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En régime de lecture littéraire, la perception de l’unité textuelle dépend habituellement, entre autres, de l’homogénéité linguistique permettant censément d’assigner un texte littéraire à une langue et une culture déterminées, voire à une nation et à une période historique. Le plurilinguisme textuel est donc souvent dénié ou refoulé par des stratégies de simulation ou de dissimulation, Quand il est effectif à la surface du texte, il peut avoir pour visée ou pour conséquence un effet de mise-en-monde englobante ou une synecdoque de ce que pourrait être une hypothétique Weltliteratur totale. Or, par-delà de telles sollicitations, soit qu’un multilinguisme expérimental échoue à dépasser le statut d’objet singulier, soit que domine une combinaison d’éléments attribuables à une communauté restreinte, le plurilinguisme textuel risque une minoration qui, au lieu de mondialiser l’acte littéraire, voudrait universaliser le plus particulier en l’exemplarisant.
In the regime of literary reading, the perception of textual unity usually depends, among other things, on the linguistic homogeneity that supposedly allows a literary text to be assigned to a specific language and culture, or even to a nation and a historical period. Textual plurilingualism is therefore often denied or repressed by strategies of simulation or dissimulation. When it is effective on the surface of the text, it can aim at or result in an effect of all-encompassing world-making or a synecdoche of what a total Weltliteratur might be. However, beyond such solicitations, either because an experimental multilingualism fails to reach another status than that of a singular object, or because a combination of elements attributable to a restricted community dominates, textual plurilingualism risks a minorization which, instead of globalizing the literary act, would universalize the most particular by making it exemplary.
ARTICLE
La question, de prime abord énigmatique au plan lectoral et herméneutique, du texte pluri- ou multilingue, ne peut s’envisager sans examiner critiquement la notion de texte, son identité et ses délimitations. Le tout-textuel unitaire du premier néo-structuralisme et surtout de la sémiotique greimassienne, qui se voulait universelle et qui fut étonnamment indifférente à la pluralité des langues, fut d’abord infléchi par l’irruption de l’intertextualité (avec son armée toujours croissante d’hypo- hyper-, para- et métatextes, de marges et palimpsestes) mais a connu une débandade plus sévère à partir du moment où non seulement la pluralité de registres ou de voix du dialogisme, de la polyphonie ou du « plurilinguisme » bakhtinien, mais aussi la pluralité des langues naturelles, leur accord ou leur cacophonie, ont dû être pris en compte avec le tournant traductologique amorcé dans les années 80 et 90. Celui-ci, avec son cortège d’intraduisibles indéfiniment traduisibles, n’a pas été pris sur le coup d’une soudaine révélation théorique ou philosophique. Ce sont diverses formes de mondialisation, tant nocives, voire toxiques, que bénéfiques pour la création, la diffusion et la réception littéraires, qui l’ont imposé brutalement au moment où une multilatéralité vaste et floue de la communication esthétique s’est substituée à des bilatéralités restreintes et à des clôtures culturelles communautaires plus ou moins étanches. Globaux ou non, nous avons eu dès lors affaire à des kaléidoscopes et non plus à des barres parallèles.
Encore faut-il que l’hétérogénéité linguistique d’un texte soit perçue par le lecteur comme une anomalie (esthétiquement et/ ou politiquement, et/ ou philosophiquement) significative ; il faut de quelque façon que l’on s’étonne, que cela ne coule pas de source. Ceci n’est pas seulement affaire d’une situation historique et sociolinguistique déterminée, d’une « identité » rigide (par exemple, je suis espagnol, de langue maternelle castillane, et ça, c’est moi ; ou, au contraire, mon père était allemand, ma mère française, on parlait tout le temps, indifféremment, les deux langues à la maison, et ça, c’est moi, point). Un lecteur parfaitement bilingue naturalisera aisément une narration ou un dialogue alternant souvent les codes à moins de se placer en position d’extériorité par rapport à ces usages, soit en imaginant le point de vue d’un non-bilingue ou d’un trilingue, soit en privilégiant une des deux langues en présence, soit encore en prenant assez de recul pour postuler que chaque langue a une idéologie en forme de prisme ou de filtre qui lui permet de dire ou la force à dire quelque chose du monde qu’une autre langue ne pourrait pas ou s’abstiendrait de dire [1] .En d’autres termes, le texte plurilingue redevient monologique pour qui son hétérogénéité constitue une façon d’être en langue partagée par la communauté dans laquelle il se situe. Il en va de même s’il est scindé par le récepteur en versions ou segments autonomes [2] .
Les phénomènes postcoloniaux, transcoloniaux, d’émergence subalterne, le cosmopolitisme d’en bas (selon Fuyuki Kurasawa) sur une scène sans frontières et, en même temps, un peu partout, de nativisme ou d’indigénisme offensif, nous ont obligé à repenser radicalement le « texte » comme autre chose qu’une unité de discours adressée dans une seule langue et un seul lieu aux locuteurs de cette langue et de ce territoire, pour leur seule jouissance, intelligible d’eux seuls, les instruisant seuls, comme le dit Jagdish Dave [3] , et les confortant dans leur isolement factice [4] . Le temps du sans-autre est bien fini, ce qui chagrine fort aussi bien les occidentaux fiers de l’être et les européocentriques à tout crin que les occidentalistes ou autres « séparatistes », néo- et ultranationalistes, du Québec (Gaston Miron et tant d’autres), au Maharastra (Bhalchandra Nemade) en passant par le Moyen-Orient (Hassan Hanafi). Il est donc aujourd’hui de bon ton de détecter les langues dans ou sous la langue —considérée comme une pratique dynamique et fluctuante, comme le dit Myriam Suchet (« Lire en français » § 10)— et d’être attentif aux réécritures des mythes, des thèmes et des intrigues indépendamment des langues naturelles en jeu. Mais la gêne causée aux tenants de la langue maternelle et « native » fait aussi que l’on se penche plus volontiers sur le « texte » pluri-, multi- ou hétérolingue dans des contextes culturels tels que ceux du Canada, de l’Inde, du Maghreb ou de l’Afrique subsaharienne où l’on prend conscience d’une pluralité des expressions linguistiques perçue par beaucoup comme menaçante.
Qu’advient-il alors aujourd’hui du « texte » pluri- ou hétérolingue dans ses nombreuses variétés ? De qui est-il l’œuvre ? Et comment nous conduit-il à réexaminer, voire à reconcevoir la textualité elle-même ? Enfin, ce texte tissé d’autres ne se replie-t-il pas paradoxalement sur lui-même en cherchant à encapsuler l’altérité générale du monde, de telle sorte que l’universalité effacerait l’étrangeté et l’étrangéité et que monde et monade deviendraient synonymes ? Telles sont les interrogations que je vais successivement aborder en les illustrant par quelques rapides études de cas. Mais je dois encore préciser d’entrée de jeu que mon objet principal ici n’est pas la lecture plurilingue d’un texte qui dissimule, enfouit ou ne donne que de faibles indices de langues sous-jacentes, mais bien celle de textes qui avouent, exhibent ou exacerbent leur altérité à une seule langue.
Je dois donc commencer par un apparent excursus pour dissocier d’un véritable plurilinguisme textuel les stratégies qui en pointent la possibilité théorique mais en dénient l’actualisation pragmatique. On ne saurait bien comprendre l’activation lectorale du plurilinguisme (du même ordre que celle du scriptible barthésien) sans envisager son déni tel que l’illustrent à la fois les stratégies d’écriture et de traduction les plus communes, mais aussi la représentation des langues dans une seule.
« Nique ta mère, dit-il en arabe », ou le plurilinguisme dénié
Il y a mainte façon de dénier la pluralité des langues en jeu dans un texte, qu’il s’agisse de celle qui a cours dans le monde représenté ou évoqué, de l’altérité linguistique de la ou des langues utilisées dans l’univers culturel de référence par rapport à la langue d’expression, ou encore de la naturalisation d’expressions étrangères dans la langue dominante du texte. Et les degrés de ce déni sont eux-mêmes variables. Je vais donner quelques exemples qui permettront ensuite, a contrario, d’apprécier les modes d’activation lectorale du plurilinguisme textuel suggérés ou imposés par un texte matériellement plurilingue.
Considérons tout d’abord la représentation du discours dans un texte monolingue. C’est le cas que j’ai appelé ailleurs le « mensonge traductif » (Coste, 2015), qui ne se limite nullement aux traductions translinguistiques intégratives mais que celles-ci (dites ciblistes depuis l’invention de la dichotomie d’orientations par Jean-René Ladmiral mais que l’on pourrait aussi dire lisses ou invisibles) illustrent parfaitement. Prenons la relativement récente traduction anglaise de Madame Bovary par Geoffrey Wall (2002) et ce passage du début :
– Stand up, said the teacher.
He stood up; his cap fell down. The whole class began to laugh.
He bent over to get it. A neighbour knocked it down with his elbow, he picked it up again.
– Disencumber yourself of your helmet, said the teacher, who was a man of some wit. (84)
Rien n’est fait pour même suggérer que le professeur, dont l’humour pourrait parfaitement être anglais, ne parle pas anglais dans le monde du XIXe siècle occidental représenté. Tout au plus la mention de « Monsieur Roger » à la première page du roman a-t-elle pu alerter le lecteur anglophone d’une certaine anomalie. Mais qui y fera attention ? Français ou anglais, qu’importe ? Flaubert est alors mondial en tant qu’universel. Plus curieuse est la scène dialogique à laquelle nous assistons au chapitre I du Tour du monde en 80 jours (1873). L’énigmatique excentrique anglais Phileas Fogg a un entretien d’embauche avec un nouveau domestique :
Un garçon âgé d'une trentaine d'années se montra et salua.
Vous êtes français et vous vous nommez John ? Lui demanda Phileas Fogg.
— Jean, n'en déplaise à monsieur, répondit le nouveau venu, Jean Passepartout, un surnom qui m'est resté, et que justifiait mon aptitude naturelle à me tirer d'affaire. (4)
En quelle langue commune les interlocuteurs se parlent-ils dans le monde représenté ? Français ou anglais ? En quelle langue Fogg s’étonne-t-il qu’un Français s’appelle John ? Et d’où le tient-il ? Une agence a-t-elle traduit le prénom ? Et a-t-elle enregistré le surnom français Passepartout comme nom de famille ? Certes Passepartout rectifie-t-il la nationalité de son prénom, mais s’il donne des explications sur les raisons pour lesquelles il a été surnommé Passepartout, il n’a pas besoin d’expliquer le sens littéral pertinent du mot passepartout (master key). Sans doute, par une suprême ironie, ne pourrait-il pas le faire, servant qu’il est face à son futur master. Ainsi, comme dans la traduction de Flaubert, la différence des langues, des points de vue et du cadrage qu’elles offrent (en un autre sens, un passepartout placé autour d’une gravure ou d’un dessin sert-il à la fois de fond neutre et d’espace entre l’image et le cadre solide de l’ensemble). Passepartout, le personnage, comme l’anglais global, est en effet le « truc » qui sert de médiateur et d’entremetteur entre la singularité de Fogg et l’immense diversité du monde. Il aplanit le globe, de telle sorte que l’on ne saurait être surpris, malgré la forte invraisemblance, qu’au chapitre XIII, Mrs Aouda, la jeune veuve indienne d’un vieux rajah arrachée par Passepartout au bûcher de son défunt époux parlât anglais « avec une grande pureté » (71) [5] .
Filons !… » dit-il.
C'était Passepartout lui-même qui s'était glissé vers le bûcher au milieu de la fumée épaisse ! C'était Passepartout qui, profitant de l'obscurité profonde encore, avait arraché la jeune femme à la mort ! C'était Passepartout qui, jouant son rôle avec un audacieux bonheur, passait au milieu de l'épouvante générale ! (69)
Le français comme le Français passe partout, occupant indifféremment dans le livre la même place infiniment mobile et circulairement accomplie que l’anglais dans le monde représenté. « Same dif » et « no dif », c’est tout un, sans quoi ni Fogg ni Verne n’auraient été de retour à Londres avec presque un jour d’avance. L’in-différence des langues est ici le seul moyen de gagner l’unité indifférenciée des littératures, un gros crachat de GlobLit plutôt qu’un réseau finement maillé et aux nombreux cœurs véhiculant des globules littéraires de toutes les couleurs.
En poursuivant le cas Verne, si j’ose dire, on s’aperçoit cependant que l’étrangeté des langues joue un rôle non négligeable dans le déploiement des mondes géoculturels explorés par un imaginaire aussi bien anachronique que projectif. Les langues autres que le français sont celles des énigmes codant la localisation d’un trésor (Voyage au Centre de la Terre) ou sont associées magiquement à une mort qu’un hologramme et un phonographe tentent à la fois de répéter indéfiniment et d’annuler (Le Château des Carpathes). Enfin, l’étrangeté des détails du décor sapant la pure banalité d’une conversation « philosophique » à bâtons rompus révèlera une identité mystérieuse quoique « européennisée », et qui reste radicalement différente de l’esprit français dans Les Tribulations d’un Chinois en Chine (1879) sans qu’un traître mot de chinois passe le bout de l’oreille :
À la description du salon dans lequel ce repas a été donné, au menu exotique qui le composait, à l'habillement des convives, à leur manière de s'exprimer, peut-être aussi à la singularité de leurs théories, le lecteur a deviné qu'il s'agissait de Chinois […] (10)
D’une part, les « autres langues » désignées ou sous-entendues sont le lieu d’une altérité radicale, un mode d’être dont le mystère demande à être percé ; d’autre part, il faut les laisser dans cet ailleurs, hors texte, pour ne pas risquer d’être happé par l’abyme d’une autre pensée, d’autres sentiments, d’autres intériorités.
Parmi les autres façons de signaler les langues non intégrées au texte tout en désamorçant leur menace, il en est une bien connue qui consiste à donner une traduction pour l’exact substitut de l’original supposé. C’est l’exemple que j’ai donné pour titre pittoresque à cette section : « Nique ta mère, dit-il en arabe », mais on pourrait facilement le remplacer par « Motherfucker, he said in French », ce qui serait plus intéressant, car le français n’a pas d’insulte sur ce modèle précis et le traducteur de Blind Man with a Pistol de Chester Himes s’était contenté d’un impertinent « Bordel de Dieu » en épigraphe ou, plus tard, d’un simple et plat « salaud » inaudible dans le vacarme urbain. Signalons enfin l’insertion de mots et d’expressions d’origine étrangère partiellement ou totalement adoptés mais d’orthographe ou de consonance incompatible avec le système de la langue d’accueil dans le genre d’un « deep fake », d’un « look d’enfer » ou de « faire un break quand le timing le permet ». On notera que nombre de ces acquisitions invasives sont intraduisibles littéralement, ou n’ont pas d’équivalent en anglais, leur retraduction faisant contresens : « Would you like to have a hellish look? »
Dans tous les cas, ces pratiques d’assimilation et de dissimulation laissent entrevoir ce qu’elles prennent soin de cacher, d’estomper ou de rejeter comme le font toute dénégation et toute prétérition. Le plurilinguisme textuel effectif, qu’il serve à authentifier l’altérité de l’autre ou à perturber et déconstruire la fausse sécurité du pour-soi monolingue donne à qui s’en saisit une toute autre image des connexions difficiles et tortueuses soutenant l’anarchie d’une Weltliteratur agitée et conflictuelle mais aussi propice aux rencontres les plus improbables.
Modalités du plurilinguisme textuel effectif
Les plus évidentes modalités du plurilinguisme textuel sont celles qui font coexister deux ou plusieurs langues naturelles dans l’espace d’un livre ou d’un discours oral se présentant comme unitaire (sous un même titre, préfacé comme un ensemble, dit par un seul locuteur ou des locuteurs en dialogue, etc.).
Cette coexistence est le plus fréquemment d’ordre lexical, par insertion de mots étrangers dans un ensemble assignable à une langue principale. Tel est le cas bien connu des écrits indiens anglophones originaux ou de traductions anglaises et autres d’œuvres en Hindi, Bengali, Ourdou, Tamoul, etc. Ce lexique relève le plus souvent de référents spécifiques à la culture matérielle tels que la cuisine, le vêtement, le mobilier, l’architecture et l’urbanisme, mais aussi de la spiritualité, de la philosophie et de l’esthétique. Ces mots sont soit intraduisibles (transférables seulement par périphrase descriptive) faute d’un équivalent quelconque dans une langue non indienne (roti, dupatta, bindi) soit mal traduisibles du fait d’équivalents trop génériques (mandir/temple ; tonga/charrette à cheval ; chappals/ claquettes ; salwar / pantalon ; atman/âme). Dans ce second cas, le choix d’un mot spécifiquement indien, voire régional, cherche et/ou produit un effet de couleur locale, une altérisation identitaire ou exotique. Dans les dialogues de textes francophones à référence arabe, par exemple, on rencontrera aussi des Inchallah et des Salam aleykoum. Ces signes d’oralité locale relèvent du « réalisme », de la sympathie, du stéréotype moqueur ou des trois à la fois. Certains auteurs ou traducteurs multiplient ces transcriptions approximatives sans notes ou glossaire pour signifier au lecteur quelconque que « ce n’est pas chez lui » et, à la limite, que cela ne le regarde pas. Mais le lexique de l’anglais colonial, le « Hobson-Jobson » [6] remplit une fonction encore plus ambiguë, entre pittoresque, nostalgie et mémoire de l’oppression. Et celui du Hinglish de la vie courante (ek egg, chicken tikka, oto !) évoque une singulière modernité du quotidien contrastant avec les charrettes à bœufs et les feuilles de bananier. En tout état de cause, même si la difficulté engendrée pour le lecteur non initié à la culture de référence n’est pas toujours un obstacle à son appréciation et à son empathie, car on peut céder aux pouvoirs de la suggestion (ce qui fait même partie intégrante de l’esthétique classique indienne [7] ), on a déjà affaire à un rétrécissement potentiel du lectorat intégral ou « idéal » (Coste, 1980, p. 356-358), celui qui pourrait saisir le sens et parfois la polysémie de chacun des lexiques coprésents.
Outre la coexistence lexicale, le plurilinguisme textuel peut se manifester à d’autres niveaux, dans la syntaxe, dans l’emploi de formes ou d’expressions idiomatiques dialectales, ou de transcription des accents et divergences phonétiques. Emily Brontë avait déjà fait cela avec le personnage de Joseph dans Wuthering Heights, mais c’est une tendance générale de la poésie conversationnelle et du roman réaliste jusqu’à D.H. Lawrence et au-delà. À une autre échelle, les cas de juxtaposition de versions en langues différentes, juxtapaginales, infrapaginales, marginales ou interlinéaires, ont existé de tout temps dans des éditions de la Bible ou celles des classiques dits européens antiques. Ce qui est plus nouveau et plus rare, c’est l’utilisation de cette technique par des narrateurs expérimentaux comme Raymond Federman dans La Voix dans le débarras (2001) ou des poètes dits biculturels ou hybrides, par exemple ceux issus des cultures amérindiennes des Andes ou du Mexique. La juxtaposition de l’espagnol et du quechua. du mapuche ou du nahuatl peut présenter l’avantage de donner un certain accès aux lecteurs qui ne possèdent qu’une des deux ou plusieurs langues juxtaposées, mais elle leur pointe en même temps l’insuffisance et l’altérité même du seul texte qu’ils peuvent comprendre, tandis que s’ouvrent au lecteur qui maîtrise les langues en présence les horizons récessifs d’une variation et d’une expansion infinies selon laquelle le « texte » se dissout dans ses avatars au fur et à mesure de son enrichissement ; la boule de neige fond au soleil des mondes possibles. Ce qui est donné ou pris pour l’original gagne en mystère autant qu’en profondeur ou en crédibilité quand le texte second, traduit, est présumé ou jugé inadéquat, ou perd paradoxalement de sa valeur si la traduction montre et déploie ses richesses.
Le plurilinguisme et l’hétérolinguisme textualisés ne s’arrêtent pas là. Certains textes changent de code en cours de route ou les alternent sur des étendues plus ou moins longues, avec ou sans notes ou traduction successive. Le cas de Pagli d’Ananda Devi a été analysé sur quatre plans (Soobarah-Agnihotri, 2008) : psychologique, réaliste, esthétique et identitaire. En ce qui concerne son entremêlement du créole mauricien et du français, on a observé que ce sont des personnages vulnérables et tourmentés qui constituent le support du créole dans le texte en tentant désespérément de se faire comprendre autour d’eux, mais, pour le lecteur non mauricien de l’œuvre, l’effet est inverse. En outre, l’emmêlement, à des doses diverses, de toutes les langues de Maurice — français, créole, anglais, hindi, ourdou— sauf le chinois et le bhojpuri, préserve et privilégie une lisibilité francophone tout en donnant l’illusion d’une inclusivité qui ne concerne qu’une « culture mauricienne » synthétisée de l’extérieur, car aucun Mauricien, que je sache, ne parle ni même ne comprend toutes les langues de l’île, ce qui est d’ailleurs la raison d’être du créole, à la fois véhiculaire et vernaculaire. La nostalgie d’une complétude peut dissimuler celle d’un manque, d’une incomplétude constitutive ; il importe que les nostalgiques en prennent conscience pour ne pas faire bouillir toutes les pluralités à la sauce identitaire.
D’autre part —et je me pencherai plus avant sur ces cas-limites— le texte babélique dont Finnegans Wake continue de constituer l’exemple canonique pousse le multilinguisme à la puissance n tout en étant articulé en fonction d’une langue dominante qui le lit en l’écrivant, comme Umberto Eco, parlant d’un FrJoyce ou d’un ItJoyce, l’a bien montré (Eco, 2010, p. 350-361). Le texte babélique ne s’avance vers une totalité ou, plus modestement, une mondialité qu’à travers sa glocalité linguistique, un peu à la manière des parlers hybrides frontaliers ou migrants tels le fragnol en voie de disparition, ou les portugnols frontaliers péninsulaire ou colombo-brésilien. Les « purs » francophones devraient reconnaître que le français moderne n’est lui-même rien d’autre qu’un ancestral hybride frontalier mâtiné d’anglais depuis plusieurs générations. Zoomons tous sur Étiemble !
Restent enfin les langues « inventées » ou « imaginaires ». Si toutes les langues le sont, ce n’est visible que lorsque leur codification est le fruit d’un effort singulier (Pireddu, 2022). Certaines, comme l’esperanto, s’espèrent universellement ou au moins continentalement partageables, mères porteuses communicatives d’un vaste consensus sémantique. Faute d’unanimité, on mange du consensus. D’autres, au contraire, codées en anticode, fondent leur nécessité sur l’indécryptabilité, le brouillage. Cette universalité négative peut fort bien se combiner avec un collage ménippéen qui à la fois augure et présuppose une universalité positive.
Minorations plurilingues
J’entends ici par « minoration » non pas une réduction de valeur au sens où l’on parle de poètes mineurs (ceux qui n’ont fait que suivre des modes sans les cristalliser stylistiquement) mais une restriction, volontaire ou non, du champ de réception. Kafka, écrivant en allemand et non en tchèque, s’est en ce sens majoré et non minoré.
Jhumpa Lahiri insère dans ses romans et nouvelles anglophones des mots bengalis transcrits relevant principalement de la culture matérielle. Beaucoup sont communs au Hindi et à d’autres langues dites aryennes du nord de l’Inde, mais quelques transcriptions attestent des variantes phonétiques particularisantes. Certains mots, pourtant assez connus d’un public ayant quelque notion de culture indienne, sont expliqués, tandis que d’autres, plus énigmatiques, ne le sont pas. D’autre part, lorsque ces récits sont situés aux États Unis, il n’est pas surprenant qu’un lexique spécifiquement étasunien soit occasionnellement présent. Ce qui est plus curieux, c’est que de telles occurrences, parfois énigmatiques pour un lecteur indien, britannique ou australien, se trouvent sous la plume du narrateur dit omniscient et non dans la bouche de personnages américains ou américanisés. La combinaison de ces deux inclusions, au lieu d’accroître, voire de mondialiser l’espace culturel du texte, le localise étroitement et construit un microcosme altérisant et d’une certaine façon exotiste qui tendrait à distancier tout lectorat autre que la communauté des Bengalo-Américains. Le succès public de The Namesake [8] , entre autres, tient sans doute d’abord à son double caractère de roman d’initiation et de roman familial qui, une fois pimenté par une coloration légèrement exotique, permet à des lecteurs anglo-saxons de reconnaître des valeurs et des sentiments qu’ils peuvent ainsi tenir pour universellement partagées : la minorité est comme la majorité, la majorité s’en trouve donc renforcée.
À une tout autre échelle, mon roman successivement bilingue Days in Sydney (2005), alternant des plages de quelques pages en français et en anglais, outre de rares dialogues mêlés, en fonction principalement des protagonistes focalisés, a d’abord fait l’objet de malentendus assez révélateurs. Ainsi, après avoir intéressé Denis Roche pour sa collection Fiction et Cie, celui-ci m’a-t-il finalement écrit qu’il « ne pouvait pas le publier pour la raison même qui faisait son intérêt », à savoir son bilinguisme : ingénieuse formule pour habiller le critère commercial du lectorat potentiel limité à de bons sinon de parfaits bilingues comme le sont ses protagonistes. Claude Durand, lui, revenu de ses sympathies pour l’innovant des années 60 et 70, avait qualifié ce récit expérimental de fiction théorique, ce qu’il trouvait désormais abstrait et glaçant. Paru ailleurs qu’au Seuil ou chez Fayard, le roman fut ignoré en France. Mais trois critiques australiens bilingues publièrent de longs articles très différents sur ce livre. Une philosophe de formation l’a apprécié pour sa dimension philosophique incarnée dans « the mingling of language », tandis qu’une autre le décriait pour le même procédé jugé élitiste et utopique. Le titre de l’étude en dit long : « For the Bicultural Happy Few Only ». Si elle semblait avoir compris que « Days in Sydney can be regarded as an experiment in finding another type of space, a space between opposing views on universals in literature beyond pro- or anti-globalisation discourses [9] », cela n’en suscitait pas moins son indignation populiste ; la troisième étude, si elle saisissait à merveille « a view of language and of its use which is embedded in a sense of both its living presence, capable of searching for the inner recesses of the mind and the emotions, and its opacity, its elusiveness [10] », tenait étonnamment pour acquis, le mot « language » étant au singuliar, un entretissage sans faille des deux langues en présence. L’expérience langagière menée et vécue dans la chair du livre, jouissive pour certains aventuriers cosmopolites, était odieuse pour les sédentaires et les déracinés réenracinés. On doit en tirer une leçon : une emphatique pluralité textuelle des langues divise des lecteurs bien armés plus qu’elle ne les unit. Elle les divise entre ceux qui reconnaissent le flottement d’une identité mobile entre ses altérités extérieures et intérieures, et ceux qui le dénient, soit en postulant un être métaphysiquement hors les langues, soit en s’accrochant à une dualité pragmatique, symétrique et bien soudée, celle du bilinguisme d’équivalence, de la traduction en regard. Le jeu, au sens mécanique, entre totalisation, confusion, dissociation et mobilité, paraît cependant plus ludique, ou simplement déroutant dans d’autres cas. Je n’en ai retenu que deux.
Diego Marani, d’abord traducteur, puis haut fonctionnaire culturel de l’Union européenne, est l’inventeur d’un sabir appelé Europanto. La nouvelle « Cabillot und der mysterio des exotische pralinas » commence ainsi dans une version en ligne [11] :
Inspector Cabillot ist el echte europaico fonkzionario wie lutte contra der ingiustice y der mal, por der ideal van una Europa unita y democratica in eine world de pax where se sprache eine sola lingua, der Europanto.
Point n’est besoin d’être très savant pour détecter dans cet échantillon l’alliage d’une syntaxe verbe-sujet-complément que partagent les langues romanes et l’anglais, mais non l’allemand. Le lexique est en grande majorité d’origine latine (paix soit à « pax »), dont nombre de mots communs à plusieurs langues (inspector, mal, idéal, etc.). Les mots germaniques sont en majorité des mots outils très simples (ist, van, der, eine…). On a donc un faux exemple, linguistiquement parlant, de Weltliteratur —à la fois cantonné dans un faible rayon autour de Bruxelles et parrainé par un empire romain tronqué quelques siècles après son fracas. Toute langue minoritaire telles que le basque, le breton, le magyar ou le catalan est aussi exclue. Loin de fonctionner comme une pierre de Rosette dont l’inintelligibilité de chaque langue confrontée aux autres permet de déduire le sens, la feuille de navigation de Cabillot repose sur un tronc commun sans rien de mondial mais qui veut se faire passer avec une comique légèreté pour consensuel et libéral, sinon libertaire.
Il en va tout autrement d’une expérimentation bien plus complexe et audacieuse, celle du poème babélique à variantes illimitées « Almiraphel », en tout ou en partie centon, de Bernardo Schiavetta [12] , et de ses multiples versions juxtaposant depuis plusieurs décennies l’indécodable délibéré à des énoncés tirés de multiples langues naturelles, dont beaucoup sont lettre morte en Occident. Nombre d’analyses en ont été produites depuis la première apparition de ce thème chez Schiavetta en 1983 jusqu’aux approches en partie contradictoires des versions « espagnoles », à dominante espagnole, ou « françaises » de ces dernières années (Coste, 2020). Il faut dissiper un malentendu : ce n’est pas parce qu’un écrivain a acquis une compétence native dans d’autres langues que sa langue dite maternelle, ou parce qu’il est doté de deux ou plusieurs langues dès l’enfance que ses textes portent nécessairement des traces inconscientes de ce plurilinguisme personnel ou d’une intention plurilingue. Ce n’est pas le savoir des langues qui mondialise un texte ou une littérature. Le passage radical chez certains à une écriture hétérolingue exclusive, comme celle de Jhumpa Lahiri en italien depuis In altre parole (2016), relève d’une fabrication de monde qui fait fi de tout antécédent atavique. La mondialité de telles pratiques tient à une mobilité volontariste, voire arbitraire, refusant l’assignation d’une origine quelconque, ce qui n’empêche pas des sources génériques et stylistiques largement partagées à l’échelle occidentale et bien au-delà (le journal intime, le minimalisme nouvellistique, le néoréalisme froid) de resurgir.
L’Almiraphël de Schiavetta présente une complexité et se livre à une ambigüité dessinant —par l’ombre qu’elles jettent— un monde en expansion infinie, sans frontières et sans être identitaire, aboutissant à une sorte de cosmopolitisme négatif, une non-appartenance générale. Ceci est la conséquence de l’inachèvement constitutif du poème, d’une sémiose (ou d’une antisémiose) infinie concrétisée par une mise en œuvre lectorale et scripturale doublement collaborative et tournée vers deux futurités différentes : les futurs probables d’un présent dont la cacophonie semble irréparable, et les chemins non suivis ou inaboutis de tous les passés. La collaboration requise et en même temps rendue difficile par des contraintes exigeantes tient d’une part à l’appropriation de sources de toutes sortes et de toutes époques, et d’autre part à la collocation d’énoncés antisémantiques, tel le vers de l’Inferno qui est le « sujet » de la prosopopée : « Raphél maý améch zabí almí », d’énoncés pseudosémantiques, comme les sons des oiseaux d’Aristophane traités en onomatopées, d’énoncés en langues inventées ou en langues rares qui semblent inventées, er enfin d’énoncés en langues reconnaissables et intelligibles mais le plus souvent à la fois autoréférentiels et abstraits : « Gracias a las semejanzas y a los símbolos,/ sacaré un poema de la nada. » Tiré du rien, le poème y est aussitôt replongé comme en un bain cryogénique. La vox clamans in deserto de Nemrod condamné à prononcer des paroles incompréhensibles pourrait être celle d’un rêve ou d’un sommeil de la raison qui engendre des monstres, la voix d’un inconscient qui résiste désespérément aux injonctions de clarté que lui adressent les autres humains mal assurés de leur être, mais elle n’est pas que cela. Cette expression de désarroi face à la perte d’une universelle communicabilité est en même temps universelle et mondialise l’insularité verbale, désormais soledad mundial, Welteinsamkeit, dont chacun souffre dans une irréductible altérité quel que soit le nombre de langues qu’il maîtrise ou avec lesquelles il collectionne de brèves rencontres. En nous appropriant cette solitude constitutive de tout énonciateur à qui ne répondent que des échos fragmentés et méconnaissables, nous ne serions plus seuls dans notre essentielle solitude. Seuls tous ensemble, tel me semble être le constat et l’espoir formulé par ce multilinguisme des limites.
Prospective
Près de conclure, je me rends compte à quel point l’inévitable monolinguisme de la présente intervention risque, par l’illusion de transparence à laquelle il prête, de rabattre mon propos sur la banalité de paradoxes convenus tels que « tout est traduit mais tout est intraduisible, » « tout est réécriture, mais il n’y a pas d’originaux, » « toutes les langues sont plurielles, mais elles sont toutes singulières, » etc. Ces truismes qui se veulent provocateurs tout en esquivant les questionnements les plus fondamentaux, ont cependant l’avantage de signaler non seulement l’embarras que suscite le texte plurilingue chez les lecteurs en quête de stabilité identitaire mais la désormais fréquente vanité, face à cette angstagressive, de chercher à faire un monde humainement inclusif par le moyen de la pluralité des langues. L’Autre, avec un grand A, s’insurge contre cette tentative perçue comme impérialiste, indument appropriative. Plus le texte est multilingue et surtout plus il le montre et s’en targue, plus il devient minoritaire, renvoyé finalement à son auto-lecture monadique. Reste la voie du maquillage, de la dissimulation : faire semblant d’appartenir à/en une seule langue qui, en tant qu’elle-même plurielle et universelle, contiendrait toutes les autres. Un tel hétérolinguisme, — atteint son apogée allophone de plurilinguisme négatif quand il s’avère intransférable aux langues écartées. Mais peut-on faire confiance à l’universalité du particulier ? Et peut-on, par une incorporation babélique, dire à tous, ou à plus d’un, le monde, même mondialisé ? Ces deux apories face à face se répondent inlassablement sans (se) résoudre le moins du monde. Certes, « la diversité, sur terre, des idiomes empêche personne de proférer les mots qui, sinon se trouveraient, par une frappe unique, elle-même matériellement la vérité » ; mais une frappe multipliée, matériellement mimétique, ne nous présentera au mieux qu’un ardent désir de monde et un détour pour tromper l’indicible de la totalité. Si nous ne sommes plus ou pas encore tous des métèques, il faut nous résoudre, pour surnager comme des bouchons dans le mainstream, à devenir unanimement mineurs.
Bibliographie
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VERNE Jules, Les Tribulations d’un Chinois en Chine, Paris, Hetzel, 1879. https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b86002571
Notes
- [1]
Voir, dans le prolongement de Sapir et Whorf, KRESS Gunther et R.I.V. HODGE, Language as Ideology, Londres, Routledge, 1979 et 1993.
- [2]
Dans un cours de Master (« Lieu, frontières et unité du texte « ), j’écrivais, il y a une vingtaine d’années : “toutes ces exigences [d’harmonie] qui déterminent l’unité textuelle sont celles du sujet de l’interprétation à qui elles renvoient l’image de sa propre unité actuelle ou du moins possible, à qui elles tendent un miroir idéalisant, pour qui elles constituent un modèle.” https://www.academia.edu/8665496/Lieufronti%C3%A8resetunit%C3%A9dutexte 6/17). La demande d’unité textuelle est ainsi analogue à celle qui cristallise et fragilise les “imagined communities” de Benedict Anderson.
- [3]
« Literature is primarily an internal dscourse of a community where the writer addresses himself to the readershp speaking the same language, sharing the same cultural attitudes, assumptions, concerns and aspirations as his. […] No Literature worthy of the name is written for the foreigners. […] Each nation must primarily understand itself as the self and then others’ understanding of tself as the other. » (Dave, Jagdish V. « Contemporary Critical Doctrines. », p. 153-154).
- [4]
« The emergence of a “native” language implies the elimination of alterity. Miron’s native language does not exist.» (BRISSET Annie « The Search », p. 353).
- [5]
Pour une analyse détaillée de cet épisode, voir Didier COSTE , Modern Indian Literature as Cosmopolis:Conversations with Hanuman, New York, Routledge, 2024, p. 78-79.
- [6]
Du nom du glossaire anglo-indien de 1903.
- [7]
La notion de dhvani ou expression indirecte.
- [8]
Traduit en français par Bernard Cohen sous le titre Un nom pour un autre (10/18, 2010), en espagnol sous le titre El buen nombre (“Le bon prénom”) et en italien sous celui de L’omonimo, ce qui tendrait à montrer qu’il n’y a pas de substitution possible en milieu hétérolingue.
- [9]
« On peut considérer Days in Sydney comme une expérience de recherche d’un autre espace, un espace entre des conceptions opposes des universaux littéraires par-delà les discours favorables et hostiles à la mondialisation. »
- [10]
« une conception de la langue et de son usage enchâssée dans le sentiment de sa présence vivante, capable de fouiller les recoins intimes de l’esprit et des émotions, mais aussi de son opacité, de son insaisissabilité. »
- [11]
Elle commence différemment dans le recueil Las Adventures des Inspector Cabillot, Cambridge, Dedalus, 2012.
- [12]
Voir entre autres : https://www.raphel.net/ , https://documentation.insp.gouv.fr/insp/doc/CAIRN/_b64_b2FpLWNhaXJuLmluZm8tRE5fMDUxXzAwMTc%3D/raphel-nbsp-hyperpoeme-babelique-illimite?_lg=fr-FR
Pour citer cet article
Didier Coste, « Plurilinguisme textuel, mondialité, minorité », dans Yvan Daniel et Gaëlle Loisel (éd.), Littératures et mondialisation. Actes du 44e congrès de la SFLGC, 2026., URL : https://sflgc.org/acte/coste-didier-plurilinguisme-textuel-mondialite-minorite/, page consultée le 12 Juillet 2026.
Biographie de l'auteur
COSTE, Didier
Didier Coste est Professeur Émérite de Littérature Comparée à l’Université Bordeaux Montaigne. Il a enseigné sur les cinq continents et a été chercheur invité en Inde. Spécialiste en théorie et esthétique littéraires, il est auteur d’environ 200 articles scientifiques et, entre autres ouvrages, de Narrative as Communication (U. of Minnesota Press, 1989), A Cosmopolitan Approach to Literature: Against Origins and Destinations (Routledge, 2023) et Modern Indian Literature as Cosmopolis : Conversations with Hanuman (Routledge, 2024). Il a codorigé avec Christina Kkona et Nicoletta Pireddu le volume Migrating Minds : Theories and Practices of Cultural Cosmopolitanism (Routledge 2022), Prix René Wellek de l’ACLA 2023 et codirige avec les mêmes partenaires la revue Migrating Minds Journal of Cultural Cosmopolitanism(Georgetown U.). Il rédige actuellement un ouvrage intitulé La Démarche réaliste : une esthétique mondiale à paraître en 2025. Poète trilingue et romancier bilingue, il est aussi traducteur littéraire de l’espagnol, de l’anglais et du catalan, Grand Prix Halpérine Kaminsky 1977 de la SGDL.



