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Apprendre une langue, devenir autre ? Mises en récit et en scène de l’altérité dans la fiction et les expériences vécues
: 15/06/2026
: Université Grenoble Alpes
: Catherine Muller (LIDILEM - UGA) & Clémence Jaime (IHRIM - Lyon 3)
: clemence.jaime@univ-grenoble-alpes.fr
: Université Grenoble Alpes

621 avenue Centrale
38400 Saint-Martin-d'Hères
France
: https://alteriteal.sciencesconf.org

Apprendre une langue, devenir autre ? Mises en récit et en scène de l'altérité dans la fiction et les expériences vécues


Dans le roman Leçons de grec (trad. fr. 2017), de Han Kang, la protagoniste coréenne fait le choix d’apprendre le grec ancien. Elle cherche ainsi à « retrouver le langage par sa propre volonté. […] S’il y avait eu des cours de birman ou de sanscrit, deux langues qui ont recours à des systèmes scripturaux qui lui sont encore plus étrangers, elle les aurait choisis sans hésiter » (p. 22). Au contraire, dans nombre de récits d’apprentissage linguistique, surtout en contexte d’exil, la langue apprise est liée à une violence et une dépossession plutôt qu’à un retour vers ce qui serait une harmonie originelle.


L’apprentissage des langues peut s’inscrire dans des rapports de pouvoir, de domination ou de résistance, où la rencontre avec l’altérité linguistique engage des enjeux politiques, identitaires et historiques. Il mobilise également le corps, la voix, la posture et les affects, participant à une forme d’incorporation de l’altérité. Enfin, il peut être envisagé non comme l’acquisition d’une langue isolée, mais comme une reconfiguration du répertoire plurilingue du sujet, impliquant des circulations, des tensions ou des recompositions entre les langues (Castellotti, 2017).


La mise en récit, et en scène, de l’apprentissage d’une langue, dans les œuvres littéraires comme dans les récits d’expérience didactique, s’inscrit dans une perspective biographique attentive à la construction du sujet plurilingue (Molinié, dir., 2006). Elle s’accompagne fréquemment de discours sur le degré d’altérité (Dabène, 1994 ; Galligani, 2019) perçu ou construit de la langue, ainsi que de supposés effets de ce processus sur le sujet qui apprend, qui pourrait devenir « comme un autre » (Ricoeur, 1990). Elle peut également se manifester à travers des procédés textuels tels que l’insertion de segments en langue étrangère, la traduction ou au contraire le maintien d’une forme d’opacité linguistique, invitant le lecteur à faire lui-même l’expérience de l’altérité, ainsi que par des choix d’écriture qui rendent sensible l’altérité linguistique (Cros & Godard, dir., 2022 ; Woerly, 2024).


Ce colloque international propose d’explorer la manière dont l’apprentissage des langues, présenté comme une expérience d’altérité et de transformation de soi, est mis en récit, en scène et en discours. Dans une approche interdisciplinaire croisant sciences du langage, didactique et études littéraires, il vise à interroger les représentations de cette expérience, qu’elle apparaisse comme vecteur d’harmonie ou d’hospitalité linguistique (Cassin, 2012) ou qu’elle inscrive le locuteur dans des rapports de force et de domination symboliques et politiques. Le regard porté sur ces questions, à travers des corpus relevant de la fiction, des arts ou des récits d’expériences vécues, permettra de mettre au jour des processus de subjectivation ainsi que des représentations contrastées (Moore, dir., 2001). Dans cette perspective, les imaginaires associés aux langues peuvent également se donner à voir à travers des dispositifs visuels, qui constituent d’autres formes de mise en scène de l’expérience d’apprentissage, donnant accès à la manière dont celle-ci est vécue, perçue et mise en forme par les sujets eux-mêmes, notamment dans des approches récentes mobilisant des méthodes graphiques et réflexives (Kalaja & Melo-Pfeifer, dir., 2024).


Ces tensions entre altérité, transformation et rapports de pouvoir se manifestent dans des contextes variés. Nabil Wakim a ainsi récemment souligné combien la langue arabe est taboue en France (2020), tandis qu’Émilie Picherot a mis en exergue, à partir de l’étude d’humanistes européens du XVIe siècle, les pouvoirs d’« altération » associés à cette langue (Picherot, 2023). À l’inverse, Akira Mizubayashi, dans Une langue venue d’ailleurs (2010), raconte ses efforts pour incorporer le français, dont la culture et la musicalité sont sources de désir, mettant en jeu des dynamiques d’attraction, de projection et d’identification à la langue. Altération, devenir autre, subjectivation, transformation de soi ou encore incorporation de la langue étrangère constituent autant de notions que ce colloque se propose d’explorer.


Il s’agira alors d’examiner comment les expériences d’appropriation linguistique, en tant qu’expériences de transformation et de rencontre avec l’altérité, sont données à voir dans différents types de productions (littérature, cinéma, théâtre, récits autobiographiques, biographies langagières, entretiens avec des apprenants, dessins réflexifs…). Que nous disent ces représentations des imaginaires linguistiques, des rapports aux langues et des processus de subjectivation ? Plusieurs axes, non exhaustifs, sont envisagés pour explorer ces questions.


Axe 1. Distance et proximité : éprouver l’altérité




  • Perception de la distance linguistique et culturelle

  • Familiarité / étrangeté / « xénité »

  • Insertion de segments plurilingues et effets d’étrangeté


Axe 2. Désir et crainte de transformation




  • Devenir autre / rester soi

  • Transformations souhaitées ou redoutées

  • Tensions au sein de l’identité liées à l’apprentissage


Axe 3. Expériences sensibles et incarnées de l’altérité linguistique




  • Dimensions corporelles de l’expérience linguistique (voix, prononciation, posture, gestualité)



  • Affects, émotions et rapports sensibles aux langues



  • Place et rôle des expériences esthétiques et artistiques dans les récits d’apprentissage


Axe 4. Langues, altérité et rapports de pouvoir




  • Représentations idéologiques des langues



  • Hiérarchies linguistiques et imaginaires sociaux

  • Tensions entre appropriation, résistance et formes de domination


Modalités de soumission


Les propositions de communications d’environ 500 mots, accompagnées d’une bio-bibliographie, seront à déposer sur le site SciencesConf du colloque, avant le 15 juin 2026.


Le colloque aura lieu les 28-29 janvier sur le campus de l’Université Grenoble Alpes.


 


Une publication des travaux est prévue à l’issue du colloque. 


Références bibliographiques


Cassin, B. (2012). Plus d’une langue. Bayard.


Castellotti, V. (2017). Pour une didactique de l’appropriation. Diversité, compréhension, relation. Didier.


Cros, I. & Godard, A. (dir.). (2022). Écrire entre les langues. Littérature, traduction, enseignement. Éditions des archives contemporaines.


Dabène, L. (1994). Repères sociolinguistiques pour l’enseignement des langues. Hachette.


Galligani, S. (2019). Les notions de distance vs. proximité symbolique dans une démarche biographique : illustration avec des récits narratifs de futurs enseignants de FLE. Colloque Didactique des langues et plurilinguisme. 30 ans de recherche, 14 novembre 2019. Université Grenoble Alpes.


Kang, H. (trad. fr. 2017). Leçons de grec. Le serpent à plumes.


Kalaja, P. & Melo-Pfeifer, S. (2024). Visualising Language Students and Teachers as Multilinguals: Advancing Social Justice in Education. Multilingual Matters.


Molinié, M. (dir.). (2006). Biographies langagières et apprentissage plurilingue. Le français dans le monde – Recherches et applications, n° 39.


Mizubayashi, A. (2010). Une langue venue d’ailleurs. Gallimard.


Moore, D. (dir.). 2001. Les représentations des langues et de leur apprentissage. Références, modèles, données et méthodes. Didier.


Picherot, E. (2023). La Langue arabe dans l'Europe humaniste, 1500-1550. Classiques Garnier.


Ricœur, P. (1990). Soi-même comme un autre. Éditions du Seuil.


Wakim, N. (2020). L’arabe pour tous. Pourquoi ma langue est taboue en France. Éditions du Seuil.


Woerly, D. (2024). Le continuum hétérolingue dans les bandes dessinées de la migration : de l’effet de réel à l’expérience plurilingue. Language Education and Multilingualism – The Langscape Journal, 7, 14‑29.


Organisatrices du colloque 


Clémence Jaime (ATER, Université Grenoble Alpes, Litt&Arts)


Catherine Muller (MCF HDR, Université Grenoble Alpes, LIDILEM)


Conférencières invitées


Stéphanie Galligani, Université Grenoble Alpes, LIDILEM


Anne Godard, Université Sorbonne Nouvelle, DILTEC


Comité scientifique


Maria Helena Araújo e Sá, Université d’Aveiro, Portugal


Sara de Balsi, Cergy Université, France


Ariane Bayle, Université Jean Moulin Lyon 3, France


Béatrice Blin, Universidad Nacional Autónoma de México, UNAM, Mexique


Lucile Cadet, Cergy Université, France


Véronique Castellotti, Université de Tours, France


Catherine David, Aix-Marseille Université, France


Fryni Doa, Université de Chypre, Chypre


Rosa Maria Faneca, Université d’Aveiro, Portugal


Catherine Felce, Université Grenoble Alpes, France


Pauline Franchini, Université Jean Moulin Lyon 3, France


Elżbieta Gajewska, UKEN, Pologne


Stéphanie Galligani, Université Grenoble Alpes, France


Anne Godard, Université Sorbonne Nouvelle, France


Sanae Harada, Université Sophia, Japon


Linda Koiran, Mines Paris, PSL, France


Diana Lee-Simon, Université Grenoble Alpes, France


Véronique Lemoine-Bresson, Université de Lorraine, France


Dora Loizidou, Université de Chypre, Chypre


Dominique Macaire, Université de Lorraine, France


Sílvia Melo-Pfeifer, Universität Hamburg, Allemagne


Mona Mohsen, Université Ain Shams, Egypte


Muriel Molinié, Université Sorbonne Nouvelle, France


Danièle Moore, Simon Fraser University, Canada


Małgorzata Niziołek, UKEN, Pologne


Émilie Picherot, Université de Lille, France


Alexis Pignol, Université Grenoble Alpes, France


Anthippi Potolia, Université Paris 8, France


Josilene Pinheiro-Mariz, Université Fédérale de Campina Grande, Brésil


Julia Putsche, Université de Strasbourg, France


Agathe Salha, Université Grenoble Alpes, France


Érica Sarsur, Universidade de São Paulo, Brésil


Maria Victoria Soule, Université de Chypre, Chypre


Dimitra Tzatzou, Université de Rouen, France


Monica Vlad, Université de Constanta, Roumanie


Camille Vorger, Université de Lausanne, Suisse


Donatienne Woerly, Université Sorbonne Nouvelle, France


Safa Zouaidi, Université de Gabès, Tunisie


: Clémence Jaime