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Hypnos. Pour une histoire de l’inconscient. Appel à contribution


« Produisez de l'inconscient, et ce n'est pas facile, ce n'est pas n'importe où, pas avec un lapsus, un mot d'esprit ou même un rêve. L'inconscient, c'est une substance à fabriquer, à faire couler, un espace social et politique à conquérir. Il n'y a pas de sujet du désir, pas plus d'objet. Il n'y a pas de sujet d'énonciation. Seuls les flux sont l'objectivité du désir lui-même » (Gilles Deleuze)

Ces deux colloques, qui entrent dans le cadre du projet Lille 3000 intitulé « Europe XXL », voudraient envisager l'Europe dans sa pluralité et tout particulièrement dans son extension vers l'Est. Nous faisons l'hypothèse qu'il existe un inconscient culturel européen et que celui-ci puiserait dans (à) l'Est certaines de ses modalités géographiques, historiques, esthétiques et politiques. Il s'agira d'étudier les représentations de l'inconscient dans la culture et la littérature européennes au cours du 20ème siècle, ses structures mais aussi son évolution. L'inconscient et l'Europe communiquent par le biais de manifestations culturelles précises : l'hypnose, le rêve, mais aussi l'extravagance, le foufoque, les bizarreries, les jeux de mots ou d'esprit, autant d'expressions de ce que Freud a théorisées par la notion d'« inquiétante étrangeté » et qui nous paraît une des modalités effectivement fédératrices d'un inconscient européen dont nous voudrions montrer les constructions sociologiques et idéologiques, les champs de savoir et de connaissance mais également les enjeux individuels.

Deux périodes ont été choisies : un premier colloque contré sur la période « 1900-1968 », intitulé « Zone interdite », premier volet (1900-1968) d'Hypnos. Marquée par la guerre, la seconde guerre mondiale mais aussi la période de la guerre froide, les blocs (bloc de l'Est contre bloc de l'Ouest), le mur de Berlin qui scindent l'Europe et plus encore qui la divisent, la période 1900-1968 est particulièrement centrée sur des questions politiques et idéologiques, s'arrêtant en 1968 : Printemps de Prague et « révolution de velours ». Partant du principe ou de l'idée que les spécificités géographiques et historiques de l'Europe sont essentielles pour ses représentations culturelles, l'inconscient se présente comme une modalité d'approche de celles-ci aussi fructueuse que complexe : parce qu'elle permet de cerner les dispositions orientales de l'Europe, les pays balkaniques, l'Europe de l'Est, et de l'autre parce que la mise en évidence et les théories de l'inconscient prennent, c'est loin d'être un hasard, leur source avec le viennois Freud

- De l'interprétation des rêves (1900), relayé par des psychanalystes comme C. G. Jung, Otto Rank, ou encore le hongrois Sandór Ferenczi dont les théories et les écrits influencèrent l'esprit intellectuel des pays de l'Est. L'inconscient, à la fois comme donnée collective et comme identifiant individuel, va nous permettre d'entrer dans les secrets et les méandres d'une Union européenne, de mieux en cerner les contours et les interactions, les modalités artistiques et intellectuelles mais également mentales, sociales et instinctives.
Cette période fait la part belle au surréalisme, dadaïsme et futurisme, autant de mouvements qui ont, ce n'est pas fortuit, l'esprit européen et ont cherché de nouvelles formes d'expression en donnant justement la parole à l'inconscient, c'est-à-dire en faisant de celui-ci une modalité motrice et principale de leur création : hypnose, écriture automatique, cadavres exquis, recherches de toute formes d'écriture ou d'expression précisément à même de laisser parler l'inconscient, ou plus exactement de donner la primeur aux pulsions et d'essayer de faire fi du contrôle de la pensée et de la raison, mais plus généralement encore des différentes configurations de la censure. Plus encore, les interactions entre art et inconscient se révèlent dans une dialectique de la pulsion et de l'interdiction, de la transgression et du refoulé (ce qui peut s'entendre aussi bien d'un point de vue inventif que politique ou sociologique). Véritable « dispositif pulsionnel » (J-F. Lyotard) de notre inconscient culturel et littéraire, le processus d'européanisation révèle ses modalités répressives, mais aussi ses fantasmes libératoires et ses mécanismes fictionnels. Qu'il s'agisse des pays appartenant depuis longtemps à l'Europe ou de pays plus récents dans leur adhésion européenne, nous nous attacherons à des auteurs pour lesquels l'idée et/ou la forme d'un inconscient européen est motrice, nous nous demanderons ainsi quelles images et quelles représentations est ainsi donnée de l'Europe et plus particulièrement de l'Europe de l'Est, comment les théories psychanalytiques de ces pays ont été ingérées et restituées en littérature, par quelles modalités et quels schémas, quels sont les motifs fondateurs. À cet égard, des parallèles avec d'autres arts (peinture, cinéma, théâtre...) et d'autres disciplines (philosophie, sociologie, psychanalyse...) seront bien venus, permettant de cerner, au-delà de la diversité des champs et des motifs, les invariants culturels de cet inconscient européen.

Un second volet intitulé « Les frontières invisibles » se consacrera à la période 1968-2008, comportant en son centre la chute du mur de Berlin et du rideau de fer, l'indépendance d'un certain nombre de pays de l'Est. L'effondrement politique du communisme va de pair avec des mouvements d'indépendance qui ont une conséquence sur l'Europe dans la mesure où les pays baltes, l'Europe orientale et balkanique l'intègrent, transférant ainsi son centre de gravité (le centre se déplace, les marges se multiplient), fragmentant l'Europe tout en lui adjoignant d'autres géographies, d'autres cultures et d'autres histoires. Espace géographique à dimension variable, l'Europe est aussi dotée d'un imaginaire fertile, nourrissant et révélant nos fantasmes, craintes et rêves. Tout un imaginaire de la clôture (frontières, limites, séparation, claustration, enfermement, exil, ostracisme) investit le champ culturel européen qu'il peut être fructueux de penser en termes d'esthétique, mais aussi d'inconscient idéologique, tant l'Europe contient et se nourrit d'une imagerie aussi géopolitique que géopoétique. Quel est l'impact de l'ouverture et de la diversification européenne en ce qui concerne la Littérature et la Culture ? En quoi cela modifie-t-il son image et qu'est-ce que cela nous révèle des enjeux herméneutiques et des motivations inconscientes dont l'Europe est, encore, à nouveau, parée ?

Les propositions de communication devront être envoyées avant le 30 octobre 2008 à Frédérique Toudoire-Surlapierre (frederique.toudoire@free.fr), ILLE, Université de Haute-Alsace et Nicolas Surlapierre (nsurlapierre@cudl-lille.fr), Musée d'art moderne, Lille métropole.