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Vladimir Nabokov : Réceptions contemporaines et postérités créatives
: 15/09/2026
: Université Bordeaux Montaigne, France
: Société française Vladimir Nabokov
: nabokov.bordeaux2027@vladimir-nabokov.org
: https://www.vladimir-nabokov.org/colloque-bordeaux-2027/



 







Colloque international / International Conference


 

Vladimir Nabokov : Réceptions contemporaines et postérités créatives

Vladimir Nabokov: Contemporary Reception and Creative Legacy


 


Invité d’honneur : Orhan PAMUK, Prix Nobel de Littérature


Conférencier plénier : Yuri LEVING, Université de Princeton


 

La Société Française Vladimir Nabokov, en collaboration avec l’Université Bordeaux Montaigne et l’International Vladimir Nabokov Society, organise son 10e Colloque International consacré à l’œuvre de Vladimir Nabokov, à l’occasion des cinquante ans de sa disparition.

 

Université Bordeaux Montaigne, France


28-30 avril 2027


Comité organisateur :

Honorine AGUIRIANO (Université Bordeaux-Montaigne), Marie BOUCHET (Université de Toulouse), Agnès EDEL-ROY (Université de Paris-Est Créteil), Térence ISART (Université Bordeaux Montaigne), Charlotte LAMONTAGNE (Université Paris Cité), Julie LESNOFF (EHESS), Monica MANOLESCU (Université de Strasbourg/USIAS), Isabelle POULIN (Université Bordeaux-Montaigne), Sorenza WILKIN (Université de Mons).

L’indélébile et l’invisible


L’année 2027 marquera la commémoration des cinquante ans de la disparition de Vladimir Nabokov, le 2 juillet 1977. À cette occasion, il paraît opportun de se livrer à un réexamen de la postérité littéraire, culturelle et artistique de l’auteur. Au cœur de cette réception semble se former une tension entre indélébilité et invisibilité. Il est évident que l’œuvre de Nabokov n’est pas une œuvre qui laisse indifférent, une œuvre qui se laisse effacer, oublier, reconfigurer aisément : preuve en est l’abondance du discours critique et la multiplicité des interprétations qu’elle a suscitées. Nabokov est un auteur reconnu, bénéficiant d’une image prestigieuse, reflétée par la reconnaissance de son œuvre par divers canons littéraires (notamment américain et russe) : par qui passe cette reconnaissance ? Comment est-elle construite ? Quelle est la place de Nabokov dans le processus actuel de réévaluation de la culture russe ?


Ces questions mettent d’emblée au jour une des tensions au cœur de la constitution de l’œuvre de Nabokov. Multilingue, partagée entre les États-Unis, la Russie et la France, cette œuvre au triple visage entrerait parfois en concurrence avec elle-même. Nabokov est en effet un auteur revendiqué à la fois par les Américains et les Russes, au risque de morceler une œuvre dont il a cherché lui-même à garantir l’unité par ses auto-traductions en faisant preuve d’une certaine vigilance face à la traduction de ses œuvres. La place ambiguë qu’y occupe la littérature française accentue la complexité des tentatives de délimitation qui l’entourent. Il semblerait que cet aspect insaisissable rende invisibles la complétude, la saisie entière et globale d’une œuvre trilingue, qui met au défi les classifications des bibliothèques et des librairies et entraîne la diversification des approches disciplinaires. Ce morcellement a pu entraîner l’inclusion de l’œuvre de Nabokov au sein de différentes littératures nationales, au risque d’en fausser l’interprétation, comme le mentionne Neige Sinno qui découvre Lolita dans le cadre d’un programme d’œuvres d’auteurs américains réputés « transgressifs », comme « Henry Miller, William Burroughs et Charles Bukowski » (Triste Tigre, 2023). L’intégration est une reconnaissance mais masque la tragédie de la langue perdue.

Lolita représente bien ce paradoxe au cœur de la réception de l’œuvre de Nabokov. Il a permis à son auteur d’accéder à une notoriété internationale sans commune mesure avec celle, relative, qu’avaient suscitée ses œuvres précédentes, au point qu’il reste souvent l’unique titre associé au nom de Nabokov pour le grand public. Du fait de la souffrance qu’elle décrit (et qui n’est pas un cas isolé chez Nabokov : comment oublier le suicide de Lucette ? la mort de Mira Belochkin ?), Lolita est une œuvre qui a été qualifiée d’« indélébile » (Jenny Minton Quigley, Lolita in the Afterlife, 2021). Pourtant, les larmes de Lolita disparaissent derrière certaines pratiques culturelles (comme le Lolicon au Japon, par exemple). Outre le contresens interprétatif dont elles s’accompagnent, ces pratiques culturelles éclipsent le reste de l’œuvre de Nabokov. Le colloque « Les 70 ans de Lolita : (Re)lire Lolita après #MeToo », qui s’est tenu en novembre 2025 à Rouen, a permis de dresser un premier bilan de cette empreinte paradoxale laissée par Nabokov, mais dont l’examen pourrait désormais s’étendre à l’ensemble de son œuvre.

Car il ne s’agit pas seulement de Lolita. Ce colloque invite à une réévaluation des paradigmes dominants de la réception de l’œuvre de Nabokov, par le prisme de sa postérité littéraire, culturelle et artistique. D’une part, l’adjectif « nabokovien » semble devenu un lieu commun de la critique littéraire pour qualifier des œuvres sophistiquées qui déconstruisent et réinventent les formes romanesques par des jeux métafictionnels. Ce primat formel a pu contribuer à occulter d’autres aspects de l’œuvre, telle la place, en cours de réévaluation, qu’elle accorde à l’expérience sensible du monde et de la nature, ou « cette tendresse réconfortante envers tout l’univers » qu’aime à y lire l’écrivain Orhan Pamuk (« embracing tenderness that goes […] to the whole universe »). D’autre part, s’il est vrai que Nabokov semble avoir ouvert la voie à une nouvelle génération d’écrivains post-modernes comme John Barth, William H. Gass, John Banville, Thomas Pynchon, qui fut son étudiant, il peut aussi apparaître comme une figure tutélaire imposante, un modèle intimidant et inaccessible : Emmanuel Carrère décrit ainsi la position surplombante d’un Nabokov (enseignant, scientifique, artiste, génie autoproclamé) perché sur « la plus haute terrasse de la conscience, toisant sans douceur les petites et grandes misères où s’empêtr[ent] les gens moins doués que lui » (Kolkhoze, 2025). À l’opposé de cette vision distante et impersonnelle, des artistes russes exilés, comme Nina Berberova, ont pu voir en l’œuvre de Nabokov un espace de continuité, une source d’espoir : « Si Nabokov est vivant, je le suis, moi aussi […] du point de vue de l’histoire, Nabokov représente la réponse aux doutes de ceux qui ont été exilés, persécutés, offensés, de ceux qui sont passés “inaperçus” ou qui “ont été laissés pour compte” » (C’est moi qui souligne : autobiographie, 1989). La postérité de Nabokov dans la culture russe post-soviétique rend compte de cette tension : pour Andreï Bitov, Nabokov est l’écrivain de la négation de la mort, et donc de l’immortalité grâce à l’art, et son œuvre, découverte en Russie (encore soviétique) dans les années 80, est celle qui, bien que produite hors de Russie, a permis de suturer la plaie ouverte par l’exil : « En lui est dépassé, transformé en un phénomène universel abolissant la coupure, le clivage de la culture russe du vingtième siècle entre culture soviétique et culture de l’émigration » (« Ясность бессмертия-2 », 1996). Pour d’autres, Nabokov ne peut être considéré comme un écrivain russe, selon une récente déclaration de l’écrivaine Maria Galina, qui a renoncé au russe comme langue de création au profit de l’anglais et l’ukrainien. Dans le contexte de la guerre menée par la Russie contre l’Ukraine, qui a provoqué l’exil d’artistes russes, confrontés au risque de l’invisibilité, et d’artistes ukrainiens, revendiquant l’indélébilité de leur culture et de leur langue, il serait intéressant d’envisager quelles perspectives ouvre l’œuvre singulière de Nabokov qui a déjà défié la triade « nation, langue et culture », à nouveau interrogée avec acuité.

Qu’elle apparaisse comme un monument indépassable et vénéré, comme un espace de survie, ou au contraire comme hypotexte à parodier, pasticher ou réinterpréter pour les écrivains les plus inventifs, l’œuvre de Nabokov invite à la créativité et interroge la caducité de la notion de « modèle » lorsqu’elle est appliquée à cette œuvre et à sa réception. Les « stratégies hypertextuelles » (Gérard Genette) et les « continuités créatrices » (Nathalie Kremer) déployées par les différents lecteurs de Nabokov n’ont pas encore fait l’objet d’un éclairage systématique. La lecture de Nabokov a pu nourrir par exemple la réflexion politique et idéologique comme la pratique fictionnelle d’écrivains comme Martin Amis qui fait de Lolita une allégorie du totalitarisme et représente parallèlement dans Time’s Arrow (1991) et The Zone of Interest (2014) le système concentrationnaire nazi.

L’ambition de ce colloque est d’interroger le caractère « mondial » de l’œuvre de Nabokov. Il s’agira donc de ne pas se limiter aux aires francophones, anglophones et post-soviétiques. Les propositions de chercheur.e.s issu.e.s des horizons linguistiques et culturels les plus divers seront ainsi les bienvenues, notamment l’Europe de l’Est, l’Asie, l’Amérique latine, l’Afrique et le monde arabophone. Pourront être ainsi envisagées différentes sortes de créations : plastiques et visuelles, cinématographiques, spatiales (exemple du land art), trans- ou intermédiales, théâtrales, musicales,…

Les propositions de communication pourront ainsi s’inscrire dans les axes suivants, sans que cette liste ne soit exhaustive :

  • Spécificité de la reconnaissance institutionnelle dont a bénéficié Nabokov en la replaçant dans son contexte intellectuel, littéraire, géopolitique,… Dans la continuité des travaux de Yuri Leving sur le « capital symbolique » de l’œuvre de Nabokov dans la Russie post-soviétique (Marketing Literature and Posthumous Legacies, 2013), les outils de la sociologie de la littérature développés par Gisèle Sapiro (La Sociologie de la littérature, 2014) pourront notamment être mobilisés. Quels sont les acteurs de la réception de Nabokov ? Quel rôle ont pu jouer les politiques éditoriales, les écrivains, les lieux d’enseignement et de recherche, les traducteurs, les critiques littéraires, dans la diffusion de son œuvre ? Comment ces diverses sources de diffusion déterminent-elles des régimes de visibilité de l’œuvre de Nabokov, au risque d’entériner des voies interprétatives devenues indélébiles ?

  • Postérité créative de l’œuvre de Nabokov : comment des auteurs et autrices se sont-ils réappropriés cette œuvre pour nourrir leurs stratégies créatrices et dessiner leurs propres cheminements d’écrivains, entre « admiration, désinvolture, dénégation et subversion » (Tiphaine Samoyault, L’intertextualité. Mémoire de la littérature, 2001) ? Dans quelle mesure est-elle également une source d’inspiration pour des artistes plasticien.ne.s, comédien.ne.s, musicien.ne.s, cinéastes… ? Quelles valeurs, quelles revendications esthétiques, politiques, connote la référence à Nabokov, en fonction des aires géographiques notamment ? Ces formes de création font apparaître l’œuvre de Nabokov comme un palimpseste, un parchemin où la nouvelle strate d’écriture ne rend pas la précédente invisible mais tend paradoxalement à en exhiber le caractère indélébile.

  • Postérité scientifique, pédagogique, juridique, éthique : les communications intégrant une perspective interdisciplinaire seront également bienvenues, qu’il s’agisse d’analyser la postérité de Nabokov dans le champ scientifique et les usages de ses travaux de lépidoptérologie, ou de suivre les traces d’anciens élèves du professeur Nabokov, à l’image de Ruth Bader Ginsburg, juge à la Cour Suprême des États-Unis, qui évoquait l’influence qu’avait eu son enseignement sur sa manière de lire et même de rédiger ses argumentations juridiques. Il s’agira d’examiner le devenir de Nabokov, de son ethos d’auteur, au-delà du monde littéraire et artistique et en particulier dans des perspectives de médiation, afin d’en déterminer les degrés de visibilité.


Les propositions de communication en français ou en anglais, de 500 mots maximum, accompagnées d’une courte bio-bibliographie, sont attendues avant le 15 septembre 2026 à l’adresse nabokov.bordeaux2027@vladimir-nabokov.org.

La sélection des communications sera finalisée pour le 1er novembre 2026.






 


: Agnès Edel-Roy