événement

La belle mort
: 17/11/2027
: 19/09/2027
: MSH Université Clermont Auvergne
: https://celis.uca.fr/le-celis
La belle mort

 

Colloque international organisé par le CELIS

(Centre de Recherches sur les Littératures et la Sociopoétique)

Du 17 au 19 novembre 2027

Maison des Sciences Humaines de Clermont-Ferrand

 

 

 

L’expression de « belle mort » est traditionnellement rattachée à une réalité grecque antique : elle était utilisée par les orateurs athéniens dans l’éloge des citoyens morts au champ de bataille pour la défense de leur cité. Jean-Pierre Vernant l’a reprise pour qualifier l’idéal héroïque dans l’épopée homérique : le kalos thanatos, c’est-à-dire la mort jeune dans une aristie guerrière, donne le kléos, la gloire mémorable, et, partant, l’immortalité, puisque les exploits du guerrier s’inscrivent dans la mémoire collective. Ce modèle, où se condensent les représentations et les valeurs qui servent de normes dans le monde grec, est repris à Rome avec la laus funebris des notables et des empereurs, avant de se déployer dans les méandres du bien-mourir, entre réflexions philosophiques, quête spirituelle et pratiques rituelles collectives. Ce modèle antique ne constitue en effet qu’un point de départ : les manières de qualifier, représenter et valoriser une « belle mort » se recomposent au fil des époques, du bien mourir chrétien aux esthétiques modernes et contemporaines de la mort, selon des contextes historiques, religieux, sociaux et politiques profondément différents. C’est cette richesse polysémique et la diversité historique de ses configurations que nous voudrions explorer dans un colloque interdisciplinaire, en faisant dialoguer des spécialistes de différentes disciplines, périodes (de la Préhistoire à nos jours) et aires culturelles. Trois axes de réflexion sont privilégiés :

  1. Dire et nommer la belle mort


L’expression de « belle mort » construit un paradoxe en parant une réalité négative (Thanatos) d’une épithète plaisante (kalos, « beau », donc désirable, du ressort de l’Eros). En partant de l’étymologie comparée, mais aussi plus largement des usages, des réseaux lexicaux et des imaginaires associés à la mort dans différentes langues et cultures, on pourra interroger les manières dont la mort peut être qualifiée de belle, voire de désirable, ainsi que les valeurs et les représentations que cette qualification engage, au niveau du vécu humain, social et politique, en tentant de cerner la philosophie de vie qui les sous-tend. On prendra garde également au fait que la beauté de la mort affecte tout le vivant (humain, animal, végétal) et que les mots sont le reflet de représentations genrées dont il conviendra d’interroger les fondements (la belle mort grecque, par exemple, est-elle uniquement masculine ?).

  1. Imaginaires, pratiques et mises en scène de la belle mort


On pourra, dans une perspective croisée et intermédiale, s’intéresser à la beauté du mourant ou du mort (le « beau cadavre »), à ses représentations dans les arts visuels, à sa mise en scène ou encore à la puissance de transfiguration de la musique, en se demandant comment le passage d’un art ou d’un medium à l’autre modifie la perception et la signification d’une mort donnée pour belle. Il conviendra également de s’interroger sur le sens et la portée de cet « art de mourir » qui serait un « art de vivre » et de vivre bellement. Cette dimension pourra être envisagée à travers ses différentes inscriptions dans l’imaginaire des sociétés, mais aussi dans les cadres philosophiques, éthiques, médicaux ou juridiques qui définissent ce qu’est une « bonne mort » : apaisement d’une mort maîtrisée, belle parce que juste et bonne (une eu-thanasie), mais aussi valorisation d’une mort sacrificielle ou d’un martyre, investis d’une signification religieuse, politique ou idéologique, dont le jihadisme contemporain constitue l’une des manifestations. Se trouvent ainsi mises en jeu les relations entre expérience individuelle, représentations collectives, idéalisation esthétique et instrumentalisation politique ou religieuse.

  1. Formes et écritures de la belle mort


Dans une perspective sociopoétique, on pourra ainsi se demander comment les représentations et les imaginaires sociaux de la mort informent les textes dans leur écriture même et comment les formes littéraires contribuent en retour à élaborer, transmettre, infléchir ou contester ces imaginaires. Une attention particulière pourra être portée au détail du tissu verbal (lexique, figures, syntaxe, rythme, voix) comme aux formes et aux genres dans lesquels ces représentations prennent corps. On pourra ainsi suivre les permanences, déplacements et transformations de ces représentations de l’Antiquité au Moyen Âge, de la Renaissance aux Lumières, du romantisme et de la décadence aux créations contemporaines.

Ce sont les multiples configurations de ce paradoxe que nous voudrions explorer afin de mieux comprendre comment les cultures et les imaginaires peuvent faire d’une mort une « belle mort », et comment les mots, les formes, les pratiques et les œuvres contribuent à construire, transmettre ou déplacer cette qualification.

 

 

Vos propositions (titre et résumé de 1000 signes maximum), accompagnées d’une brève biobibliographie, doivent nous parvenir avant le 17 novembre 2026.

Elles sont à adresser, conjointement, à :

kossaifi.christine@gmail.com

alain.montandon@uca.fr

helene.vial@uca.fr

 

 

Bibliographie incitative et non exhaustive

 

  • Amy Appleford, Learning to Die in London, 1380-1540, Philadelphie, University of Pennsylvania Press, 2014.

  • Philippe Ariès, Essais sur l’histoire de la mort en Occident du Moyen Âge à nos jours, Paris, Seuil, 1975.

  • Philippe Ariès, L’Homme devant la mort, Paris, Seuil, 1977.

  • Alexandre Bande, « La “belle mort” de Charles V (1380) », dans Joël Cornette et Anne-Marie Helvétius (dir.), La Mort des rois. De Sigismond (523) à Louis XIV (1715), Saint-Denis, Presses universitaires de Vincennes, 2017, p. 117-147.

  • Paul Binski, Medieval Death: Ritual and Representation, Londres, British Museum Press, 1996.

  • Claude Blum, La Représentation de la mort dans la littérature française de la Renaissance, Paris, Classiques Garnier, 2023 [reproduction en fac-similé de la 2e éd., Paris, Honoré Champion, 1989].

  • Elisabeth Bronfen, Over Her Dead Body. Death, Femininity and the Aesthetic, Manchester, Manchester University Press, 1992.

  • Audrey Anne-Gaëlle Burba, Dying in Detail: Feminine Death and the Question of Authorship in 19th Century French Fiction,Thèse de doctorat, Emory University, 2012.

  • Candi K. Cann (dir.), The Routledge Handbook of Death and the Afterlife, New York, Routledge, 2018.

  • François Cheng, Cinq méditations sur la mort, autrement dit sur la vie, Paris, Albin Michel, 2013.

  • Emily Clifford, Figuring Death in Classical Athens: Visual and Literary Explorations, Visual conversations in art and archaeology, Oxford, Oxford University Press, 2025.

  • Douglas James Davies (dir.), A Cultural History of Death, 6 vol., Londres, Bloomsbury Academic, 2024.

  • Mario Erasmo (dir.), A Cultural History of Death in Antiquity, Londres, Bloomsbury Academic, 2024.

  • Hélène Germa-Romann, Du « bel mourir » au « bien mourir ». Le sentiment de la mort chez les gentilshommes français (1515-1643), Genève, Droz, 2001.

  • Michel Guiomar, Principes d’une esthétique de la mort. Les modes de présences, les présences immédiates, le seuil de l’Au-delà, Paris, José Corti, 1988 [1re éd. 1967].

  • Evy Johanne Håland, Rituals of Death and Dying in Modern and Ancient Greece: Writing History from a Female Perspective, Newcastle upon Tyne, Cambridge Scholars Publishing, 2014.

  • Elizabeth Hallam et Jenny Hockey, Death, Memory and Material Culture, Oxford-New York, Berg, 2001.

  • Katharina Heimerl et al., « Dying is never beautiful, but there are beautiful moments: qualitative interviews with those affected on the subject of ‘good dying’ », Mortality, 28(4), 2023, p. 543-561, open access : https://doi.org/10.1080/13576275.2022.2034773

  • Allan Kellehear, A Social History of Dying, Cambridge, Cambridge University Press, 2007.

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  • Ashby Kinch (dir.), A Cultural History of Death in the Middle Ages, Bloomsbury, 2026.

  • Thomas W. Laqueur, The Work of the Dead: A Cultural History of Mortal Remains, Princeton, Princeton University Press, 2015.

  • Sylvain Ledda, Des feux dans l’ombre. La Représentation de la mort sur la scène romantique, Paris, Champion, 2009.

  • Nicole Loraux, L’Invention d’Athènes. Histoire de l’oraison funèbre dans la cité classique, Paris-La Haye, Mouton/EHESS, 1981.

  • Nicole Loraux, Façons tragiques de tuer une femme, Paris, Hachette, 1985.

  • Daniel J. Louw, « Grave as space for grace – “Come you sweet hour of death!” On seeing the beauty of aging and dying within an aesthetics of mortality and decay », Stellenbosch Theological Journal, 2022.

  • Fabio Martini & Giacomo Giacobini, « Aesthetics of Death in the Paleolithic and Mesolithic of Italy. The Evolution of Grave Goods », L’Anthropologie, 128, n° 3, 2024, article 103279.

  • Margo Masur, “Inhumanly Beautiful”: The Aesthetics of the Nineteenth-Century Deathbed Scene, English Theses, 18, 2015

  • David McAllister, Imagining the Dead in British Literature and Culture, 1790–1848, Cham, Palgrave Macmillan, 2018.

  • Christiane Montandon-Binet et Alain Montandon (dir.), Savoir mourir, Paris, L’Harmattan, 1993.

  • Edgar Morin, L’Homme et la mort, Paris, Seuil, 1970 [1ère éd. 1951].

  • Michael Neill, Issues of Death: Mortality and Identity in English Renaissance Tragedy, Oxford, Oxford University Press, 1997.

  • Gordon D. Raeburn & Nathaniel A. Warne (dir.), A Cultural History of Death in the Renaissance, Bloomsbury, 2026 (notamment Tess Knighton « The Sensory Aesthetics of Death », chap. 2).

  • Andrew Smith, Gothic Death 1740-1914: A Literary History, Manchester, Manchester University Press, 2016.

  • Adriana Teodorescu (dir.), Death Representations in Literature: Forms and Theories, Newcastle upon Tyne, Cambridge Scholars Publishing, 2015.

  • Adriana Teodorescu et Michael Hviid Jacobsen (dir.), Death in Contemporary Popular Culture, Abingdon-New York, Routledge, 2020.

  • Adriana Teodorescu (dir.), Death within the Text: Social, Philosophical and Aesthetic Approaches to Literature, Newcastle upon Tyne, Cambridge Scholars Publishing, 2019.

  • Anne-Marie Veillette, Lise Fillion, Donna M. Wilson, Roger Thomas et Serge Dumont, « La Belle Mort en milieu rural: A Report of an Ethnographic Study of the Good Death for Quebec Rural Francophones », Journal of Palliative Care, vol. 26, no 3, 2010, p. 159-166.

  • Louis-Vincent Thomas, Anthropologie de la mort, Paris, Payot, 1975.

  • Louis-Vincent Thomas, Rites de mort. Pour la paix des vivants, Paris, Fayard, 1985.

  • Jean-Pierre Vernant, « La belle mort et le cadavre outragé », dans L’individu, la mort, l’amour. Soi-même et l’autre en Grèce ancienne, Paris, Gallimard, coll. « Folio/Histoire », 1989, p. 41-79.

  • Michel Vovelle, La Mort et l’Occident de 1300 à nos jours, Paris, Gallimard, 1983.

  • Tony Walter, The Revival of Death, Londres, Routledge, 1994.

  • Tony Walter, Death in the Modern World, Londres, Sage, 2020.

  • Wanzheng Michelle Wang, Daniel Keith Jernigan et Neil Murphy (dir.), The Routledge Companion to Death and Literature, New York, Routledge, 2021.

  • Jolene Zigarovich, Death and the Body in the Eighteenth-Century Novel, Philadelphie, University of Pennsylvania Press, 2023.


 
: Alain Montandon