surface corrélé à une lame de fond qui invite à considérer les traces historiques enfouies sous les mers. Un mouvement horizontal d’oscillation, de balancier, celui des circulations maritimes, et un mouvement vertical d’engloutissement et de resurgissement de la mémoire, des corps, des traces sous-marines. La tidalectics invite à considérer ces deux plans de façon connexe et, par conséquent, à toujours envisager la circulation non pas seulement comme trajet ou projection vers une destination, comme dans les récits d’aventure et de conquête, mais aussi comme résurgence et enfouissement, c’est-à-dire comme cycle mémoriel ou sédimentaire.

Pour illustrer ce double mouvement, nous prendrons pour exemple la construction circulatoire et mémorielle de l’avant-dernier roman d’Édouard Glissant, intitulé Sartorius. Le roman des Batoutos (1999). Le roman repose presque intégralement sur les itinéraires migratoires souvent maritimes d’une multiplicité de personnages d’époques diverses qui, entre autres à partir des trois Traites orientale, intra-africaine et atlantique, mais pas seulement, dessinent les contours imaginaires d’un peuple énigmatique, volontairement invisible, dont la définition ne repose sur aucun principe national, territorial, linguistique ou ethnique. La fiction des Batoutos permet ainsi de raconter autrement l’histoire de la mondialisation et postule une autre manière de penser la construction des identités, à travers notamment le jeu sur les changements de nom des personnages au gré de leurs déplacements. Ce sont pour ainsi dire des généalogies horizontales qui se font au gré des mouvements géographiques, toujours accompagnés de déplacements linguistiques ou alphabétiques. Il y a pourtant une dimension de résurgence mémorielle – la lame de fond – puisque le roman interroge aussi des situations historiques d’invisibilité totale ou de réduction de l’altérité des populations noires, depuis les arts décoratifs du XVIIIe siècle qui transforment les corps noirs en pieds de lampe (p. 230-232) jusqu’au génocide des Hereros et des Namas perpétré en Namibie par les autorités allemandes sous les ordres du général Lothar von Trotha au début du XXe siècle (p. 287-298). Il s’agit donc d’un roman dont l’intrigue est purement kaléidoscopique et circulatoire, mais qui, par cette horizontalité postulée – des trajectoires, des sources, des voix – fait aussi réémerger une mémoire absente de l’histoire de la mondialisation et des points aveugles de l’histoire coloniale.

 

Une autre histoire littéraire ?

La tidalectics pourrait-elle nous aider à construire un mode de lecture et de construction de l’histoire littéraire qui épouse mieux les contours mouvants et les identités et langages multiples des littératures mondiales ? Pourrait-elle nous faire sortir de l’aporie savante de la bibliothèque de Babel autant que de l’impasse hexagonale qui sépare encore dans nos rayonnages littérature française et littérature francophone ? Cet effort est déjà tout à fait visible dans le domaine universitaire français, dans la lignée des travaux sur l’espace littéraire atlantique, menés par Chloé Chaudet, Yves Clavaron, Stefania Cubeddu-Proux, Odile Gannier, Jean-Marc Moura, Sylvie Parizet, etc., et sur les voix diasporiques étudiées notamment par Cyril Vettorato (2017).

Que donnerait une histoire littéraire reposant sur cette double modélisation horizontale et verticale, transocéanique et diachronique ? Il s’agirait de laisser de côté le triple critère habituel – chronologique, linguistique et national/régional – sans bien sûr gommer tout à fait les ensembles culturels et les blocs impériaux. Il faudrait alors prendre en compte des critères transnationaux, faire dialoguer des situations culturelles éloignées mais reliées par le fil d’un rapport à la langue, au paysage ou à la mémoire, explorer des traverses et des rapprochements inédits. On pourrait imaginer par exemple de classer ensemble littérature chicana et littératures balkaniques qui entretiennent un rapport complexe à la migration, à la frontière, aux conflits et à la domination linguistique ; ou bien confronter les littératures dites diasporiques, qu’elles soient noires, juives, indiennes, berbères… Créer une anthologie des frontières poreuses et douloureuses représentées par la littérature, ou travailler sur les littératures du retour qui construisent des itinéraires plus ou moins rêvés ou vécus vers une origine perdue. Dessiner une famille romanesque par les itinéraires maritimes ou terrestres de ses personnages, ou par les sinuosités des sagas familiales. Dans tous les cas, considérer comme critère déterminant des rapprochements les types de circulations et de trajectoires, collectives ou individuelles, et les différents traitements de la dimension mémorielle. Une histoire littéraire expérimentale, dont aucune ligne de démarcation (culturelle, linguistique, thématique, temporelle) ne serait tout à fait figée mais qui ne renoncerait pas pour autant à faire émerger une forme historiographique consistante et cohérente – plus cohérente au fond que celle qui consiste à considérer que 1800 est comme par défaut une borne. Une histoire littéraire, enfin, dont la composante nécessaire – et toujours à réactiver – serait le mouvement, celui qui relie et qui donne sens, celui qui fait table rase et qui rejoint tant d’autres paysages en ruines, celui qui esquive et qui fait écho à tant d’autres stratégies de contournement ou de détournement. Pour parvenir à un tel degré de fluidité et de plasticité dans la construction des histoires culturelles et littéraires, sans doute faudrait-il abandonner toute prétention de maîtrise individuelle – ne serait-ce que par l’ampleur de la palette linguistique et l’empan chronologique –, et, comme c’est déjà le cas pour bien des projets d’envergure, s’en remettre au dialogue soutenu entre spécialistes d’horizons divers. Peut-être aboutirait-on alors à des cartographies tout à fait surprenantes qui nous permettraient de dépasser concrètement les habituelles catégories qui, toutes opératoires qu’elles soient à un moment donné, nous évitent ou nous empêchent parfois de penser et de percevoir autrement : centres/périphéries, canons/avant-gardes, révolutionnaires/réactionnaires, national/transnational, nord/sud, local/global etc.

 

Tidalectics et palimpseste : sédiment/effacement

Le modèle des marées implique un mouvement qui apporte et qui emporte, qui recouvre et qui découvre, laissant sur la bande de l’estran algues, coquilles et déchets plastiques ou verres polis échoués. Mais cette zone de balancement des marées est aussi un milieu propice au développement d’espèces singulières, qui n’existent que dans cet entre-deux : limbe des naufragés, mais limbe inventive. On pourrait ainsi, sur le plan poétique, examiner la tidalectics comme une matrice analogue à celle du palimpseste développée par Gérard Genette (1982) pour rendre compte du feuilletage de la mémoire littéraire et des processus intertextuels. Cependant, contrairement au paradigme du manuscrit médiéval, qui emprunte une référence interne au processus d’écriture et de copie, la tidalectics fait entrer dans le champ un paysage et un phénomène océaniques, tout un monde de sédiments et d’interactions gravitationnelles qui n’entretient pas de lien, à première vue, avec la composition textuelle. Qu’apportent alors ce pas de côté et cette variation métaphorique ? Outre le fait d’épouser un paysage insulaire ou littoral – où le manuscrit ne résiste pas longtemps aux assauts conjugués de l’humidité et des insectes, la tidalectics comme paradigme intertextuel permet de rendre compte de productions littéraires où le paysage n’est pas simple décor ou toile de fond, mais interagit de façon à la fois métaphorique et concrète avec le processus d’écriture. De plus, elle ajoute à la mémoire strictement textuelle du palimpseste une autre dimension mémorielle, faisant émerger les voix et les traces qui n’ont pas été consignées par les textes et qui sont, néanmoins, réactivées et réinventées par les productions littéraires postcoloniales. Au demeurant, ce n’est pas une nouveauté du second XXe siècle que de travailler par l’invention littéraire sur des voix que le récit historique peine à faire émerger, c’est simplement un phénomène qui prend une autre proportion, beaucoup plus ample, dans les sociétés postcoloniales. La tidalectics, entendue comme paradigme intertextuel et paradigme de composition, permet ainsi d’ajouter à la matrice strictement textuelle du palimpseste deux éléments qui sont à la fois extra-textuels et constitutifs de bien des textes contemporains et plus anciens : paysage habité et mémoire collective.

Nous prendrons pour exemple un réseau d’images structurelles dans la poésie de Derek Walcott, qui illustre bien l’oscillation entre effacement et sédimentation, ainsi que le lien entre paysage, mémoire intertextuelle et mémoire collective. Poète saint-lucien, prix Nobel de littérature en 1992, contemporain du barbadien Brathwaite – poètes dont les œuvres et les propos dialoguent et parfois s’opposent –, Walcott travaille de façon très riche les images maritimes. Rivages, horizons marins et mangroves apparaissent dans ses poèmes comme autant d’espaces de méditation sur le contraste également soulevé par Brathwaite entre beauté et dénuement des peuples caribéens, mais aussi sur la mémoire et l’amnésie, la présence énigmatique de l’Histoire à travers le paysage. Nombre de ses poèmes tissent un lien entre horizon égéen et horizon caribéen, et cette obsession grecque (surtout homérique) du poète, bien qu’elle fasse partie des éléments qui le distinguent de Brathwaite plus attaché à retranscrire l’histoire de la diaspora noire, rejoint à sa manière le double mouvement de la tidalectics, en superposant sur la carte un archipel antique et un archipel contemporain, en alliant une translation géographique à une forme d’anachronisme ou de feuilletage temporel qui deviennent moteurs de la création. Pour aborder le rapport à l’Histoire via le paysage maritime, c’est en général le poème « The Sea is History », tiré du recueil The Star-Apple Kingdom (1979, 1992, p. 48-53), qui est convoqué, ne serait-ce que par son titre. L’injonction à l’Histoire, tramée de hauts faits et de monuments, de grands textes et de Renaissances, s’y trouve remplacée par des concrétions coraliennes, et tout un bestiaire d’eau douce et salée qui vient incarner les notables de la société. Le paysage animé se substitue malicieusement aux livres sacrés et aux grandes dates de l’Histoire, et la mer fait office de tombeau et réceptacle de la mémoire – rappelant aussi tous les naufrages et les noyés qui jalonnent cette Histoire, mais jouant aussi sur une mémoire intertextuelle baroque [5] . Cependant, c’est un autre extrait, tiré du poème autobiographique Another Life (1973, 2014, p. 183-185), qui retiendra ici notre attention. Au début du chapitre 22 du livre IV, le poète décrit l’espace de la mangrove comme un lieu indéchiffrable pour l’explorateur et le scientifique occidental, en multipliant les métaphores de l’écriture, du déchiffrement et de la dégradation du support textuel associées au paysage marécageux. Par exemple :

[…] let the historian go mad there

from thirst. Slowly the water rat takes up its reed pen

and scribbles. Leisurely, the egret

on the mud tablet stamps its hieroglyph.

The explorer stumbles out of the bush crying out for myth.

The tired slave vomits its past. (2014, p. 183).

 

[…] que l’historien en ce lieu délire

de soif. Lentement le rat d’eau prend son calame

pour griffonner. Paresseusement, l’aigrette

imprime sur la tablette de boue son hiéroglyphe.

L’explorateur sort en trébuchant de la brousse et réclame le mythe.

L’esclave fatigué vomit son passé. (trad. Malroux, 2002, p. 175).

Si le paysage tropical de la mangrove résiste ici à tout schéma de lecture et à toute velléité d’apposer une signification, l’absence même de signes lisibles (pour l’observateur occidental) est associée à deux régimes historiques et sémantiques ironiquement décalés, entre l’historien assoiffé d’écritures et le tracé de l’aigrette, entre l’explorateur qui « réclame le mythe » et l’esclave qui « vomit son passé ». Le paysage résiste parce que la grille de lecture n’est pas la bonne et l’effacement des signes tangibles est aussi celui d’une violence historique ici transcrite par la régurgitation et, plus loin, l’image d’une noix de coco décapitée qui expire son dernier souffle sur la plage. Cependant, plus loin dans le poème, une autre scène maritime déclenche une cascade de voix oubliées, énumérées par la voix poétique. Un enfant qui joue au navigateur dans une crique donnant sur l’Atlantique porte à son oreille une conque (p. 184-185) :

that child who puts the shell's howl to his ear,

hears nothing, hears everything

that the historian cannot hear, the howls

of all the races that crossed the water,

the howls of grandfathers drowned

in that intricately swiveled Babel (p. 185)

 

cet enfant qui porte le cri du coquillage à son oreille

n'entend rien, entend tout

ce que l'historien ne peut entendre, les hurlements

de toutes les races qui ont franchi les océans,

les hurlements des grands-pères noyés

dans cette Babel aux subtiles circonvolutions (p. 177-178)

Tous les cris engloutis des ancêtres, déportés africains puis travailleurs engagés chinois ou indiens, la rumeur de toutes les traversées volontaires ou forcées qui ont forgé les peuples caribéens résonnent dans le creux de la mer. Le pavillon du coquillage, écho de l’Atlantique, agit à sa manière comme le patient balayage de l’aïeule dans la cour de sa maison qui enclenche la pensée de la tidalectics chez Brathwaite : il « relie (relaie), relate » (Glissant, 1990, p. 187), comme la Relation glissantienne.

 

Tidalectics et écriture critique

Enfin, la tidalectics peut aussi nous inviter à repenser nos modes d’écriture critique. Comme l’image très simple du coquillage porté à l’oreille dans le poème de Walcott invite le lecteur à percevoir dans les voies maritimes de la poésie autre chose qu’un sublime paysage de surface ou qu’un support de méditation individuelle, le concept de tidalectics, dans la manière même dont il émerge dans les textes de Brathwaite, invite à considérer la possibilité d’une écriture critique qui soit aussi une performance en mouvement. C’est ce que fait Anna Reckin dans son article « Tidalectic Lectures : Kamau Brathwaite’s Prose/Poetry as Sound-Space » (2003), en considérant notamment l’usage expérimental que fait Brathwaite, poète essayiste ou historien poète, de la typographie, de l’appareil de notes et du mélange entre poésie, théorie et critique dans la transcription de ses entretiens – mélange qui caractérise, d’une autre manière, les essais d’Édouard Glissant. Elle définit ainsi la tidalectics : un « mouvement-stase trans-océanique, un va-et-vient perpétuel qui est à la fois idéalisé, mythifié, et précisément situé (“côte nord de la Jamaïque”) et historicisé (la référence au “Passage du Milieu”) », mouvement défini comme « anti-progressif », contrairement à la dialectique qui s’efforce vers une résolution, et permettant un « fantastique feuilletage du Nouveau, de l’Ancien et des autres mondes. » [« trans-oceanic movement-in-stasis, a to-and-fro and back again that is idealized and mythologized as well as highly particularized (“North Coast Jamaica”) and historicized (the reference to “middlepass”) », « anti-progressive », « a fantastical layering of New, Old, and other worlds. », 2003, p. 2]. Ce mouvement est aussi transcrit dans la manière même dont Brathwaite conçoit ses textes, qui laissent une place importante à la matérialisation de la voix par divers types d’inventions typographiques (Vettorato, 2017). Le jeu est lisible, en l’occurrence, dès le titre des entretiens avec Nathaniel Mackey, (ConVERsations) qui font un usage inventif des interactions, interpolations, notes et codes typographiques, comme si la pensée se déployait de façon visible et sonore, obligeant le lecteur à un autre type de lecture que l’habituel va-et-vient vers l’appareil de notes en bas de page ou en fin d’ouvrage, selon les codes universitaires – « une cinétique textuelle » (« a textual kinetics », Reckin, 2003, p. 4).

L’écriture universitaire est bien évidemment contrainte par un grand nombre de codes, plus ou moins stricts selon le lieu et le contexte d’édition. Néanmoins, il nous semble intéressant de considérer ce possible ouvert par la performance textuelle de Brathwaite au moment où il élabore et réélabore la notion de tidalectics, y compris, en acte, dans la forme de son texte. De fait, et sans renoncer à toute forme de clarté ou de structuration, encore moins aux exigences et précisions bibliographiques, le double mouvement de la tidalectics invite à travailler sur deux plans distincts : un plan vertical, qui prend soin d’historiciser, de situer le propos (spatialement, théoriquement etc.), un plan horizontal, qui établit des connexions entre des réalités, des textes, des contextes a priori séparés par un océan ou des siècles de sédiments, mais qui par un effort visible de la pensée, sont articulés ensemble. Et cet effort est rendu visible, précisément, par la prise en compte de l’espace de la page comme plus qu’une simple routine typographique faite de contraintes définies en amont par l’éditeur : un espace où l’articulation des savoirs et des questionnements suppose aussi une forme de créativité dans l’agencement, la police, la place et la fonction des notes, l’ordre de lecture, la dimension sonore du texte etc. Cette créativité formelle est au fond grandement facilitée par les nouveaux formats numériques, et cependant relativement peu utilisée, en contexte universitaire, en dehors des ressources pédagogiques elles-mêmes très normalisées. Ce serait comme un élargissement de la syntaxe sur laquelle repose essentiellement tout texte critique ou théorique, qui modifierait aussi le processus de lecture en obligeant le lecteur à dessiner son propre itinéraire de lecture entre les éléments non linéaires composant la page.

À l’issue de ce bref parcours exploratoire, qui a tour à tour envisagé les apports et applications possibles de la tidalectics dans la poétique (spatiale, mémorielle, intertextuelle), l’histoire littéraire et l’écriture critique, se pose bien sûr la question de l’extension et de la transposition d’un poécept qui tire aussi sa force et son rayonnement du fait qu’il est ancré, situé. Peut-on et doit-on l’employer en dehors du contexte caribéen ? Il nous semble que, de la même façon que la Relation glissantienne ou que le méta-archipel de Benítez-Rojo, la tidalectics part de la situation caribéenne pour penser en acte, ou performer, un type de relation potentiellement mondiale, et un rapport à la mémoire, à l’espace et à l’identité qui peut nourrir une réflexion beaucoup plus large – tant que l’on ne perd pas de vue le point de départ, dans la cour d’une maison sur la côte nord de la Jamaïque. Le point commun de toutes les applications que nous avons envisagées reste le mouvement et ce double élan, d’ancrage et de projection, de profondeur et d’étendue, qui peuvent être conçus comme des exigences ou des tensions de la pensée, au demeurant extrêmement difficiles à maintenir. C’est un modèle parmi d’autres, mais un modèle qui a l’avantage d’associer une forme d’abstraction à un paysage et à un phénomène très concrets, et une pensée spatialisée à une mémoire collective. Et peut-être est-ce aussi un autre avantage que de rester intraduisible.

Bibliographie

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Notes

  • [1]

    Le mot étant formé sur l’adjectif « tidal » et le substantif « dialectic(s) », qui accepte deux orthographes, nous retenons pour cet article le -s final à « tidalectics » (nom commun), pour distinguer le substantif de l’adjectif « tidalectic », également employé par Brathwaite.

  • [2]

    Plus que le substantif « diffraction », utilisé par Donna Haraway comme stratégie théorique en opposition à la réflexion (au reflet du miroir), c’est le verbe que Glissant emploie pour désigner une caractéristique agissante de la mer des Caraïbes, qui tend à diffracter (langues, identités, histoires, espaces ouverts sur le Divers) plutôt qu’à unir – la tension vers l’Un, le Même et l’universel caractérisant au contraire la Méditerranée des trois grands monothéismes dans sa démonstration contrastive.

  • [3]

    Voir par exemple, sur le site de Géoconfluences, les entrées de glossaire « Intertidal, tidal, subtidal » et « Marées ».

  • [4]

    Voir notamment les expositions « Tidalectics. Imagining an Oceanic Worldview through Art and Science », commissionnée par Stefanie Hessler dans le cadre de la fondation et de l’académie TBA21 (Thyssen-Bornemisza Art Contemporary), à Augarten, Vienne, en 2017, puis dans une version étendue au Fresnoy, Tourcoing, sous le titre « Océans: une vision du monde au rythme des vagues » en 2018 ; et « Relational Undercurrents : Contemporary Art of the Caribbean Archipelago », commissionnée par Tatiana Flores au MOLAA (Museum of Latin American Art) à Long Beach, Californie, en 2017-2018.

  • [5]

    Les concrétions coraliennes rappellent fortement la fameuse chanson d’Ariel dans The Tempest de William Shakespeare, « Full fathom five », (I, 2, v. 401-407) et l’image de la mer comme tombeau et origine est fréquente dans la poésie baroque.

Pour citer cet article

Cécile Chapon, « À partir d’un intraduisible : circulations mémorielles et poétiques au prisme de la Tidalectics », dans Yvan Daniel et Gaëlle Loisel (éd.), Littératures et mondialisation. Actes du 44e congrès de la SFLGC, 2026, URL : https://sflgc.org/acte/chapon-cecile-a-partir-dun-intraduisible-circulations-memorielles-et-poetiques-au-prisme-de-la-tidalectics/, page consultée le 12 Juillet 2026.

Biographie de l'auteur

CHAPON, Cécile

Cécile Chapon est maîtresse de conférences en littérature comparée à l’Université de Tours. Normalienne et agrégée de lettres modernes, elle a soutenu une thèse dont la version remaniée intitulée « Le figuier d’or. Traditions, translations et désir d’oralité (Carpentier, Glissant, Walcott) » paraîtra prochainement aux Classiques Garnier. Co-fondatrice de l’association CARACOL-Observatoire des littératures caribéennes, destinée à fédérer les jeunes chercheurs travaillant sur les littératures caribéennes dans toutes les langues, elle a également co-organisé deux colloques internationaux et quatre journées d’étude, consacrés notamment à la réception des Classiques gréco-latins aux Amériques, à la traduction et aux poétiques comparées dans l’aire caribéenne. Elle a publié divers articles consacrés aux littératures caribéennes et à la réception contemporaine des poèmes homériques. Ses recherches actuelles, sans délaisser les circulations et fondations des traditions littéraires, se développent autour des notions de lieu, de communauté et de paysage, dans une perspective écopoétique, et s’intéressent également aux (en)jeux de la traduction.