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« L’orientalisme intérieur » : du transnational au régional »
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L’orientalisme défini par Edward Said en 1978 a rapidement connu un immense succès théorique, dans le cadre des études postcoloniales et au-delà ; parmi cette production épistémologique, la notion d’ « orientalisme intérieur » invite à considérer les dominations territoriales au sein d’un même espace national. À travers l’étude de deux récits de voyage interne, celui de l’Anglais Samuel Johnson dans les Highlands écossaises (A Journey to the Western Islands of Scotland, 1775) et celui de l’Argentin Roberto Payró en Patagonie (La Australia Argentina, 1898), nous souhaitons montrer comment le concept d’« orientalisme intérieur », en prenant en compte les dynamiques internes de domination, permet de penser les liens entre les échelles locale et transnationale au sein des représentations discursives de l’invention d’un territoire.

Since its definition by Edward Said in 1978, orientalism has inspired many theories, within postcolonial studies and beyond; among this epistemological production, the concept of “internal orientalism” aims at considering territorial dominations within the same national space. Through the study of two internal travel accounts, that of the Englishman Samuel Johnson in the Scottish Highlands (A Journey to the Western Islands of Scotland, 1775) and that of the Argentinian Roberto Payró in Patagonia (La Australia Argentina, 1898), we show how the concept of “internal orientalism” highlights, by considering the internal dynamics of domination, the links between local and transnational scales within the literary representations of the invention of a territory.

ARTICLE

Lorsqu’en 1978 Edward Said conceptualise l’« orientalisme », il s’agit pour lui de mettre en évidence non un état de fait, mais une construction relationnelle : la différence assignée à l’Orient émerge dans le rapport à l’Occident, de façon discursive. Elle se fonde sur l’idée de la cohérence et de l’homogénéité d’un Orient fabriqué par des discours tant scientifiques que littéraires. Cet Orient, qui joue le rôle de l’Autre vis-à-vis de l’Occident, est ainsi un produit du rapport de force colonial – sans pour autant qu’il ne soit qu’une construction occidentale : le rapport de force implique une co-construction, évidemment asymétrique. Dans Culture et impérialisme (1993), Said revient sur l’importance de la littérature dans la construction de cet imaginaire, en relisant à travers ce concept des œuvres canoniques.

L’énorme succès de L’Orientalisme de Said a suscité un nombre important de lectures et de relectures, à mesure que se sont développées les études postcoloniales et décoloniales, mais également des critiques véhémentes. Les premières se sont attachées à préciser la réflexion saidienne, afin de la sortir d’une certaine généralité – en revenant, notamment, sur l’image d’une relation unilatérale avec un Orient homogène et géographiquement imprécis. Ces relectures ont également opéré divers déplacements de sa pensée, en interrogeant par exemple les enjeux d’un orientalisme au féminin (Lewis, 1996 et 2004), ou encore en la transposant dans un contexte contemporain, afin d’en interroger la pertinence dans un espace mondialisé (Dubost et Gasquet, 2013). Quant aux critiques qui lui ont été adressées, elles ont notamment interrogé le recours aux sources secondaires plutôt que primaires et suggéré que Said finit par construire lui-même un discours orientaliste homogène, en décalage avec la réalité, dont la conséquence serait de discréditer sans discernement plusieurs domaines de savoir (Irwin, 2006). De nombreux ouvrages sont encore publiés pour présenter les débats et polémiques suscités par Said depuis L’Orientalisme, attestant de la vitalité de ce concept (Pouillion et Vatin, 2011).

La notion d’« orientalisme intérieur », encore peu usitée en France, a gagné en popularité ces dernières années à l’étranger, notamment dans la recherche en histoire et en géographie (Jansson, 2003 ; Al-Rustom, 2020). Certains y voient désormais une mode, qui risquerait de faire perdre au concept saidien une partie de sa portée heuristique. Pour répondre à une certaine dispersion du concept et pour en définir précisément les contours pour les études littéraires, il est utile de reprendre la distinction élaborée par l’historien Emmanuel Szurek (2011). Il propose trois catégories pour aborder les différentes approches historiographiques de la notion : l’orientalisme intérieur transculturel, métaphorique et postcolonial. La perspective transculturelle désigne des approches qui utilisent l’orientalisme saidien comme un modèle analytique pour aborder des connexions empiriques entre sociétés, en faisant circuler les signifiants Orient et Oriental entre les langues et les pays. Szurek le considère alors comme une « grammaire partagée » (p. 55), dans laquelle les catégories de centre et de périphérie se troublent. Appliqué à des situations complexes où les frontières entre l’intériorité et l’extériorité sont peu claires (comme c’est le cas pour le rapport entre Hawaï et les États-Unis, par exemple), il s’agirait d’un trans-orientalisme. La deuxième perspective, métaphorique, établit un rapport d’analogie entre les analyses de Said et des situations nationales ou impériales où s’articule une domination symbolique : cette transposition théorique pousse Emmanuel Szurek à parler d’un méta-orientalisme. La troisième perspective, enfin, est celle de l’orientalisme postcolonial, perspective diachronique qui considère les discours orientalistes tels qu’ils ont pu être ressaisis et infléchis dans le cadre des constructions nationales postcoloniales.

C’est principalement à l’orientalisme intérieur métaphorique (ou méta-orientalisme) que fait référence cet article. Sans perdre de vue la différence entre la domination coloniale et les exemples étudiés, il s’agira de voir comment cette transposition théorique permet de penser des situations de domination territoriale au sein d’espaces nationaux, en s’appuyant sur deux récits de voyage internes, en Écosse et en Patagonie, respectivement au XVIIIe et au XIXe siècles. Pourquoi parler d’« orientalisme intérieur » ? Pourquoi cette notion plutôt que celles de périphéries, de marges ? Ce concept nous semble pertinent à plusieurs égards pour étudier la situation de ces deux régions.

Tout d’abord, à travers l’orientalisme, Said crée une notion qui articule un ensemble de concepts théoriques pour penser les rapports de domination : l’hégémonie, qu’il reprend à Gramsci, la marginalité, le centre, le discours, au sens foucaldien, et donc aussi les liens entre production des savoirs et exercice du pouvoir. Il permet ainsi de penser de façon simultanée un ensemble de problématiques territoriales locales, en les articulant à un modèle herméneutique plus large, qui invite à des comparaisons à l’échelle globale.

De fait, l’orientalisme s’appuie fondamentalement sur un imaginaire spatial : ce que met en évidence Said, c’est la manière dont la construction discursive de l’homogénéité fictive d’un espace sert des dynamiques de domination territoriale. Ces constructions discursives intéressent Said en tant que représentations, en tant que fictions. Il poursuivra ses analyses des liens entre fiction et dominations coloniales dans Culture et Impérialisme ([1993], 1994). Il y évoque à de nombreuses reprises la littérature de voyage comme participant aux discours de savoir et de pouvoir portés sur les territoires dominés. Dès L’Orientalisme, sa perspective est éminemment littéraire, comme il le résume lorsqu’il souligne que, pour analyser le texte orientaliste, il faut « considérer le style, les figures du discours, le plan, les procédés narratifs, les conditions historiques et sociales, et non l’exactitude de la représentation ni sa fidélité à quelque grand original » (Said, [1978] 1980, p. 34) [The things to look at are style, figures of speech, setting, narrative devices, historical and social circumstances, not the correctness of the representation nor its fidelity to some great original] (Said [1978] 2003, p. 22). Or, cette invention territoriale se reproduit à l’échelle des nations, qui construisent en leur sein des espaces autres, dont dépend aussi la définition des centres nationaux, dans une perspective relationnelle semblable à celle que décrit Said. La Patagonie et l’Écosse sont des espaces qui ont été tous deux assignés à une altérité au sein des territoires nationaux ou mondiaux, et dont l’homogénéité fictive s’est élaborée à travers un ensemble de discours, qu’ils soient littéraires, artistiques ou institutionnels.

Enfin, l’utilisation de ce concept transnational pour penser des enjeux de représentation littéraire dans un contexte national invite à envisager la manière dont l’imaginaire national utilise et transforme les récits régionaux. L’approche comparée de ces cas d’études lie à un niveau transnational les représentations littéraires régionales, elle permet d’étudier leur circulation et d’initier à travers ce modèle une approche de la littérature mondiale, tenant compte des dominations territoriales internes, dans toutes leurs dimensions (géographiques, raciales, genrées, linguistiques). Grâce à cette approche, il est possible dépasser la dichotomie entre l’échelle locale et globale et de penser leur relation d’un point de vue dialectique dans un contexte de mondialisation.

 

Les Highlands écossaises, si proches et si lointaines

L’Écosse occupe une position ambiguë au sein de l’Empire britannique. Rattachée à l’Angleterre par les Actes d’Union de 1707, qui lui firent perdre une large partie de sa souveraineté, elle peut être considérée comme une ancienne colonie anglaise. L’historien Michael Hechter a ainsi décrit, dans un ouvrage qui a fait date, le rapport entre l’Angleterre et ses « marges celtiques » comme un « colonialisme intérieur » (Hechter, 1975). Toutefois, deux autres échelles doivent être considérées. D’une part, l’échelle mondiale invite à nuancer la position subalterne de l’Écosse, puisque la région se trouve au centre de l’Empire britannique et que les Écossais ont joué un rôle important dans les armées et le commerce impérial, à différents niveaux de l’échelle sociale (Devine et MacKenzie, 2011). D’autre part, l’Écosse elle-même est marquée par une frontière interne, la Highland Line, qui sépare les Lowlands, où se trouvent Édimbourg et Glasgow, et où se sont développées les Lumières écossaises, des Highlands, régions montagneuses à qui l’on attribue toute l’ambivalence du primitif, valorisé comme authentique mais condamné comme arriéré, et qui en sont paradoxalement venues à représenter l’Écosse entière, au détriment des Lowlands (Pittock, 1991) [1] . Au cours du XVIIIe siècle, les voyageurs britanniques se rendant dans le Nord de l’Écosse ne vont pas tant y chercher le pittoresque, qui sera le but avoué des touristes romantiques, qu’une forme de rapport aux origines que d’autres vont chercher dans des époques reculées ou sur des continents éloignés [2] . La dynamique de ces récits de voyages internes au Royaume-Uni, que les visiteurs viennent d’Angleterre ou des Lowlands, est comparable à celle qui préside aux récits de voyages plus lointains, du côté des Indes orientales ou occidentales : elle permet de construire une figure homogène de l’autre, reposant sur un répertoire d’images et de scénarios attendus, que le voyage permet souvent de corroborer plutôt que de nuancer. Ajoutons que la chronologie des conquêtes nationales et impériales est semblable, marquée par une accélération notable au XVIIIe siècle (McNeil, 2007).

Nous prendrons ici comme exemple l’un des plus connus de ces voyages internes : celui de Samuel Johnson, dont on connaît encore le Dictionary of the English Language, et de James Boswell, son cadet de trente ans, futur auteur de la biographie à succès que sera la Vie de Samuel Johnson [Life of Samuel Johnson]. Leur périple, à l’été 1773, dure un peu moins de trois mois et les mène des Lowlands jusqu’à l’archipel des Hébrides intérieures. Le Dr. Johnson publiera deux ans plus tard un récit de voyage intitulé Voyage aux îles occidentales de l’Écosse [A Journey to the Western Islands of Scotland] qui sera complété en 1785, après la mort de Johnson, par la publication du journal de voyage tenu par Boswell (Johnson, [1775] 1985 ; Boswell, 1785). Les deux textes ne sont pas symétriques et, comme l’ont souligné des éditeurs des deux récits, le témoignage de Boswell porte davantage sur Samuel Johnson que sur l’Écosse en elle-même (Levi, 1984, p. 11 ; Rogers, 1993, p. x). C’est donc au texte du Dr. Johnson que nous nous intéresserons plus particulièrement, d’autant plus que son point de vue anglais le rend plus étranger encore aux Highlands que James Boswell, originaire des Lowlands.

Samuel Johnson n’arrive pas en Écosse dépourvu de préjugés, loin s’en faut. D’une part, il a connaissance des rares récits de voyage en Écosse déjà publiés au XVIIIe siècle et il cite la description des Hébrides de Martin Martin et le plus récent récit de voyage de Thomas Pennant (Martin, 1703 ; Pennant, 1771). D’autre part, son approche est empreinte de l’hostilité vis-à-vis des Écossais qui caractérise l’Angleterre des années 1760 (Davis, 1998, p. 74-75 ; McNeil, 2007, p. 25-26) et qu’illustrait déjà la célèbre définition donnée de l’avoine dans son Dictionnaire (Johnson, 1755) : « une céréale qui en Angleterre est généralement réservée aux chevaux, mais qui nourrit le peuple écossais » [a grain, which in England is generally given to horses, but in Scotland it supports the people]. Avant même d’avoir vu les montagnes écossaises, il vient constater le retard, voire la sauvagerie des Highlanders, l’infériorité de leurs mœurs caractérisées par la paresse et l’imprévoyance, mettant en valeur l’apport civilisationnel anglais. On peut en donner comme exemple une affirmation qui sonne comme une conclusion alors même qu’elle marque son arrivée dans les Highlands :

Till the Union made them acquainted with English manners, the culture of their lands was unskilful, and their domestick life unformed; their tables were coarse as the feasts of Eskimeaux, and their houses filthy as the cottages of Hottentots. (Johnson, [1775] 1985, p. 21)

Jusqu’à leur union avec l’Angleterre, qui leur fit connaître les mœurs de leurs voisins, les Écossais cultivaient la terre d’une manière très primitive et leur mode de vie était très fruste : leur nourriture était aussi grossière que celle des Esquimaux et leurs demeures aussi repoussantes que celles des Hottentots. (Johnson, [1775] 1991, p. 54)

On ne saurait être plus explicite dans le jugement porté, qui établit une équivalence entre l’arriération historique et l’éloignement géographique. Le développement des connaissances et des imaginaires géographiques et ethnographiques au niveau mondial se met ici au service de la hiérarchisation nationale.

La suite du voyage vient confirmer les attentes du Dr. Johnson, à quelques nuances près – en particulier, il n’est pas sans percevoir, au fur et à mesure de son voyage, que les bienfaits de la civilisation anglaise tendent à prendre la forme, notamment depuis les défaites jacobites de 1715 et 1745, d’une répression violente, militaire et législative [3] . Le regard que Samuel Johnson porte sur l’Écosse n’est pas celui du touriste, qui deviendra la norme au XIXe siècle, mais celui de l’ethnographe, cherchant une approche objective et analytique du groupe humain qu’il observe. Il ne montre qu’une sensibilité limitée aux paysages et recherche dans la nature la preuve de l’activité humaine – ou, en l’occurrence, de son absence qui lui semble prouver l’inertie locale. Les habitants sont vus comme des objets d’étude, qui s’y prêtent d’ailleurs de bonne grâce :

Near the way, by the water side, we espied a cottage. This was the first Highland Hut that I had seen; and as our business was with life and manners, we were willing to visit it. To enter a habitation without leave, seems to be not considered here as rudeness or intrusion. The old laws of hospitality still give this licence to a stranger. (Johnson, [1775] 1985, p. 24)

Non loin de la route, nous remarquâmes une petite habitation. C’était la première hutte des Highlands que je voyais, et comme notre affaire était d’observer la vie et les mœurs, nous eûmes envie de la visiter. Entrer dans une habitation sans en être prié ne semble pas être considéré ici comme malhonnête ou indiscret. Les vieilles lois de l’hospitalité laissent encore cette liberté à l’étranger. (Johnson, [1775] 1991, p. 57)

Cet exemple reflète l’ambivalence du rapport aux mœurs locales, entre nostalgie d’une hospitalité authentique et condescendance vis-à-vis d’un mode de vie perçu comme arriéré. On retrouve cette tension dans plusieurs scènes, comme celle qui se déroule lors d’une halte à Glen Shiel (orthographié Glensheals dans le texte). Le Dr. Johnson y mentionne leur inquiétude à se retrouver entourés par une horde de villageois, dont ils ne comprennent pas le langage – puisque ni l’Anglais Johnson ni le Lowlander Boswell ne parlent gaélique – et dont ils ne peuvent connaître avec certitude les intentions :

The villagers gathered about us in considerable numbers, I believe without any evil intention, but with a very savage wildness of aspect and manner. (Johnson, [1775] 1985, p. 33)

Les villageois s’assemblèrent autour de nous en grand nombre, sans aucune mauvaise intention, je suppose, malgré la sauvagerie de leur apparence et de leurs manières. (Johnson, [1775] 1991, p. 64)

Prudents, les deux voyageurs leur distribuent des morceaux de pain blanc et du tabac, ainsi que de la menue monnaie pour les enfants, reçue avec avidité. La scène est topique d’une confrontation avec un peuple considéré comme primitif : incarné autant par des enfants que par des adultes, décrit comme hospitalier et curieux, mais aux intentions toujours suspectes.

Ainsi, le Dr. Johnson, linguiste et apprenti ethnographe, trouve dans les Highlands la confirmation de ce qu’il était venu y chercher. Il en rapporte une réserve d’images et de scènes qui crée une représentation homogène des Highlanders, peuple au mode de vie anachronique dans le Royaume-Uni moderne, à la grandeur déchue, pour lequel la domination anglaise apparaît comme un secours nécessaire. En constituant cette collection ethnographique mentale, il ne prend guère en compte les biais de son propre regard ni de ceux des médiateurs qu’ont été pour lui James Boswell, et plus encore leurs guides et interprètes, ainsi que les Lairds dont ils ont reçu l’hospitalité. Il se fait vecteur d’une image prétendument objective qui contribue au mécanisme hégémonique fondateur du récit de voyage interne.

 

La Patagonie : un tout nouveau monde à conquérir

La Patagonie est une région dont la construction se situe au carrefour d’une histoire mondiale et des histoires nationales chilienne et argentine. Le nom « Patagonie », donné en 1520 par Magellan à tout le territoire américain au Sud du Rio del Plata, désigne une zone dont les limites géographiques mouvantes tardèrent à être fixées (Bandieri, 2014, p. 12-13). Les missionnaires anglais furent les premiers Européens à s’installer sur le territoire, suivis par des tentatives de peuplement des Espagnols et par des colonies galloises. Les indiens mapuches occupèrent également une partie du territoire, dominant les tehuelches, premiers habitants de la Patagonie. Considérée longtemps comme terra nullius, la région fit l’objet de disputes territoriales entre le Chili et l’Argentine à partir de leur indépendance au début du XIXe siècle ; les frontières entre les deux pays ne furent établies qu’au début du XXe siècle. Incorporée tardivement aux territoires nationaux, la région fit l’objet d’une véritable colonisation intérieure, à travers des opérations militaires violentes. En Argentine, entre 1878 et 1885, la « Conquête du Désert » établit le contrôle de l’État sur une vaste partie des pampas et de la Patagonie, en décimant, déplaçant ou réduisant en esclavage les peuples autochtones.

Le processus de définition de la Patagonie comme territoire, depuis sa nomination jusqu’à la délimitation de ses frontières, s’accompagne d’un corpus très dense de récits de voyage, de récits d’explorateurs, de textes ethnographiques ou anthropologiques, d’abord européens puis chiliens et argentins. Ce corpus forme un palimpseste à travers lequel s’élabore ce que Silvia Casini a nommé un « Patagonialisme » [Patagonialismo] (2005, p. 18-19), sur le modèle de l’orientalisme saidien : une représentation homogène de la région, laquelle va de pair avec « des pratiques impérialistes d’appropriation de l’espace » [prácticas imperiales de apropiación del espacio] (p. 1), et qui évoque un ensemble de caractéristiques, comme « l’idée d’un sudisme monstrueux […] la fin du monde, l’immensité, la désolation, le vide et la présence d’habitants étranges » [la idea de una suridad monstruosa, […] el fin del mundo la vastedad, la desolacion, el vacio y la presencia de habitantes extraños] (p. 4).

Les récits de voyage entretiennent un lien étroit avec l’histoire politique de la région et l’hégémonie des puissances européennes, mais aussi nationales : alors qu’il est peuplé depuis des millénaires par les autochtones, le territoire de la Patagonie est décrit comme vide ou désert, devenant un espace à occuper et à exploiter, une tabula rasa où pourra s’écrire le projet colonial [4] . Dans des récits de voyage plus tardifs, cette idée se couple à celle d’un espace où peut s’inventer le futur de la nation. Ainsi, comme l’a noté Jens Andermann, « il incombe aux voyages de la fin de siècle au Sud lointain, des deux côtés de la cordillère, d’incorporer les nouvelles terres au texte territorial de l’État-nation » [a los viajes finiseculares al lejano sur, en ambos lados de la cordillera, se les encargó la misión de incorporar las nuevas tierras al texto territorial del Estado-nación]. (Andermann, 2000b, p. 73)

C’est le cas dans le récit de voyage interne que nous prenons ici pour exemple. Il s’agit de La Australia Argentina. Excursión periodística a las costas patagónicas, Tierra del Fuego e Isla de los Estados de Roberto Payró, une série de chroniques journalistiques parues en Argentine en 1898, un peu plus d’une décennie après la parution de celles d’Eizaguirre, les premières à être publiées sur la Patagonie. L’écrivain et journaliste part trois mois en Patagonie à la demande du journal Nación, peu après la fin de la « Conquête du désert » et le conflit de frontières de 1895 avec le Chili. Dans ces chroniques, il mêle descriptions du paysage, éléments informatifs et longs passages dialogués, dans lesquels il donne la parole à des missionnaires, éleveurs et agents du gouvernement. Le titre suggestif qu’il donne à son ouvrage, La Australia Argentina, situe d’emblée la région au carrefour du national et du transnational. Payró ne l’explique qu’au terme de ses chroniques, lorsqu’il s’exclame : « L’Australie argentine ! Je ne me suis pas trompé en nommant ainsi ces terres australes, géographiquement et topographiquement si proches parentes du tout nouveau monde ? » [¡La Australia argentina! ¿No habre estado en error al apellidar asi a esas tierras australes, geografica y topograficamente tan proximas parientas con el mundo novisimo?] (Payró, [1898] 1963, p. 126). Les deux régions sont décrites comme des proches parentes : l’Australie, ce « tout nouveau monde », est surtout un modèle pour Payró, dont l’admiration pour l’impérialisme britannique se traduit par ce rapprochement. Il déclare à la fin de ces chroniques que la Patagonie est susceptible de devenir « asile de liberté et décor du progrès » [asilo de la libertad y escenario del progresso] (p. 126) : l’espace futur de la prospérité argentine, qu’il imagine à partir d’un modèle colonial européen. Cette formule fait écho au prologue de l’ouvrage, signé par l’ancien président Bartolomé Mitre, qui lie explicitement écriture littéraire et souveraineté nationale :

[…] su libro, como comentario de un mapa geográfico hasta hoy casi mudo, importará la toma de posesión, en nombre de la literatura, de un territorio casi ignorado, que forma parte de la soberanía argentina, pero que todavía no se ha incorporado a ella para dilatarla y vivificarla. (Bartolomé Mitre, cité dans Payró, 1898 [2021], non paginé)

Son livre, en tant que commentaire d’une carte géographique jusqu’à présent presque muette, sera la prise de possession, au nom de la littérature, d’un territoire quasiment ignoré, qui fait partie de la souveraineté argentine, mais qui ne lui a pas encore été incorporé, pour l’amplifier et la vivifier.

Cette relation entre écriture et territorialisation s’inscrit dans une tendance de la littérature sudaméricaine qui, pendant l’exploration des frontières, « tente de remplir de mots l’espace national […] toujours en relation avec le fondement symbolique de la Nation » [intentó cubrir de palabras el espacio nacional, […] siempre en relacion con el marco simbólico de la Nación] (Fernández Bravo, 1999, p. 12). Si Payró s’efforce tout au long de ses chroniques de renverser divers stéréotypes sur l’espace patagonien, c’est donc bien dans la perspective d’un projet de domination territoriale. À rebours de l’idée d’une nature hostile, ingrate, il ne cesse d’insister sur le calme et la beauté des paysages patagoniens, sur leur fertilité. L’espace patagonien n’est plus un lieu barbare, mais une « métaphore de l’avenir » [metafora del porvenir] (Livon-Grossmann, 2003, p. 15), une « promesse téléologique » [promesa teleologica] (Andermann, 2000a, p. 136).

Dans ces chroniques, Payró décrit les peuples autochtones de façon ambivalente. Il exalte leurs qualités et déplore leur extermination, qu’il attribue à la persécution qu’ils ont subie et aux conséquences néfastes de la colonisation (Payró, [1898] 1963, p. 52-58). L’apparente neutralité du style journalistique de Payró le pousse à proposer systématiquement des contrepoints à ses analyses, en mettant sur le même plan les massacres d’autochtones et la cruauté dont ces derniers ont pu faire preuve à l’égard des colons. Il rapporte ainsi de nombreuses anecdotes violentes, racontant par exemple comment un capitaine et un marin eurent les oreilles et la langue coupés, les yeux arrachés et les membres amputés par des indigènes (p. 56). De même, Payró donne longuement la parole à un homme qui fait l’éloge de Julius Popper, un aventurier argentin, et qui note que malgré ses défauts celui-ci aurait été « l’homme pour ces terres, appelé à les faire progresser » [el hombre para estas tierras, llamado a hacerlas progresar] (p. 78). Or, Popper est l’un des principaux responsables du génocide du peuple Selk’nam en Terre de Feu. Aucune contradiction ne sous-tend cette affirmation : si l’homme qui a contribué au génocide des autochtones est « fait pour ces terres », capable de « les faire progresser », c’est bien que le projet national s’écrit en vidant ce territoire de son histoire et que l’extermination de ces populations en fait pleinement partie.

La seule scène de rencontre entre Payró et des autochtones évoque cet effacement. À son arrivée en Terre de Feu, un vieillard et son fils l’abordent pour faire du troc : leur aspect est interchangeable aux yeux du journaliste et le dialogue est très bref, les deux hommes ne répondant que « Yes » à ses questions. Payró note alors : « Ils ne veulent pas répondre. […] Pour s’esquiver, ils ont le prétexte de l’idiome et ils en profitent ». [No quiere contestar […] Para escapar por la tangente, tienen el pretexto del idioma y lo aprovechan] (Payró, [1898] 1963, p. 62). Ces deux hommes opposent leur silence au journaliste qui voudrait se saisir de leur parole, ne comprenant pas ses questions ou feignant de ne pas les comprendre : c’est à la fois une résistance choisie et un effacement subi. Dans le texte de Payró, ils n’apparaissent jamais en tant que sujet de discours, alors même qu’il noue de longs dialogues avec les personnages les plus divers : on parle des autochtones, on parle pour eux, mais ils sont privés de parole, réduits à n’être que des « objets folkloriques » [objetos folkloricos] selon l’expression de Celina San Martin (2013, p. 31).

 

Imaginer et posséder le territoire

De toute évidence, les deux exemples que nous avons choisis doivent être perçus dans toute l’étendue de leurs différences : l’entreprise de domination politique de l’Angleterre vis-à-vis de l’Écosse n’est pas fondée sur la représentation d’un espace entièrement disponible à l’instar de la Patagonie aux yeux des colons chiliens et argentins, mais plutôt sur l’incorporation d’un passé commun permettant un progrès à venir, défini selon le modèle hégémonique anglais. Toutefois, d’un point de vue épistémologique et idéologique, les attitudes du conservateur Dr. Johnson et du socialiste Roberto Payró sont semblables : le récit de voyage se donne une fonction ethnographique explicite. Il s’agit d’expliquer à des lecteurs qui leur ressemblent ce qu’ils ont découvert dans ces territoires considérés comme lointains. Ils se font les médiateurs au sein de leur nation d’un savoir peu diffusé. Quoique la réalité géographique des deux territoires soit bien différente, les deux voyageurs insistent sur l’ampleur des zones parcourues et leur caractère désertique : la rareté des voyageurs et l’absence totale d’arbres dans le cas des Highlands, l’isolement des colons et l’immensité de l’espace dans le cas de la Patagonie. Ce savoir, permis par leur regard extérieur et éclairé, vient justifier la domination politique des centres qu’ils représentent tous deux : le Dr. Johnson et le journaliste Payró pensent voir ce que les autochtones ne pourraient pas voir, écrire ce qu’ils ne sauraient pas écrire. L’ethnographe se retrouve à devoir comprendre et expliquer ce que ses sujets d’étude ne peuvent dire, comme le suggère par exemple le Dr. Johnson lorsqu’il se plaint des réponses éparses et contradictoires que reçoivent souvent ses interrogations. Il souligne la difficulté pour l’observateur à recueillir les informations nécessaires : « le laxisme verbal des Highlanders est si grand que le jugement de l’enquêteur est continuellement maintenu en suspens, au point que, par une sorte de dégradation de l’information, il sait d’autant moins qu’il écoute plus. » (Johnson, [1775] 1991, p. 71) [such is the laxity of Highland conversation, that the inquirer is kept in continual suspense, and by a kind of intellectual retrogradation, knows less as he hears more.] (Johnson, [1775] 1985, p. 41) On retrouve ici précisément le fonctionnement de l’orientalisme analysé par Edward Said, alors même qu’il s’agit de territoires qui cherchent à se définir, à s’imaginer (selon les termes de Benedict Anderson, [1983] 1991) comme des nations homogènes : l’apport ethnographique extérieur légitime la domination. Celle-ci a précisément pour conséquence la disparition des modes de vie décrits, voire des populations elles-mêmes. Dans le cas de l’Écosse, Johnson déplore l’hémorragie démographique des Highlands, due à la répression militaire anglaise et à la pression économique capitaliste des enclosures, qui poussent à l’émigration ceux qui ont les moyens de partir (Johnson, [1775] 1985, p. 78-80). En ce qui concerne la Patagonie, Payró fait le constat de la disparition des autochtones et de l’abandon de l’État, qui ouvre la voie à l’exploitation des terres par de grands propriétaires absents du territoire, livrant les habitants de la Patagonie à leur propre sort.

L’emploi du concept d’orientalisme intérieur pour qualifier ces deux situations permet de souligner les liens fondamentaux de l’hégémonie idéologique et des représentations discursives, autrement dit d’insister sur l’importance de l’imaginaire, ici porté par les récits de voyage, dans la domination politique. La circulation transnationale de ces motifs, images, scénarios récurrents d’un récit à l’autre, de l’Écosse jusqu’à la Patagonie, participe à l’établissement d’un ordre mondial colonial, fondé autour de quelques centres ayant réussi à imposer leur légitimité, et justifié par la ressemblance d’une multitude de marges dominées, souvent caractérisées de manière ambiguë comme des réservoirs d’authenticité. La scène des villageois mi-curieux mi-menaçants qui entourent les voyageurs, telle que la rapporte Johnson, tout comme celle où Payró raconte le troc effectué avec des autochtones, qui lui semblent tous identiques, s’inscrivent dans une constellation imaginaire que l’on peut dire « orientaliste » : d’une part, par analogie avec la co-construction discursive de l’ Orient analysée par Said, mais aussi pour souligner la cohérence idéologique de ces représentations, qui proposent une même grille de lecture à l’échelle transnationale et impériale.

Dans le cas de Samuel Johnson comme dans celui de Roberto Payró, le recours à des comparaisons entre les différents espaces périphériques, à l’échelle mondiale, participe de la même manière à créer un réseau transnational des marges, des confins du monde. Pour Payró, la Patagonie peut être rapprochée de l’Australie et les Fueguiens rappellent les Japonais (p. 62). Johnson, on l’a vu, compare les Highlanders, avant leurs contacts avec les Anglais, aux « Esquimaux » et aux « Hottentots ». De manière intéressante, il compare également l’ignorance dans laquelle nous sommes du passé des Highlands à l’ignorance des zones géographiques inaccessibles que sont les « régions magellaniques [5]  », rapprochant ainsi explicitement Highlands et Patagonie.

Enfin, les deux récits s’inscrivent dans ce que Daniel Fabre a nommé le « paradigme des derniers », qu’il définit comme un paradigme des sciences sociales qui se diffuse avec le romantisme européen et vient de « la prise de conscience de la fin d’un monde social et culturel », imposant l’urgence d’une transmission (Fabre, 2011, p. 52). Le chapitre que Payró dédie aux autochtones de la Terre de Feu sous-titré « La fin d’une race » [El Fin de una raza] ([1898] 1963, p. 50) analyse ainsi les raisons de la disparition des deux principaux peuples de Patagonie et de Terre de Feu. Payró fait le constat de leur extinction ; son voyage s’inscrit donc déjà dans un temps où ces peuples ont quasiment disparu. Cette disparition est analysée à la lumière des crimes coloniaux, qu’il déplore : elle est néanmoins perçue comme une loi générale, laquelle vouerait certains peuples à disparaître aux profits d’autres, plus « aptes » à survivre, amenant avec eux le progrès – ce n’est d’ailleurs pas un hasard s’il cite à ce moment-là Darwin (p. 54) [6] . Cette manière de voir, qui préside au succès européen des poèmes d’Ossian dans la seconde moitié du XVIIIe siècle, se retrouve dans le récit du Dr. Johnson alors même que celui-ci fait partie des plus véhéments détracteurs des prétendues traductions de James Macpherson. Il n’en reste pas moins que Samuel Johnson, tout en valorisant l’apport civilisationnel anglais et en soulignant l’urgence des modifications économiques et sociales à mettre en place dans les Highlands, éprouve une semblable nostalgie et exprime le regret de réaliser son voyage si tard, à un moment où le mode de vie qu’il souhaite observer est déjà en train de disparaître, précisément sous les coups nécessaires du progrès [7] .

Le concept d’orientalisme intérieur permet ainsi de mettre en lumière la circulation des représentations des espaces marginaux, plus que ne le font les notions de périphérie ou de marge. Il souligne également la complexité des usages de cet imaginaire, qui peut servir des dynamiques de domination, mais aussi fonctionner comme revendication identitaire notamment dans le champ littéraire. Plus interdisciplinaire que la notion d’hégémonie, il invite à une lecture régionale et transnationale des représentations discursives de l’invention d’un territoire, ici à travers les récits de voyage.

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  • URIARTE Javier, The Desertmakers: Travel, War and the State in Latin America, New York, Routledge, 2019.

Notes

  • [1]

    On renvoie également à Maureen M. Martin (2009) qui aborde ces enjeux autour de la perception de la masculinité écossaise au sein du Royaume-Uni.

  • [2]

    On retrouve la même attitude jusqu’au début du XIXe siècle, comme l’illustre par exemple l’essai préliminaire d’Anne Grant à ses Essays on the Superstitions of the Highlanders of Scotland (1811, vol. 1, p. 1-10) : elle s’étonne du zèle de ses compatriotes à aller chercher dans le lointain temporel et géographique ce qu’ils pourraient trouver à peine caché dans le Nord de l’Écosse.

  • [3]

    Il critique ainsi certains choix de gouvernance qui, estime-t-il, accentuent plutôt qu’ils ne freinent l’émigration massive depuis les Highlands : « Prévenir l’insurrection en chassant la population, afin de gouverner en paix, sans sujets, est un expédient qui ne démontre pas un sens politique très profond. » (Johnson, [1775] 1991, p. 105) [To hinder insurrection, by driving away the people, and to govern peaceably, by having no subjects, is an expedient that argues no great profundity of politicks.] (Johnson, [1775] 1985, p. 80).

  • [4]

    Voir à ce sujet Javier Uriarte, The Desertmakers: travel, war and the State in Latin America (2019).

  • [5]

    « Si nous savons fort peu sur les anciens Highlanders, gardons-nous de combler le vide avec Ossian. Si nous n’avons pas exploré les terres aperçues par Magellan, gardons-nous de les peupler de Patagons. » (Johnson, [1775] 1991, p. 121) [If we know little of the ancient Highlanders, let us not fill the vacuity with Ossian. If we had not searched the Magellanick regions, let us however forbear to people them with Patagons.](Johnson, [1775] 1985, p. 99).

  • [6]

    Voir Celina San Martin (2013), au sujet du dialogue de Payró avec Darwin et des différences raciales qu’il établit entre les peuples autochtones, considérés plus ou moins aptes à intégrer le projet national.

  • [7]

    « Il n’y a peut-être pas d’exemple d’un changement dans les mœurs d’un peuple aussi rapide, aussi grand et aussi général que celui entraîné dans les Highlands par la dernière conquête et les lois qui l’ont suivie. Nous sommes venus trop tard pour voir ce que nous espérions et qui était un peuple singulier et un mode de vie antique. Il reste bien peu de l’ancien caractère des clans […]. De l’antique héritage, il ne reste que la langue et la pauvreté. » (Johnson, [1775] 1991, p. 76) [There was perhaps never any change of national manners so quick, so great, and so general, as that which has operated in the Highlands, by the last conquest, and the subsequent laws. We came thither too late to see what we expected, a people of peculiar appearance, and a system of antiquated life. The clans retain little now of their original character […]. Of what they had before the late conquest of their country, there remain only their language and their poverty.] (Johnson, [1775] 1985, p. 46)

Pour citer cet article

Juliet Brugier et Marie-Agathe Tilliette, « L’orientalisme intérieur » : du transnational au régional », dans Yvan Daniel et Gaëlle Loisel (éd.), Littératures et mondialisation. Actes du 44e congrès de la SFLGC, 2026, URL : https://sflgc.org/acte/brugier-julie-lorientalisme-interieur-du-transnational-au-regional/, page consultée le 12 Juillet 2026.

Biographies des auteurs

BRUGIER, Julie

Julie Brugier est ancienne élève de l’École Normale Supérieure de Lyon, agrégée de Lettres Modernes et docteure en Littérature comparée. Elle a publié sa thèse chez Classiques Garnier sous le titre Marginalité et communauté dans le roman. Maryse Condé, Rachel de Queiroz e William Faulkner (2024). Elle a co-fondé et co-dirige la revue de Littérature comparée à comité de lecture Pagaille.

TILLIETTE, Marie-Agathe

Marie-Agathe Tilliette est Maîtresse de Conférences en Littérature comparée à l’Université du Littoral Côte d’Opale, au sein de l’UR 4030 HLLI – Unité de Recherche sur l’Histoire, les Langues, les Littératures et l’Interculturel. Elle a publié en 2023 Figures de marginaux dans le roman historique européen (1814-1836), aux éditions Classiques Garnier.