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Borderscapes : Figures du passage dans la littérature de voyage contemporaine
: 27/01/2026
: 31/08/2026
: Padoue (Italie)

BORDERSCAPES


Figures du passage dans la littérature de voyage contemporaine


Université de Padoue


27-29 janvier 2027


 

En donnant une forme visible à la « crise de la raison cartographique » (Farinelli 2009), la notion de frontière est devenue un concept central du spatial turn contemporain (Guglielmi, Pala 2011), pour des disciplines telles que la géographie (Winders, Johnson, Schein 2016), l’anthropologie culturelle (Wilson 2023), la philosophie (Cooper, Tinning 2019), la théorie littéraire (Youngs 2019) et les sciences politiques (Konrad, Amilhat Szary 2023), émergeant ainsi comme un domaine d’étude autonome.
Les frontières sont désormais perçues non seulement comme un élément de séparation, mais comme des espaces autonomes – « borderlands » (Anzaldúa, 1987), « zones de contact » (Pratt, 1991) ou « tiers-espaces » (Bhabha, 1994) – qui permettent de renégocier les formes de représentation de la diversité culturelle. Quarante ans après la publication de l’ouvrage d’Anzaldúa, ce colloque se propose d’examiner l’héritage de ces études, dans une société marquée à la fois par l’accélération des formes de mobilité qui tendent à effacer les frontières, et par la persistance de logiques de fermeture qui limitent les déplacements et les circulations (Aime, Papotti 2023). Loin de disparaître au-delà de l’espace cartographique, les frontières se sont au contraire multipliées aujourd’hui en tant que « méthode » d’organisation économique et sociale du capitalisme avancé (Mezzadra-Neilson 2013).
En tant qu’espace textuel « transnational » et « translationnel » (Apter 2005), le récit de voyage apparaît, dans ce contexte, comme le terrain idéal pour explorer l’ordre symbolique de la notion de frontière, ainsi que les enjeux esthétiques qui y sont liés : entre autres, la représentation du passage, le traumatisme du dépaysement, l’imaginaire exotique, les zones de transit, les figures d’intermédiation et les codes de la traduction. La littérature de voyage contemporaine – d’Ella Maillart à Nicolas Bouvier, de William Least Heat-Moon à Gloria Anzaldúa, de Claudio Magris à Paolo Rumiz, de Ryszard Kapuściński à Kapka Kassabova, de Caryl Phillips à Teju Cole, de W.G. Sebald à Robert Macfarlane – a souvent fait du thème des frontières (dans toute leur profondeur sémantique, en tant que frontière, limite, marge, seuil) sa véritable destination. Ce n’est pas un hasard si Mathias Énard (2024) a récemment évoqué la « mélancolie des confins », faisant référence à la perte contemporaine du sentiment de désorientation et de distance qui caractérisent les récits de voyage.
Le « tournant de la mobilité » (Urry 2007) a conduit à l’intégration de divers types de déplacements – tels que le tourisme, les migrations, la mobilité pendulaire, l’exploration urbaine et les randonnées dans la nature – dans ce genre littéraire. Aujourd’hui, la représentation du voyage constitue un terrain d’expérimentation pour des propositions issues de différentes perspectives de recherche, telles que les études postcoloniales (Clarke 2018), les études de genre (Bird 2012), les études de traduction (Polezzi 2016) et les études des médias (Korte, Sennefelder 2022). En termes géocritiques (Westphal 2007), l’image des frontières – et leur transgression – apparaît comme un outil décisif pour réfléchir, de manière méta-artistique, à la déterritorialisation des oppositions traditionnelles associées au voyage (telles que chez soi/à l’étranger, proche/lointain, lenteur/vitesse, familier/exotique), dont les délimitations semblent aujourd’hui profondément bouleversées et difficiles à tracer.
Le Département d’Études Linguistiques et Littéraires (DiSLL) de l’Université de Padoue, en collaboration avec le groupe de recherche sur la littérature de voyage de la Société Européenne de Littérature Comparée et le Centro Studi « Arti della Modernità », organise un colloque international intitulé Borderscapes : Figures du passage dans la littérature de voyage contemporaine, qui se tiendra à Padoue du 27 au 29 janvier 2027. Le colloque abordera, dans une perspective interdisciplinaire, les formes et les codes des frontières, en explorant leurs significations culturelles, historiques et sociales. La discussion portera sur les usages symboliques qui ont fait de ce motif littéraire un outil permettant de réfléchir à la fois aux dynamiques de pouvoir implicites dans les relations interculturelles et aux seuils (entre vérité et fiction, verbal et visuel, représentation et lieu) propres à un genre complexe tel que la littérature de voyage.

Comité scientifique : Luis Alburquerque (CSIC, Madrid), Franca Bruera (Università di Torino), Emilia Di Rocco (Università di Roma La Sapienza), Giuliana Ferreccio (Università di Torino), Federica Frediani (USI, Lugano), Roberto Gilodi (Università di Torino), Chiara Mengozzi (Karlova Univerzita, Praha), Davide Papotti (Università di Parma), Javier Alonso Prieto (Universidad de Valladolid), Sylvie Requemora (Aix-Marseille), Sandra Vlasta (Università di Genova), Zsuzsanna Varga (University of Glasgow).
Comité d’organisation : Luigi Marfè, Francesca Dainese, Matteo Giancotti, Alessandro Metlica, Marika Piva, Enrico Zucchi (Università di Padova).
Conférence d’ouverture : Mathias Énard.
Conférenciers et conférencières invité.e.s : Marco Aime (Università di Genova), Sylvie Requemora
(Université Aix-Marseille), Zsuzsanna Varga (University of Glasgow), Tim Youngs (Nottingham
Trent University).

Le comité du colloque examinera les propositions de communications, qu’elles soient d’ordre théorique ou empirique, portant sur les thèmes suivants :
- l’évolution des notions de « zones frontalières » et de « zones de contact », depuis leur formulation jusqu’à nos jours, et leur utilisation possible dans l’étude des récits de voyage ;
- la frontière en tant que concept historique et anthropologique, et la littérature de voyage en tant qu’espace de médiation culturelle, ou « entre-deux », par opposition à la rhétorique du « nous et eux » ;
- les limites du récit de voyage en tant que genre, et ses hybridations possibles avec d’autres domaines de l’écriture (mémoires, description de lieux, récit, reportage) ;
- la relation entre les études de traduction et les études sur le récit de voyage, en mettant l’accent sur différents cas de croisement linguistique, d’extraterritorialité et de multilinguisme ;
- les figures et les thèmes de la liminalité dans les écrits relatifs aux diverses formes de mobilité contemporaine (tourisme, migration, etc.) ;
- les motifs des seuils et de la liminalité dans les écrits d’exploration urbaine et de psychogéographie, dans leurs relations avec l’esthétique de la disparition ;
- les frontières entre fiction et non-fiction dans la littérature de voyage et leur hybridation possible, avec des éléments fictionnels et non fictionnels dans des contextes opposés ;
- les formes d’interaction intermédiale dans la littérature de voyage, en référence aux seuils paratextuels et aux croisements sémiotiques dans les géophototextes et autres genres mixtes ;
- la redéfinition de la frontière entre le naturel et l’artificiel dans les récits de voyage, dans une perspective écocritique.

Les propositions d’environ 250 mots peuvent être envoyées à borderscapes.padua2027@gmail.com avant le 31 août 2026, accompagnées d’un bref profil bio-bibliographique. Les propositions seront examinées et évaluées avant le 15 septembre 2026. La durée de chaque intervention ne devra pas dépasser 20 minutes. Les droits d’inscription s’élèvent à 70 euros pour les chercheurs confirmés, tandis qu’un tarif réduit de 40 euros est appliqué aux post-doctorants et doctorants. Les langues de la conférence seront l’anglais, le français et l’italien.

Les communications sélectionnées pourront être proposées pour la publication dans des revues à comité de lecture telles que « Cosmo : Comparative Studies in Modernism » (ISSN 2281-6658).

Contacts : borderscapes.padua2027@gmail.com
: Giovanni Salvagnini Zanazzo