Actes & Volumes collectifs

« Représentations des mondialisations dans la fiction d’histoire transatlantique contemporaine »
Résumé en français
|
Résumé en anglais

Cette étude porte sur les représentations de la mondialisation dans un corpus de fictions d’histoire sur le XVIIe siècle écrites dans l’espace atlantique ces cinquante dernières années. En s’appuyant sur une définition de la mondialisation comme mouvement d’hyper-circulation à échelle mondiale des biens, des savoirs et des personnes, il est possible de montrer que la mondialisation y est surtout représentée par une forte circulation des personnages d’un continent à un autre et par la présence en Europe de produits exotiques dont le chocolat est en quelque sorte l’emblème. En revanche, la circulation des savoirs est plus problématique.

This study focuses on the representations of globalization in a corpus of fictions about the 17th century, written in the Atlantic area over the last fifty years. By relying on a definition of globalization as a movement of hyper-circulation on a global scale of things, knowledge and people, it is possible to show that globalization is mainly represented by a strong circulation of characters from one continent to another and by the presence in Europe of exotic products of which chocolate is in some way the emblem. On the other hand, the circulation of knowledge is more problematic.

ARTICLE

Je souhaiterais essayer d’esquisser le visage de la mondialisation qui est représenté dans un corpus de fictions d’histoire écrites entre les années 1970 et aujourd’hui, et qui s’intéressent à l’époque baroque. Dans ce corpus, il y a bien entendu des romans historiques « classiques » qui s’inscrivent dans un modèle hérité de Walter Scott mais aussi des fictions qui s’intéressent à l’histoire mais sans forcément être des romans historiques à proprement parler : certaines de ces fictions relèvent de ce que Linda Hutcheon nomme historiographic metafiction (Hutcheon, 1988) – des romans historiques postmodernes avec un regard très critique sur l’histoire pour le dire simplement – tandis que d’autres sont franchement inclassables.

Ce corpus est intéressant à plusieurs titres au sujet de la mondialisation. La question principale est de savoir si la première mondialisation, celle qui est consécutive aux Grandes Découvertes de l’ère moderne et qui a été largement analysée (je pense par exemple aux travaux de Serge Gruzinski qui mettent en évidence les intenses circulations qui ont lieu au sein de l’Empire espagnol et donc de fait sur l’ensemble du globe à peu près), est représentée dans ces fictions et sous quelle forme. Cependant, la période de publication de ces œuvres correspond aussi à un moment de diffusion massive du concept de mondialisation dans les médias notamment : selon Vincent Capdepuy, « le fait majeur du dernier quart du XXe siècle est bien l’irruption massive de la “mondialisation” dans les discours, et ce dans toutes les langues »(Capdepuy, 2022, §141). Partant de ce double constat, on ne voit pas pourquoi des écrivains contemporains qui ont donc été abreuvés de discours sur la mondialisation et la vivent au quotidien n’en feraient pas état dans leurs œuvres. L’une des questions sous-jacentes qui se pose dès lors est de savoir s’il n’y a pas une mise en résonnance voire un parasitage dans les représentations de la première mondialisation, celle des XVIe-XVIIe siècles, par la troisième, celle qui se produit au cours du dernier quart du XXe siècle, période dans laquelle le concept-même de mondialisation est théorisé. La principale prise de conscience qui émerge dans les discours au sujet de la mondialisation est son lien avec le capitalisme et donc l’idée que la mondialisation est d’abord une affaire économique, comme le rappelle Jean-René Dagorn : « [c]ette relation entre “capitalisme” et “mondialisation” n’est pas fortuite. L’association, forte, est appelée à une grande continuité. Elle structure même encore très largement le sens que l’on donne aujourd’hui au mot “mondialisation” » (Dagorn, 2008, p. 63). Toujours selon Dagorn, le corollaire de cette troisième mondialisation est « une idée de changement d’échelle, mais surtout une vision de décomposition, voire de destruction des anciens systèmes de fonctionnement de l’économie internationale interétatique » (Dagorn, 2008, p. 67).

La première précaution à prendre pour cette étude est de dissocier le mot et la chose et c’est ce que font la plupart de ces fictions : les romans historiques « classiques » n’emploient pas le mot « mondialisation » (par volonté probablement de ne pas produire d’anachronisme), on pourrait presque dire que l’on n’en parle pas explicitement mais qu’elle est quand même présente, et cela demande d’aller la débusquer le plus souvent dans les détails du récit. Cependant, il serait tout aussi anachronique de constater, pour reprendre la formule de Dagorn, une « destruction des anciens systèmes de fonctionnement de l’économie internationale interétatique » à l’époque de la première mondialisation puisque de tels systèmes sont seulement en train de se mettre en place. En revanche, la première mondialisation est déjà synonyme de fortes mutations politiques, économiques et sociales dont on va trouver une représentation dans les fictions composant notre corpus d’étude. On s’apercevra que l’imaginaire de la première mondialisation développé par les écrivains contemporains va de pair avec une définition qui est celle retenue par le discours économique d’aujourd’hui, à savoir un mouvement d’hyper-circulation à l’échelle mondiale des biens, des savoirs et des personnes, à ceci près que les trois catégories ne circulent pas toujours aussi facilement les unes que les autres.

 

Circulation des personnes et monde extra-européen

Je commencerai par préciser que les fictions de mon corpus appartiennent toutes à l’aire transatlantique et qu’elles adoptent toutes des points de vue européens ou américains et que le regard sur la mondialisation s’y construit donc toujours par rapport à ou depuis l’un de ces continents.

Le constat de départ est que de très nombreux romans écrits par des auteurs européens ou originaires des Amériques mettent l’accent sur les autres continents : par rapport à l’Europe, l’autre continent c’est d’abord et principalement les Amériques bien sûr, et inversement. Il peut aussi, dans une moindre mesure, être question de l’Asie et du Pacifique. En revanche, s’il est parfois question de l’Afrique, c’est beaucoup plus accessoire dans les intrigues et on peut aller jusqu’à dire que l’Afrique fait figure de continent oublié. Le cas de l’Océanie est un peu différent, c’est un continent qui, au XVIIe siècle, reste extrêmement méconnu des Européens : son absence est donc somme toute assez logique.

C’est un élément assez remarquable dans la mesure où les « autres continents » sont à peu près absents des fictions historiques occidentales écrites au XIXe siècle : l’Europe n’apparaît qu’au détour de quelques lignes, comme assez lointaine, dans The Scarlet Letter (La lettre écarlate) de Nathaniel Hawthorne pour ne prendre qu’un exemple mais assez représentatif. La règle globale est que, sauf à de rares exceptions, les personnages de fictions historiques europhones sur le XVIIe siècle ne voyagent que peu ou pas du tout entre les continents jusqu’au milieu des années 1970, moment où l’on voit les choses changer de manière assez radicale à ce sujet.

Pour illustrer ce changement, je prendrais deux romans hispanophones parus en 1974, El laberinto (Le labyrinthe)de l’Argentin Manuel Mujica Lainez et Concierto barroco (Concert baroque) du Cubain Alejo Carpentier. Le premier raconte le destin d’un certain Ginés de Silva qui, après avoir quitté l’Espagne pour échapper à la justice, va traverser l’Atlantique et tenter l’aventure dans les différentes colonies espagnoles du continent pour finir sa vie entre les actuels Argentine et Paraguay. Le roman de Carpentier est peut-être un peu plus connu de par le fait qu’il a été traduit dans différentes langues dont le français et que son auteur avait des liens forts avec la France. Carpentier y raconte le trajet inverse d’un propriétaire créole, le Maître, qui, accompagné de son domestique, fait le trajet des Antilles vers l’Europe, traversant l’Espagne pour se rendre en Italie, à Venise où il rencontre Vivaldi et Haendel.

Les exemples par la suite sont nombreux où l’on voit les personnages voyager à travers les continents, je n’en évoquerai que quelques-uns : dans La Blessure et la Soif, Laurence Plazenet dresse un parallèle entre la France du Grand Siècle et la Chine de la fin de la dynastie des Ming en mettant en scène un héros français qui se rend en Chine puis en revient. Dans L’isola del giorno prima (L’île du jour d’avant), Umberto Eco fait se rencontrer deux personnages, un jeune noble piémontais et un jésuite allemand, sur un bateau échoué au large des Fidji, situé sur le méridien 180, mais pour en arriver là, l’un a contourné l’Amérique, l’autre a contourné l’Afrique, si bien qu’ils ont fait le tour du monde à eux deux.

Dans leur roman graphique en français, Les Indes fourbes, Ayroles et Guarnido imaginent une suite au roman de Quevedo, El Buscón (Le Buscon), suite qui se déroule aux Amériques mais aussi en Espagne alors que le roman de Quevedo ne faisait qu’annoncer à sa toute fin un départ vers les Amériques. Plus récemment, Yan Lespoux dans Pour mourir, le monde, unit trois histoires autour du naufrage d’une flotte portugaise au large du Médoc (il est d’ailleurs assez souvent question de bateaux et de naufrages dans ces fictions d’histoire sur le XVIIe siècle) : l’Amérique du Brésil, l’Europe du Portugal et de la France, l’Asie de l’Inde, et plus rapidement, l’Afrique, sont ainsi convoquées.

Cette circulation des personnes, ou plutôt dans le cas présent, des personnages, s’accompagne d’une forme de conscience de ce que représentent ces voyages et de l’échelle nouvelle qui est convoquée dans ces récits. Le titre choisi par Yan Lespoux me semble à ce sujet tout à fait emblématique puisque c’est bien la mesure de la mondialité qui est mise en avant. Ce titre est tiré d’un sermon d’Antonio Vieira, jésuite portugais du XVIIe siècle, qui célébrait la nation portugaise, ses explorateurs et ses navigateurs, en mettant en contraste la petitesse du territoire portugais européen et l’immensité du monde sur lequel l’Empire portugais régnait.

 

Une mondialisation en chocolat

J’ai défini précédemment la mondialisation en m’appuyant sur le thème de l’hyper-circulation des biens, des savoirs et des personnes. J’ai abordé rapidement la circulation des personnages, reste à voir ce qu’il en est pour les biens et quelle conscience les personnages en ont. Cette première mondialisation à travers la fiction se voit aussi par des allusions fréquentes à certains produits « exotiques », évidemment on pense tout de suite au chocolat, au café, au thé, au tabac ou au sucre issu de la canne. On pourrait y ajouter d’autres plantes comme le maïs, la tomate, la patate ou le soja mais toutes ces plantes n’ont pas eu le même succès fictionnel, loin de là.

Certaines plantes sont à peu près ignorées comme la tomate (qui, reconnaissons-le, n’a pas toujours très bonne presse jusqu’au XVIIIe siècle en Europe) ; le maïs, en dehors des romans qui se déroulent au Mexique est à peu près absent : la plante ne circule donc pas au niveau mondial dans la fiction sur le XVIIe siècle. La pomme de terre est un peu à part, si elle est connue en Europe, elle y est mangée très inégalement (assez fréquemment aux Pays-Bas mais presque pas en France avant le XVIIIe siècle) si bien qu’elle est à peu près absente elle aussi de la fiction, à l’exception d’un roman comme De heks van Limbricht (La sorcière de Limbricht) de Susan Smit paru en 2021. Par ailleurs, la pomme de terre n’est peut-être pas jugée suffisamment romanesque pour avoir une place de choix dans ces fictions !

Sur le plan historique, les plantes qui sortent gagnantes de la première mondialisation et qui l’accompagnent d’une certaine manière, sont plutôt des plantes qui donnent naissance à une boisson : les alcools issus de la canne à sucre, le café, le thé, le chocolat (pendant longtemps, le chocolat est uniquement une boisson, très amère au début lorsqu’elle est préparée selon les recettes des Mexicas, avec de l’eau, parfois du piment et/ou du maïs, puis plus sucrée et avec du lait lorsque les Européens vont progressivement l’adapter à leur goût). Ces boissons essentielles se diffusent hors de leur continent d’origine globalement au cours des XVIe-XVIIe siècles, et elles ont connu un destin commercial relativement comparable (voir Norton, 2006, p. 666).

Dans Nachtblauw (Bleu de Delft) de Simone Van Der Vlugt, c’est le thé qui joue un rôle relativement important puisque le roman raconte l’essor de la faïence de Delft qui imite la porcelaine chinoise. La scène-clé de toute cette histoire intervient au milieu du roman : le personnage principal, Catrijn, qui peint sur la faïence, est invitée à boire du thé et trouve que le grès dans lequel il est servi ne convient pas à ce qui est encore à l’époque une boisson de luxe. De là lui vient l’idée, à l’imitation de ce qui se fait en Orient, d’élaborer des bols légers pour servir le thé, en faïence peinte de motifs orientaux. Bien entendu, l’Orient reste quelque chose de très théorique pour les personnages principaux du roman dont le seul accès à l’Orient sont les hommes appartenant à la compagnie des Indes Orientales qu’ils croisent de temps à autres et la porcelaine chinoise importée pour les riches familles d’Amsterdam. Au-delà de son lien avec le thé, la porcelaine d’Asie présente dans ce roman raconte bel et bien la mondialisation en mettant l’accent sur le plan économique.

Dans Là où les tigres sont chez eux, Jean-Marie Blas de Roblès met en scène Kircher, le jésuite et savant du XVIIe siècle, et celui-ci accueille le père Roth qui rentre juste de Chine et ramène à Kircher du thé. Cependant ce dernier connaît déjà la plante et ses vertus au point de faire tout un exposé à son confrère. La conclusion dresse une comparaison entre le thé des Chinois, le « café des Turcs & le cocolat ou chocolatte des Mexicains » (Blas de Roblès, [2008] 2016, p. 662). Même si le roman ne le mentionne pas, l’exposé est directement emprunté par Blas de Roblès à l’un des ouvrages de Kircher (Kircher, 1670, p. 242-243).

Cependant, les vertus médicinales du thé ne suffisent pas et sur le plan fictionnel, bien souvent, il y a une plante qui l’emporte sur les autres, le chocolat, et même quand le café et le thé sont mentionnés, le chocolat ne semble jamais très loin. Nachtblauw n’est qu’un contre-exemple à la domination fictionnelle du chocolat. Ce choix a une assise historique comme le rappelle Alice Peeters :

Aucune plante américaine, même le tabac, ne suscita autant d’engouement et, par voie de conséquence, autant de critiques. Le chocolat resta longtemps un produit de luxe en Europe, mais devint rapidement une boisson populaire dans les colonies de l’Amérique inter-tropicale. De plus, il fut le premier connu du trio thé-café-chocolat, ces boissons stimulantes non-alcoolisées, si banales à l’heure actuelle. (Peeters, 1979, p. 201)

Si, en Espagne, le chocolat arrive au cours du XVIe siècle, dans le reste de l’Europe, c’est un peu plus tardif [1] . Et bien entendu, cela reste une boisson plutôt aristocratique. Comme le rappellent les historiens, le chocolat vient d’abord par des gens qui ont une expérience transatlantique puis se diffuse au reste de la société :

Not surprisingly, some of the precocious chocolate consumers came from communities with connections on both sides of Atlantic. For instance, members of ecclesiastical orders helped disseminate the chocolate habit, as they had people constantly coming and going from far-off place. (Norton, 2004, p. 16)

Sans surprise, certains des consommateurs du précieux chocolat venaient des communautés ayant des connections avec les deux côtés de l’Atlantique. Par exemple, des membres des ordres religieux ont aidé à diffuser l’usage du chocolat car ils avaient dans leur entourage des gens qui, constamment, faisaient l’aller-retour vers de lointaines destinations. (je traduis)

En Espagne, le temps du goûter est évidemment l’occasion de mentionner le chocolat dans un roman de Gonzalo Torrente Ballester :

Le despidieron a la puerta, entró solo, preguntó qué había de merendar, y lo ofrecieron chocolate en una jícara que empezaba a desportillarse. (Torrente Ballester, 1994, p. 229)

On le laissa à la porte, il entra seul, demanda ce qu’il y avait pour le goûter, et on lui offrit du chocolat dans un récipient qui commençait à s’ébrécher. (je traduis)

Ce même roman, qui se déroule probablement au début du règne de Philippe IV (soit dans les années 1620) mentionne aussi le tabac. Ici il est question d’un ecclésiastique qui parle de Satan avec qui il a des rendez-vous :

Pero ayer no compareció [Satanás], y eso que le aguardé hasta la tarde entreteniéndome con el humo de esa hierba que se trae de Indias y que llaman tabaco. Se la recomiendo para las tribulaciones. (Torrente Ballester, 1994, p. 28-29)

Mais hier, [Satan] n’est pas apparu, et c’est pour cela que je l’ai attendu jusqu’à l’après-midi en m’amusant avec la fumée de cette herbe que l’on rapporte des Indes et qui se nomme tabac. Je vous la recommande en cas de vicissitudes. (je traduis)

Dans la manière d’introduire le tabac, le roman laisse entendre que la plante semble moins familière que le chocolat. Par ailleurs, nous sommes en début de récit, la mention des Indes semble ici servir à souligner le contexte de mondialisation avec l’arrivée de produits nouveaux. Quelques années plus tard, dans La caravane du pape en 2019, Hélène Bonafous-Murat ne prendra pas la même précaution que Torrente Ballester pour mentionner le tabac : « Les hommes ôtèrent leurs vêtements trempés, vidèrent l’eau de leurs bottes et se séchèrent tant bien que mal. Certains rallumèrent leur pipe, pestant contre le tabac humide. Munich n’était plus qu’à une trentaine de lieues. » (Bonafous-Murat, 2019, p. 107).

Dans El laberinto de Mujca Lainez, il est question à huit reprises du chocolat. Le roman se divise en deux parties à peu près équilibrées, une en Espagne, l’autre aux Amériques : il est davantage question du chocolat en Espagne qu’aux Amériques (six occurrences contre deux) alors que l’inverse eût été plus « logique ». Sans doute est-ce, de la part de l’écrivain, un moyen d’attirer l’attention du lecteur sur ce produit qui est le symptôme d’un bouleversement historique, le chocolat a donc plus d’importance, de par sa nouveauté, pour un Européen que pour un « Américain ». En revanche, dans ce même roman, les trois scènes où des personnages prisent du tabac se déroulent toutes aux Amériques et il n’y est pas question de thé ou de café. Un peu comme dans le roman de Torrente Ballester, Mujica Lainez semble inscrire le léger décalage en termes de diffusion qui existe sur le plan historique entre le chocolat et le tabac : au début du XVIIe siècle, si le chocolat commence à être un produit « européen », en revanche le tabac est lui, encore pleinement et « uniquement » américain.

Dans son roman Muerte súbita (Mort Subite), Álvaro Enrigue met en place un système narratif complexe qui construit plusieurs fils dont le principal concerne Le Caravage et le poète espagnol Quevedo. C’est l’occasion aussi pour l’écrivain d’explorer le contexte historique un peu par détours comme il le fait avec un banquier italien, Giustiniani, qui reçoit Le Caravage :

Ya habría tomado su taza de chocolate, el único lujo que se daba. (Enrigue, 2013, p. 127)

Il avait déjà dû prendre sa tasse de chocolat, le seul luxe qu’il se permettait. (Enrigue, [2013] 2016, p. 145)

Dans un autre fil narratif, il s’agit de rendre la sorte de nostalgie que la fille de Cortés, née en Amérique, éprouve lorsqu’elle se trouve en Europe, elle qui est une véritable créole. Enrigue procède de manière assez décalée, en passant par le chocolat :

Juana Cortés, en cambio, vivió enferma de América […]. Las huertas andaluzas no estaban mal, pero era imposible perderse en ellas, arrancarse los vestidos en lo más profundo del campo y jugar a escupir pepitas cantando en bantú con las hijas de las esclavas. El Guadalquivir no era un río en el que las herederas de grandes fortunas nadaran en pelotas tras ponerse locas de chocolate en la cocina. (Enrigue, 2013, p. 83)

Juana Cortés, en revanche, fut toute sa vie malade de son Amérique […]. Les vergers andalous n’étaient pas si mal, mais il était impossible de s’y perdre, de retirer sa robe au plus profond de la campagne et de s’amuser à cracher des pépins de fruits en chantant en bantou avec les filles des esclaves. Le Guadalquivir n’était pas un fleuve où les héritières des grandes fortunes pouvaient nager à poil après s’être couvertes de chocolat dans la cuisine. (Enrigue, [2013] 2016, p. 90)

Au détour de la référence aux esclaves parlant bantou, c’est l’Afrique qui apparaît mais indirectement, comme souvent.

Si le chocolat a un tel succès, c’est aussi parce qu’il est au cœur de nombreux débats à l’époque (on compte une dizaine de traités et autres écrits sur le sujet publiés au cours du XVIIe siècle [2] ). Ces débats sur le chocolat, essentiellement médicaux ou théologiques, transparaissent dans certains romans. On va par exemple conseiller le chocolat à des malades, notamment à ceux qui doivent reprendre des forces, comme le roman policier historique italien Imprimaturs’en fait l’écho :

Oggi perciò gli darai mezza chicchera di cioccolata, uno scigotto di gallina e mostaccioli bagnati di vino. Domani una chicchera di caffè, una minestra di borragine e sei paia di coglioni di pollastri. (Monaldi & Sorti, [2002] 2015, p. 197)

Voilà pourquoi tu administreras aujourd’hui une demi-tasse de chocolat, une poule au pot et des biscuits au miel trempés dans du vin. Demain, une tassé de café, un potage de bourrache et six paires de testicules de poulets. (Monaldi & Sorti, [2002] 2004, p. 263)

Dans ce même roman qui se déroule intégralement à Rome, il sera aussi question d’autres plantes exotiques (notamment la coca) qui viennent aussi pour la plupart des Amériques, manière pour le couple d’auteurs de montrer que la pharmacopée européenne s’étend par la mondialisation et donc, par conséquent, que celle-ci fait partie naturellement du contexte de l’époque et de tout roman à visée historique sérieuse.

Il n’est jamais fait mention explicitement d’empoisonnement au chocolat alors que ce sera une sorte de topos dans la littérature romanesque française du XVIIIe siècle (voir : Ripoll, 2021, p. 132-136). Le chocolat ici n’apparaît que dans son versant totalement positif. On voit bien que dans ce corpus, le chocolat – comme le thé dans une moindre mesure – est un indice fort de mondialisation, il signifie la catégorie « mondialisation » comme certains objets « décoratifs » dans les fictions signifient la catégorie du réel pour paraphraser Barthes dans son célèbre article sur l’effet de réel.

 

Circulation des savoirs ?

Je définissais la mondialisation en m’appuyant sur des définitions issues des sciences humaines et sociales, comme un état d’accélération de la circulation des biens, des savoirs et des personnes, à l’échelle mondiale : si la circulation des personnes et des biens ne semble guère poser de problème dans mon corpus d’étude, en revanche, la question de la mondialisation des savoirs pose des problèmes très spécifiques dans le cadre de la fiction. Les savoirs extra-européens sont très rarement représentés dans ce corpus occidental et il est difficile, par ce seul aspect, d’y déceler la trace de la mondialisation. On voit que la plupart du temps, ce qui est donné à lire reste un savoir européen, éventuellement sur des objets extra-européens. On touche là aux limites de la représentation de la mondialisation dans ces fictions d’histoire.

Pour souligner cet aspect, je m’attarderai néanmoins sur deux exemples qui sont deux romans copieux, parfaitement contemporains l’un de l’autre, polynarratifs tous les deux, avec une variation autour du topos du manuscrit trouvé qui apparaît à intérieur d’un récit cadre, le manuscrit trouvé constituant une sorte de « roman historique » se déroulant au XVIIe siècle.

Hunger’s brides (Les épouses de la faim) de Paul Anderson raconte l’histoire d’une doctorante, Beulah, et de son directeur de recherche, Donald, à fin du XXe siècle, au Canada. Beulah travaille sur la célèbre nonne mexicaine du XVIIe siècle, Sor Juana Inés de la Cruz et va écrire une sorte d’autobiographie apocryphe de cette dernière. Cette autobiographie donne aussi la parole à d’autres personnages historiques ou non. On perçoit ce texte à travers les yeux de Donald qui « édite » (et probablement retouche) et commente les papiers de Beulah dans lesquels il y a l’autobiographie mais également d’autres documents divers (notes, extraits de journal, scénario, etc.). Dans le même temps, Donald fait face à un procès (dont on comprend progressivement que c’est très sérieux) lié à la relation trouble qu’il a entretenue avec Beulah. Le second roman est celui de Jean-Marie Blas de Roblès, Là où les tigres sont chez eux, déjà évoqué précédemment.

Dans les deux romans, Kircher, à des degrés divers, « incarne » en partie la mondialisation puisqu’il concentre en lui une diversité de savoirs nourris d’éléments venus de partout dans le monde, alors même qu’il n’a jamais quitté l’Europe. Ses travaux sur la Chine constituent la première grande synthèse occidentale sur le sujet et il en est beaucoup question dans le roman de Blas de Roblès. Cependant Kircher est aussi lu notamment pour ses travaux sur l’astronomie et les hiéroglyphes (l’auteur s’appuyant ici sur des preuves historiques de cette lecture pour construire sa fiction), notamment au Mexique par Sor Juana Inés de la Cruz et son ami Carlos de Sigüenza y Góngora. Autour du personnage de Kircher, le lecteur peut ainsi avoir l’impression qu’il y a une forme de circulation des savoirs malgré tout.

Néanmoins, ce qui circule, ce sont uniquement des savoirs construits par les Européens ou les créoles, ou bien, au mieux, assimilés et reconfigurés par ces mêmes Européens et créoles à partir des savoirs extra-européens. Les savoirs extra-européens à l’état « brut » ne circulent pas et le roman de Paul Anderson notamment consacre un certain nombre de pages assez importantes à ce sujet. Il évoque la destruction des savoirs mexicas et mayas par l’Inquisition de la Nouvelle Espagne en particulier lors d’autodafés où l’on brûle les codices mais aussi les savants y compris espagnols ou créoles qui s’y intéressent. Le personnage qui cristallise cet épisode dans le roman est celui de Manuel de Cuadros, un franciscain qui, sans être historique, est visiblement inspiré de cas de persécutions historiquement attestés. En effet, ce dernier est condamné au bûcher pour s’être trop intéressé aux récits cosmogoniques méso-américains et avoir voulu les comparer aux récits bibliques. Ici la circulation est stoppée, ou tout du moins, largement compromise puisque Carlos de Sigüenza y Góngora va quand même cacher des manuscrits en lien avec ces questions pour tenter de les sauver.

Si la méthode exposée dans Là où les tigres sont chez eux est différente, le résultat est sensiblement le même : on amène à Kircher un individu d’origine ouest-africaine, nommé Chus, avec lequel Kircher tente de communiquer, persuadé de pouvoir tout comprendre à son langage. L’aveuglement et les certitudes de Kircher lui font prendre le peul de Chus pour une langue en lien avec le chinois :

Il me faudra plusieurs semaines de travail pour arriver à une certitude, mais je puis assurer dès maintenant que la langue de cet homme, quand bien même elle ne serait point la matrice de toutes les autres, se trouve être plus ancienne encore que le chinois, laquelle est elle-même la plus antique transformation de la langue de Cham. Et il ne me surprendrait pas que nous découvrions par la suite des corrélations directes entre ces deux idiomes. (Blas de Roblès, [2008] 2016, p. 843)

Kircher raconte à peu près n’importe quoi et le lecteur est en situation de le comprendre très rapidement par un effet d’ironie très fort de la part de l’auteur qui indique en note le sens véritable des paroles de Chus [3] . L’épisode pourrait s’arrêter à cet effet d’ironie mais, incité par Kircher, Chus a écrit juste avant un apologue concernant une hyène et ce texte restera, d’une certaine manière, lettre morte puisque personne ne comprendra le texte, dans la mesure où Kircher, persuadé de tout comprendre mais sans rien comprendre va involontairement, par son comportement, en faire disparaître le sens. De plus, l’histoire prend un tour plus tragique puisque Chus va se pendre en laissant un mot accusatoire que Kircher finira par interpréter comme une expression de la volonté divine dont il ne faut pas trop s’attrister, assimilant la mort de Chus à un simple incident sans conséquence qui permet à son secrétaire, Caspar, de clore le dossier sans états d’âme :

– […] « Les temps n’étaient pas encore venus ; ainsi en avait décidé celui qui gouverne si miséricordieusement nos destinées. Ces mots qu’Il a bien voulu, dans son infinie bonté, laisser entre nos mains, ces mots, sachez-le, parlent d’espoir & nous enjoignent la patience. Patience, donc. Et soyez sans crainte : le jour n’est pas si lointain de la réconciliation. Ce qui est divers & éparpillé retrouvera sous peu sa cohésion originelle. Dieu en a décidé ainsi. Tout comme le nègre Chus, nous ne sommes entre ses mains qu’un instrument passif de sa sublime volonté. »

Sur ces bonnes paroles, nous en terminâmes avec ce surprenant épisode sans que mon maître eût perdu son assurance de rétablir dans sa plénitude cette « langue adamique » qu’il n’avait fait que pressentir. (Blas de Roblès, [2008] 2016, p. 869)

Que ce soit avec la mort de Chus ou bien celle de Cuadros, à chaque fois, les fictions mettent en scène un empêchement net et brutal de la circulation des savoirs non-européens, voire leur disparition. S’attarder sur la question de la représentation de la circulation des savoirs dans ces fictions permet de mettre en évidence que la mondialisation qui est représentée est celle d’une circulation à sens unique où tout passe par l’Europe, que ce soit par le passage des savoirs extra-européens par le filtre d’une pensée strictement européenne qui trie et élimine (parfois au sens fort du terme) ou parce que les savoirs ne sont jamais représentés comme circulant entre sphères non-européennes.

C’est un autre versant de la première mondialisation qui est représenté ici : une mondialisation hégémonique de l’Occident avec l’accomplissement de ces deux enjeux liés à mondialisation, à savoir maîtriser les distances et maîtriser l’altérité pour reprendre l’analyse de Mathis Stock (Stock, 2008, p. 146-147). Pour le dire autrement, c’est plutôt une sorte d’européanisation du monde qui est montrée ici. La maîtrise de l’altérité dans ces deux fictions est représentée comme radicale dans le sens où la maîtrise semble plus tenir de l’effacement que d’un processus de familiarisation et de connaissance. Le lecteur est tenté de retrouver dans ce motif quelque chose des inquiétudes contemporaines au sujet de la « globalization » qui lisse et uniformise les cultures au niveau mondial en une américanisation de toute la planète.

 

C’est donc une mondialisation assez contrastée qui est représentée, elle sert souvent d’arrière-plan, grâce à quelques motifs tout à fait repérables comme les plantes et des produits de luxe principalement. Cependant, son visage est peut-être parfois plus marqué dans les romans qui ne sont pas des romans historiques à proprement parler mais plutôt des romans en lien avec l’histoire et qui peuvent se permettre un discours plus critique, qui vont au-delà de l’exposition d’un cadre. Dans l’ensemble, c’est surtout une mondialisation très économique qui est donnée à lire et qui, au fond, correspond assez bien à l’idée qu’on se fait aujourd’hui de la mondialisation. En cela, il est sans doute possible de voir l’influence de la troisième mondialisation sur les représentations de la première qu’en font les écrivains. Le parallèle entre les deux mondialisations est vraisemblablement à étendre au fait que c’est une mondialisation à sens unique qui est décrite, profitant uniquement à l’Europe, tout comme on a tendance souvent à penser que la mondialisation actuelle profite surtout à l’Occident.

Le bilan, peut-être sans grande surprise, permet aussi de constater que l’Europe apparaît bien comme le centre de la mondialisation dans la majorité des fictions et que tout circule par rapport à ce centre : que ce soient les biens qui suivent plutôt un chemin centripète ou les personnes et les savoirs, sauf à de rares exceptions, les circulations se font plutôt au profit du vieux continent.

Bibliographie

  • AMIEL Frédéric, Petite histoire de la mondialisation à l’usage des amateurs de chocolat, Ivry sur Seine, L’Atelier, 2021.

  • ANDERSON Paul, Hunger’s brides, London, Constable, 2005.

  • AYROLES Alain, Guarnido Juanjo, Les Indes fourbes, Delcourt, 2019.

  • BARÈGE Thomas, « Migrants, expatriés et autres voyageurs face au babélisme dans l’œuvre de Jean-Marie Blas de Roblès », Nadine Rentel, Stephanie Schwerter et Frédérique Amselle (dir.), Traduire l’expérience migratoire. Perspectives littéraires, Berlin, etc., Peter Lang, 2023, p. 95-108.

  • BARTHES Roland, « L’effet de réel », Communications, n° 11, 1968, p. 84-89.

  • BLAS DE ROBLÈS Jean-Marie, Là où les tigres sont chez eux, Paris, Zulma, [2008] 2016, nouvelle édition augmentée.

  • BONAFOUS-MURAT Hélène, La caravane du pape, Paris / New York, Le passage, 2019.

  • CAPDEPUY Vincent, « Au prisme des mots », Cybergeo: European Journal of Geography [En ligne], document 576, mis en ligne le 20 décembre 2011, consulté le 25 novembre 2022. URL : http://journals.openedition.org/cybergeo/24903 ; DOI : https://doi.org/10.4000/cybergeo.24903

  • CARPENTIER Alejo, Concierto barroco / Concert Baroque, trad.  René L. F. Durand, Paris, Gallimard, coll. « Folio bilingue », [1974] 1991.

  • DAGORN René-Éric, « “Mondialisation”, un mot qui change les mondes », dans Jacques Lévy (dir.), L’invention du monde, Paris, Les Presses de Sciences Po, 2008, p. 62-79.

  • ECO Umberto, L’isola del giorno prima, Bompiani, coll. « I grandi tascabili », [1994] 1996.

  • ENRIGUE Álvaro, Muerte súbita, Barcelona, Anagrama, 2013.

  • ENRIGUE Álvaro, Mort Subite [2013], trad. Serge Mestre, Paris, Buchet Chastel, 2016.

  • GRUZINSKI Serge, Les quatre parties du monde : histoire d’une mondialisation, Paris, La Martinière, 2004.

  • HARWICH Nikita, Histoire du Chocolat, Paris, Desjonquères, coll. « Outremer », 1992.

  • HUTCHEON Linda, A Poetics of Postmodern. History, Theory, Fiction, New York / London, Routledge, 1988.

  • KIRCHER Athanasius, La Chine illustrée, Amsterdam, Jean Jansson, 1670.

  • LESPOUX Yan, Pour mourir, le monde, Villenave d’Ornon, Agullo, 2023.

  • LÉVY Jacques (dir.), L’invention du monde, Paris, Les Presses de Sciences Po, 2008.

  • LOVEMAN Kate, « The Introduction of Chocolate into England: Retailers, Researchers, and Consumers, 1640-1730 », Journal of Social History, Vol. 47, n° 1, 2013, p. 27-46.

  • MANNING Patricia W., An Overview of the Pre-Suppression Society of Jesus in Spain, Leyde, Brill, 2021.

  • MONALDI Rita, Sorti Francesco, Imprimatur, Milano, Baldini & Castoldi, 2e édition modifiée, [2002] 2015.

  • MUJICA Lainez Manuel, El laberinto, Barcelona, Seix Barral, coll. « Biblioteca de bolsillo », [1974] 1991.

  • NORTON Marcy, « Conquests of Chocolate », OAH Magazine of History, Vol. 18, n° 3, Avril 2004, p. 14-17.

  • NORTON Marcy, « Tasting Empire: Chocolate and the European Internalization of Mesoamerican Aesthetics », The American Historical Review, Vol. 111, n° 3, Juin 2006, p. 660-691.

  • NORTON Marcy, Sacred Gifts, Profane Pleasures: A History of Tobacco and Chocolate in the Atlantic World, Ithaca (NY), Cornell University Press, 2008.

  • PATERNOTTE Stéphanie, LABRUDE Pierre, « Le chocolat dans quelques ouvrages français de pharmacie et de médecine des XVIIe, XVIIIe et XIXe siècles. Ses effets fastes et néfastes avérés ou supposés », Revue d’histoire de la pharmacie, n° 338, 2003, p. 197-210.

  • PEETERS Alice, « Controverses sur les vertus du cacao et les manières de préparer le chocolat (XVIe-XVIIIe siècle) », Journal d’agriculture traditionnelle et de botanique appliquée, bulletin n° 3-4, « Cacao, cacaoyer, chocolat », Juillet-décembre 1979, p. 201-216.

  • PLAZENET Laurence, La Blessure et la Soif, Paris, Gallimard, coll. « Folio », [2009] 2011.

  • QUEVEDO Francisco de, La vida del Buscón llamado Don Pablos, Madrid, Cátedra, coll. « Letras hispánicas », [1626] 1981.

  • RIPOLL Élodie, « La consommation de chocolat et ses topoï dans la fiction des Lumières », Topiques, études satoriennes / Topoï Studies, Journal of the SATOR, vol. 5, 2021, p. 121-142, https://doi.org/10.7202/1081527ar.

  • SMIT Susan, De heks van Limbricht, Amsterdam, Lebowski Publishers, 2021.

  • STOCK Mathis, « Il mondo è mobile », Jacques Lévy (dir.), L’invention du monde, Paris, Les Presses de Sciences Po, 2008.

  • TORRENTE BALLESTER Gonzalo, Crónica del rey pasmado, Barcelona, Planeta, [1989] 1994.

  • VLUGT Simone van der, Nachtblauw, Amsterdam, Ambo|Anthos, 2016.

Notes

  • [1]

    « By the second half of the sixteenth century, chocolate was fully part of Creole or European colonial life. Chocolate’s arrival in Europe was more hesitant. Erratic importations of chocolate occurred throughout the sixteenth century, offered as an exotic novelty by visiting retinues of Indians or brought home by a returning friar. », (Norton, 2004, p. 15, « Au cours de la seconde moitié du xvie siècle, le chocolat faisait pleinement partie de la vie créole ou de celle du colon européen. L’arrivée du chocolat en Europe fut plus incertaine. Des importations fluctuantes de chocolat eurent lieu tout au long du xvie siècle, offert comme une nouveauté exotique par des délégations d’Indiens en visite ou ramené à la maison par des religieux qui retournaient en Europe. », je traduis). Sur le sujet, on pourra compléter avec les synthèses d’Amiel (2021, en particulier les chapitres 2 et 3) et d’Harwich (1992) ou encore avec l’article de Kate Loveman paru en 2013 (plus spécifiquement centré sur le cas anglais).

  • [2]

    Ceux qui ont circulé le plus au XVIIe siècle sont probablement ceux-ci : Antonio Colmenero de Ledesma, Curioso tratado de la naturaleza y calidad del Chocolate, Madrid, Francisco Martinez, 1631 ; Antonio de León Pinelo, Cuestión moral. Si el chocolate quebranta el ayuno eclesiástico, Madrid, viuda de Juan González, 1636 ; Philippe Sylvestre Dufour, Traitez nouveaux & curieux du café, du thé et du chocolate : ouvrage également necessaire aux medecins, & a tous ceux qui aiment leur santé, La Haye, Adrian Moetjens, 1685 ; Nicolas Blégny, Le bon usage du thé du caffé et du chocolat pour la preservation & pour la guerison des maladies, Lyon, Thomas Amaulry, 1687. Rappelons aussi qu’un débat théologique autour du chocolat eut lieu à Salamanque en Espagne en 1632 pour savoir si le fait de consommer du chocolat était contraire aux obligations religieuses du jeûne étant donné, notamment, sa forme liquide mais très consistante. Voir à ce sujet : Manning, 2021, en particulier, p. 126-127.

  • [3]

    Ayant déjà abordé ce passage sous un autre angle, je me permets d’y renvoyer le lecteur pour compléter l’analyse : Barège, 2023, p. 95-108.

Pour citer cet article

Thomas Barège, « Représentations des mondialisations dans la fiction d’histoire transatlantique contemporaine », dans Yvan Daniel et Gaëlle Loisel (éd.), Littératures et mondialisation. Actes du 44e congrès de la SFLGC, 2026, URL : https://sflgc.org/acte/barege-thomas-representations-des-mondialisations-dans-la-fiction-dhistoire-transatlantique-contemporaine/, page consultée le 12 Juillet 2026.

Biographie de l'auteur

BAREGE, Thomas

Agrégé de Lettres modernes, il est actuellement Maître de Conférences HDR en Littératures comparées à l’Université Polytechnique Hauts-de-France (Valenciennes) où il a dirigé le département de Lettres. Il est également traducteur, notamment de l’espagnol vers le français et a consacré sa thèse à Proust et José Lezama Lima. Spécialiste des circulations littéraires dans l’espace transatlantique, il s’intéresse aux phénomènes de traductions, d’intertextualités, d’héritages culturels ainsi qu’à la prise en compte des discours non littéraires (histoire, philosophie, sciences…) par la fiction contemporaine.