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« La création d’une bibliothèque mondiale : un projet réalisable ? »
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Dans les années 1920, plusieurs écrivains envisagent la création d’une bibliothèque mondiale. Parmi ces auteurs se trouve Maxime Gorki qui, dès 1918, suggère la fondation de la maison d’édition « Vsemirnaja literatura » (« Littérature mondiale »), visant à rendre accessibles près de 2 000 œuvres publiées entre 1789 et 1917. Bien que la maison d’édition cesse son activité en décembre 1924, de nombreux débats se poursuivent sur la réalisation d’une telle bibliothèque dans la mesure où personne ne s’entend ni sur la définition même de la littérature mondiale ni sur le contenu de cette bibliothèque.

In the 1920s several writers considered creating a world library. Among these authors was Maxim Gorky, who from 1918 suggested founding the publishing house "Vsemirnaja literatura (“World Literature”), with the aim of making accessible more than 2,000 works published between 1789 and 1917. Although the publishing house closed down in December 1924, there are still many debates about the fulfilment of such a library, as long as nobody agrees on the very definition of world literature or the content of this library.

ARTICLE

L’idée initiale

Dans les années 1920, plusieurs penseurs projettent de créer une bibliothèque mondiale ou universelle, qui regrouperait les œuvres de l’Occident et de l’Orient et tendrait ainsi à dépasser l’eurocentrisme dominant. Tel est le cas, entre autres, de l’écrivain français Romain Rolland et de l’auteur allemand Hermann Hesse. Pour Rolland, l’idée d’« une collection de grandes œuvres d’écrivains actuels de tous les pays, ayant un intérêt mondial » (Rolland, 1991, p. 79) naît en 1922 lorsque l’éditeur suisse Emil Roniger accepte « de faire de sa maison un foyer de haut esprit “übernational” » (p. 79). Elle se voit simultanément associée à la création d’« une Maison internationale des Amis, que l’on considérait comme le lieu de rencontre des esprits libres » [eines Internationalen Hauses der Freundschaft, das als Begegnungsort freier Geister […] gedacht war] (Meylan, 2010, p. 9). Malgré les efforts de Rolland à promouvoir « l’art et la pensée des personnalités littéraires les plus représentatives des divers peuples » (Rolland, 2011, p. 79), « la “Weltbibliothek” fut un échec » (Meylan, 2009, p. 27) à une époque de nombreuses crises économiques et politiques. Quant à Hesse, en 1927, il écrit le texte Une bibliothèque de littérature universelle [Eine Bibliothek der Weltliteratur] qu’il définit comme « l’immense trésor d’idées, d’expériences, de symboles, de rêveries et d’idéaux que le passé nous a légué dans les œuvres des écrivains et des penseurs d’une multitude de peuples différents » [de[n] ungeheure[n] Schatz von Gedanken, Erfahrungen, Symbolen, Phantasien und Wunschbildern, den die Vergangenheit uns in den Werken der Dichter und Denker vieler Völker hinterlassen hat] (Hesse, 1946, p. 12).

Outre ces deux citoyens du monde, lesquels s’écrivent de 1915 à 1940, un autre écrivain, russe et correspondant lui aussi avec Rolland de 1916 à 1936, caresse le projet de constituer une bibliothèque mondiale. Il s’agit de Maxime Gorki à qui revient d’ailleurs la primeur de l’initiative dans la mesure où la naissance du projet semble remonter à la fin 1916 ou au début de l’année 1917, ce qui transparaît dans une lettre de Gorki à Rolland où l’auteur russe écrit ces mots :

Je vous prie de vouloir bien écrire la Biographie de Beethoven, adaptée pour les enfants. En même temps je m’adresse à H. G. Wells, en l’invitant à écrire la Vie d’Addison, Fridtjof Nansen fera la Vie de Christophe Colomb, moi la Vie de Garibaldi, le poète hébreu Bialik celle de Moïse, etc. Avec le concours des meilleurs hommes de lettres contemporains, je voudrais créer toute une série de livres pour les enfants, contenant les biographies des grands esprits de l’humanité (Rolland, 1991, p. 47).

Même si l’idée concerne la littérature de jeunesse, elle n’en reprend pas moins en partie les remarques énoncées dans la préface au Catalogue des éditions de la « littérature mondiale » [1]

[Каталог издательства «Всемирная литература»], paru en 1919. Gorki y décrit en effet son projet de création d’une maison d’édition, appelée « Littérature mondiale » [Всемирная литература] et fondée le 4 septembre 1918, alors même que l’écrivain estime qu’« il n’existe pas de littérature universelle et unique parce qu’il n’y a pas encore de langue commune à tous les peuples » [всемирной, единой литературы нет, потому что нет еще языка единого для всех] (Gorky, 1919, p. 5). Il ajoute cependant que

все литературное творчество, в прозе и стихах, насыщено единством общечеловеческих чувств, мыслей, идей, единством священного стремления человека к счастию свободы духа, единством отвращения к несчастиям жизни, единством надежд на возможность лучших форм бытия и, наконец, единой для всех людей жаждой чего-то неуловимого словом и мыслью, едва уловимого чувством, – таинственного чего-то, чему мы дали бледное имя – красота и что цветет в мире – в наших сердцах – все более ярко и празднично (p. 5).

toute la production littéraire en vers ou en prose est saturée de sentiments, de pensées, d’idées appartenant à toute l’humanité, d’une commune et sainte aspiration au bonheur de la liberté spirituelle, d’un commun espoir de réaliser une existence meilleure, d’une soif commune à tous les hommes de cette chose indicible et inimaginable, à peine perçue par le sentiment, cette chose mystérieuse, que nous avons vaguement appelée de ce nom – la beauté, et qui s’épanouit sur la terre – et en nos cœurs – avec un éclat tous les jours plus intense.

Dans ce même avant-propos, décrivant ses réflexions littéraires, Gorki annonce l’objectif de la maison d’édition, lequel consiste à publier

книги, изданные в разных странах с конца xviiiв. до сего дня [1919], с начала Великой французской революции до Великой революции русской. Таким образом, русский гражданин получит в свое распоряжение все сокровища поэзии и художественной прозы, созданные в течение полутора века напряженного духовного творчества Европы (p. 8).

des livres parus en différents pays depuis la fin du xviii siècle jusqu’à nos jours [1919], depuis les débuts de la Révolution française jusqu’à la Révolution russe, de façon à mettre à la disposition du citoyen russe tous les trésors de poésie et de prose, accumulés par un siècle et demi d’efforts créateurs.

Pour atteindre cet objectif, soutenu par le commissariat du peuple de l’Instruction publique, Gorki propose, dans un premier temps, d’éditer au moins 1 500 livres dont les auteurs et les œuvres choisies sont énumérés dans le catalogue consécutif aux observations de l’écrivain. Parmi ces livres se trouvent des œuvres issues de la littérature française, incluant la littérature provençale et la littérature belge, de la littérature anglaise, comprenant la littérature coloniale, de la littérature américaine, de la littérature allemande, de la littérature italienne, de la littérature espagnole, englobant la littérature hispano-américaine, de la littérature portugaise, comptant la littérature brésilienne, de la littérature suédoise, intégrant la littérature finlandaise, de la littérature norvégienne et de la littérature danoise, comportant de la littérature dano-islandaise. À la fin du catalogue, de même que dans la préface de Gorki, il est précisé que les éditions de la « Littérature Mondiale » espèrent compléter ses listes par des œuvres russes et slaves (polonaises, lithuaniennes, tchèques, serbes, bulgares), grecques modernes et hongroises. De même, « il paraîtra prochainement un catalogue détaillé des livres consacrés à la littérature des peuples de l’Orient » [Подробный каталог книг, посвященных литературе народностейВостока, будет опубликован в близком будущем] (p. 167) : Inde, Perse, Chine, Japon, pays arabes. Dans une volonté de faire accéder le lecteur à une édition de vulgarisation scientifique en aucun cas dévalorisante, tous les livres seront précédés d’une préface et contiendront la biographie de l’auteur ainsi que les grandes lignes de son époque, des annotations historico-littéraires et des notes bibliographiques.

Au regard de l’ampleur du projet, il importe, selon Gorki, de s’entourer d’un « groupe de collaborateurs » [групп[а] работников] (p. 8) experts dans un domaine particulier, dont le siège de la rédaction, dirigée par Alexandre Tikhonov, se situe à Petrograd, au numéro 64 de la perspective Nevski. La répartition des aires linguistiques littéraires est la suivante : Andreï Levinson, Nikolaï Gumilev et Nestor Kotliarevski pour la littérature française, Korneï Tchoukovski et Evgueni Zamiatine pour les littératures anglaise et américaine, Alexandre Blok, Fiodor Braun, Evgueni Braoudo et Viktor Jirmounsky pour la littérature allemande, Akim Volynski pour les littératures italienne et juive, Grigori Lozinski pour les littératures espagnole et portugaise, Boris Silversvan pour la littérature des pays nordiques, Fiodor Zelinski pour la littérature grecque, Vassili Alekseev pour les littératures chinoise et japonaise, Ignati Kratchkovski pour les littératures arabe et turque, Sergueï Oldenburg pour la littérature perse, Boris Vladimirtsov pour les littératures tibétaine et mongole. D’autres spécialistes se joignent à cette entreprise de grande envergure, comme le montre la liste non exhaustive [2] dressée à la fin du catalogue, regroupant 62 noms de femmes et d’hommes mis à contribution pour la réalisation de cette bibliothèque mondiale, parmi lesquels se trouvent les poètes Constantin Balmont et Vladislav Khodassevitch, le théoricien Boris Eichenbaum et le commissaire à l’Instruction Anatoli Lounatcharski.

Ce partage des tâches est d’autant plus nécessaire que Gorki aspire également à publier des plaquettes à l’attention des masses populaires pour que celles-ci découvrent l’essentiel des littératures européennes et américaines et se familiarisent « avec les particularités de l’histoire, des institutions, de la psychologie des peuples et des races [pour] la reconstruction de l’édifice social » [особенност[ями] истории, социологии и психики тех наций и племен […] кстроительству новых форм социального быта] (p. 9). De fait, selon Gorki,

Чем шире знания, тем совершеннее человек ; чем более остр и жаден интерес человека к ближнему – тем более быстро совершается процесс слияния добрых творческих начал во единую силу, тем быстрее мы совершим наш крестный путь к всемирному празднику взаимного понимания, уважения, братства и свободного труда во славу нашу(p. 9).

plus ses connaissances sont vastes, plus l’homme est parfait ; plus l’intérêt que l’homme porte à son prochain est intense et avide, plus rapide sera notre acheminement vers la fusion de tous les principes bienfaisants en une force créatrice unique, – moins lentement nous gravirons le Chemin de la Croix, qui nous conduit vers la fête universelle, vers le jour où nous finirons par nous comprendre et nous respecter mutuellement, vers la fête de la fraternité et du travail libre, célébrée à la gloire de l’homme.

Par souci de clarté envers les lecteurs, il importe que ces plaquettes paraissent par ordre chronologique. Pour finir, l’écrivain souligne l’importance de la littérature populaire, tels les romans d’aventures, les romans historiques ou encore les récits humoristiques, lesquels doivent aussi faire partie des 3 000 à 5 000 plaquettes destinées au peuple, qui seront elles aussi annotées.

Le devenir du projet

À l’origine, le catalogue consacré aux œuvres occidentales contient 739 entrées, mettant en exergue une prise de distance vis-à-vis de l’eurocentrisme de l’époque, préconisé, entre autres, par les théoriciens du marxisme : 158 en littérature française, dont 4 en littérature provençale et 8 en littérature belge, 143 en littérature anglaise, dont 8 en littérature coloniale, 27 en littérature américaine, 160 en littérature allemande, 133 en littérature italienne, 65 en littérature espagnole, dont 17 en littérature hispano-américaine, 11 en littérature portugaise, dont 3 en littérature brésilienne, 70 en littérature suédoise, dont 10 en littérature finlandaise, 53 en littérature norvégienne, 79 en littérature danoise, dont 4 en littérature islandaise. Celles-ci sont signalées par le nom d’un auteur en particulier, suivi d’une ou plusieurs œuvres à paraître dans leur version russe commentée, ou d’un recueil regroupant plusieurs écrivains et/ou poètes, comme le montrent ces quatre exemples :

Пьер Шодерло де-Лакло (1741—1803).
Опасные связи [3] .
Pierre Choderlos de Laclos.
Les Liaisons dangereuses.
Дени Дидро (1713—1784).

Племянник Рамо.
Жак-фаталист (отрывок).
Монахиня.

Пьеса : Отец семейства.

Из Разговоров о театре,
Литературной переписки и
Салонов.

Парадокс о комедианте.

Философские сочинения :

Мысли по поводу объяснения природы.
Письмо о слепых.
Философские принципы мышления и движения.
Сон Д’Аламбера и др.
Разговор Д’Аламбера с Дидро.

Denis Diderot.

Le Neveu de Rameau.
Jacques le Fataliste (fragment).
La Religieuse.

Théâtre : Le Père de famille.

Pages choisies des
Entretiens sur l’art dramatique,
de la Correspondance littéraire,
des Salons.

Le Paradoxe sur le comédien.

Œuvres philosophiques :

L’Interprétation de la Nature.
Lettres sur les aveugles.
Pensées philosophiques.
Le Rêve de D’Alembert, etc.

Сборник поэзии XVIII в.

Жан-Батист Руссо (1670—1741).
Жан-Батист Грессэ (1709—1777).
Понс-Дени Лебрен (1729—1807).
Жан Мармонтель (1723—1796).
Жак Мальфилатр (1732—1767).
Шарль Колардо (1732—1776).
Шарль-Франсуа Сен-Ламбер (1717—1803).
Кардинал Франсуа де-Берни (1715—1794).

Anthologie des poètes du XVIIIe siècle

Jean-Baptiste Rousseau.
Jean-Baptiste Gresset.
Ponce-Denis Lebrun.
Jean Marmontel.
Jacques Malfilâtre.
Charles Colardeau.
Charles-François Saint-Lambert.
Le cardinal François de Bernis.

Журналисты и памфлетисты эпохи революции.

Избранные страницы из статей
Камилла Демулэна,
Эбера,
Марата,
Ривароля,
Шанфора,
Малуэна и др.

Journalistes et pamphlétaires de la Révolution française.

Pages choisies de
Camille Desmoulins,
Hébert,
Marat,
Rivarol,
Chamfort,
Malouin, etc.

Le catalogue dédié aux œuvres orientales, quant à lui, comporte 30 pages de références [4] , annoncées comme suit : les Égyptiens, les Babyloniens et les Assyriens, les Phéniciens, les Hébreux, les Peuples du Caucase (littérature épigraphique, littérature nationale géorgienne, littérature nationale arménienne, folklore), les peuples de l’Iran (Perse ancienne, Perse moderne, littérature populaire des Peuples iraniens), l’Orient chrétien (Syriens, Coptes, Abyssiniens), la littérature arabe (période classique, période moderne), les Turcs (littérature, écrits populaires), les Peuples de l’Inde, les Peuples de l’Indonésie, les Peuples de l’Indochine, les Tibétains, les Mongols (littérature populaire, récits, contes, nouvelles et romans, vie des saints bouddhistes, épopée, Mandchous-Toungouses), les Chinois, les Japonais (contes, poésie classique, lyrique contemporaine, prose historique ancienne du VIIIe siècle, roman du IXe au XIIe siècle, roman historique du XIIe au XVIIe siècle, roman réaliste du XVIIe au XIXe siècle, roman fantastique, roman humoristique, roman romantique contemporain (1868-1888), roman naturaliste, roman néoromantique, journaux et mémoires des IXe et XIIIe siècles, œuvres diverses des XIIe et XVIe siècles, œuvres choisies des confucianistes des XVIIe et XVIIIe siècles), drames lyriques du XIVe siècle, œuvres dramatiques des XVIIe et XVIIIe siècles), les Peuples paléo-asiatiques du Nord-Est de la Sibérie (Aïnos, Guilyaks, Tchuktches, Koryaks, Kamtchadales, Yukaguirs, Aléoutes, Esquimos d’Asie). Cet inventaire révèle la volonté des responsables de la maison d’édition de donner la parole aux minorités au moyen de littératures périphériques que Gorki s’est toujours efforcé de promouvoir, comme nous pouvons le noter dans sa lettre du 23 mars 1928 à Rolland : « Je veux parler de l’extraordinaire rapidité avec laquelle se développent en russie les littératures allogènes. […] Les peuples de la Volga – les Tchouvaches, les Mordves, les Tchérémisses, ainsi que les peuples du Caucase et de la Sibérie, ont déjà leur presse, organisent […] des maisons d’édition, produisent des écrivains de prose et de vers » (Rolland, 1991, p. 194).

Conformément aux catalogues et comme nous l’avons déjà brièvement évoqué, le projet aurait dû donner lieu à la publication d’environ 2 000 œuvres, réparties en huit collections : l’« édition principale » [основное издание], l’« édition populaire » [народное издание], les « nouvelles de la littérature étrangère » [новости иностранной литературы], la « littérature de jeunesse » [детская литература], la « bibliothèque de la littérature mondiale » [библиотека мировойлитературы], l’« édition principale » [основное издание] de la section orientale [восточный отдел], l’« édition populaire » [народное издание] de la section orientale [5] et la « culture de l’Orient » [культура востока]. Mais le programme, qui se voit arrêté en décembre 1924, compte finalement, la liste établie par Tihonov en 1925, 212 publications [6] , imprimées entre 1919 et 1925 [7] . Quant au nombre d’entrées, présentées en annexe, il s’élève à 146, reprenant les collections susnommées.  L’« édition principale » de la section occidentale comprend ainsi des œuvres de littérature française, belge, anglaise, américaine, hispano-américaine, allemande, italienne, espagnole et portugaise [8] . En revanche, elle n’offre aucune parution issue de la littérature nordique ou brésilienne, contrairement à l’« édition populaire », qui propose des auteurs suédois et danois, de même que deux écrivains hollandais, alors que la littérature néerlandaise n’avait pas été initialement prévue. Par contre, aucun écrit en littérature hispano-américaine n’a été édité dans cette collection. Des remarques analogues peuvent être formulées pour les « nouvelles de la littérature étrangère », qui proposent en outre un écrivain norvégien. Deux auteurs slaves et un écrivain indien font également partie de cette collection dans laquelle a aussi été imprimé un ouvrage général sur l’expressionnisme. Les entrées des collections « littérature de jeunesse » et « bibliothèque de la littérature mondiale », elles, se limitent aux littératures allemande, anglaise et américaine pour l’une et aux littératures grecques et latines pour l’autre. Cette dernière donnée est d’autant plus intéressante qu’aucune allusion n’avait été faite à cette partie de la littérature antique. Pour terminer, l’« édition principale » et l’« édition populaire » de la section orientale, ainsi que la « culture de l’Orient » regroupent, à la marge, des œuvres chinoises, arabes, turques, mongoles, japonaises et perses, dont les mentions éparses témoignent d’un fort écart avec la diversité imaginée au début du projet.

Force est aussi de constater que certains auteurs figurent dans plusieurs collections, à l’instar de Voltaire, Romain Rolland, Anatole France ou H.G. Wells, d’autres écrivains apparaissent dans ces mêmes collections alors qu’ils n’étaient pas mentionnés dans le catalogue d’origine. Tel est le cas, par exemple, de Pierre Hampe, Selma Lagerlöf, Upton Sinclair, O. Henry et Kasimir Edschmid et des auteurs hollandais, ce qui témoigne de l’intention des éditions « Littérature mondiale » de s’adapter au public de son époque ainsi qu’aux tendances politiques et intellectuelles qui vont souvent de pair. Il en est de même pour certaines œuvres composées après la Révolution d’Octobre, comme les deux premiers tomes de L’Âme enchantée de Rolland ou La Flamme immortelle de Wells. À l’inverse, la maison d’édition peut laisser paraître plusieurs fois le même titre dans différentes collections, notamment La Légende d’Ulenspiegel de Charles de Coster et Les Aventures de Tom Sawyer de Mark Twain.

La cessation d’activité des éditions « Littérature Mondiale » s’explique avant tout par son appropriation par la maison d’édition d’État, appelée Gosizdat, qu’évoque Gorki dans sa lettre à Rolland du 23 janvier 1925 :

Les Éditions de la littérature universelle, que j’avais fondées, et qui devaient éditer les meilleures œuvres de tous les pays d’Europe au xixe siècle – 4 000 volumes, dont 200 sont déjà sortis – viennent d’être “prises en charge” par les éditions d’État. Je suis convaincu qu’elles ne s’en tireront pas, car elles ne trouveront sans doute pas de collaborations parmi les gens qui y travaillaient jusqu’ici, et parmi leurs hommes – les communistes – il ne s’en trouvera pas aux éditions d’État d’assez instruits pour ce travail. J’en suis très peiné (Rolland, 1991, p. 156).

D’autres raisons, notées par la spécialiste de littérature russe Annie Epelboin, sont liées aux difficultés rencontrées par la maison d’édition, telles que le manque de papier, les ennuis personnels et politiques des contributeurs, la pression idéologique et l’exil de Gorki,. Ces obstacles permanents sont transcrits dans le récit humoristique de Zamiatine, écrit en 1924 et intitulé Brève histoire de la « Littérature Mondiale » de sa fondation à nos jours [Краткая история« Всемирной литературы » от основания и до сего дня] où les grands noms de la maison d’édition deviennent des figures de la Rome antique. Dans son Autobiographie [Автобиография], Zamiatine ne manquera d’ailleurs pas de préciser que le fait d’« éditer tous les classiques de tous les temps et de tous les peuples » [издать классиков всех времени всех народов] (Zamiatine, p. 27) fait partie des « projets pour le temps de paix » [всемирные затеи] (p. 27). Cette remarque peut expliquer l’échec de la maison d’éditions, fondée à une époque de troubles politiques et socioéconomiques.

L’idée de Gorki se verra reconsidérée en 1932 avec la fondation de l’Institut de littérature Gorki, rebaptisé Institut de la littérature mondiale Gorki en 1938. En outre, en 1937, le projet des éditions « Littérature Mondiale » sera repris et transformé en une « Bibliothèque de la littérature mondiale », constituée de 200 livres, sortis entre 1967 et 1977 et répartis en trois collections : la « littérature de l’Orient ancien, du monde antique, du Moyen Âge, de la Renaissance, des XVIIe et du XVIIIe siècles », la « littérature du XIXe siècle » et la « littérature du XXe siècle ».

La (re)mise en question de la bibliothèque mondiale

Au regard de l’échec de la bibliothèque mondiale de Gorki – et du projet de Rolland –, deux questions se posent. Premièrement, la réalisation d’une bibliothèque universelle peut-elle devenir réalité ou relève-t-elle de l’utopie ? Si nous considérons la nouvelle de l’écrivain de science-fiction allemand Carl Theodor Victor Kurd Laßwitz, publiée en 1904 et intitulée La bibliothèque universelle (Die Universalbibliothek], où le personnage du professeur Wallhausen s’efforce de « calculer combien de volumes contiendra la bibliothèque universelle » [ausrechnen, wieviel Bände die Universalbibliothek haben wird], nous pouvons douter de la possibilité de concrétiser un jour un tel projet dans la mesure où, premièrement, le bibliothécaire, pour trouver l’ouvrage demandé, ne disposerait pas du temps nécessaire à la satisfaction de la requête :

Ihr wißt, daß das Licht in einer Sekunde 300000 Kilometer durchläuft, also in einem Jahre ungefähr zehn Billionen Kilometer, was gleich einer Trillion Zentimeter ist. Wenn also der Bibliothekar mit der Geschwindigkeit des Lichtes an unserer Bändereihe entlang saust, so würde er doch zwei Jahre brauchen, um an einer einzigen Trillion Bände vorüber zu kommen. Und um an der ganzen Bibliothek entlang zu fahren, wären demnach doppelt soviel Jahre nötig, als eine Trillion in der Bändezahl enthalten ist, das gibt, wie vorhin gesagt, eine Eins mit 1999982 Nullen. Was ich damit nur verdeutlichen wollte: Man kann sich die Zahl der Jahre, die das Licht braucht, an der Bibliothek entlang zu laufen, ebensowenig vorstellen, wie die Zahl der Bände selbst. Und das zeigt wohl am klarsten, daß es vergebliche Mühe ist, sich von dieser Zahl eine Anschauung zu bilden, obwohl sie endlich ist.

Vous savez que la lumière parcourt 300 000 kilomètres en une seconde, donc, environ dix billions de kilomètres en un an, ce qui est égal à un trillion de centimètres. Ainsi, si le bibliothécaire filait le long de notre série de volumes à la vitesse de la lumière, il aurait besoin de deux ans pour passer devant un seul trillion de livres. Et pour longer la bibliothèque entière, le double de ces années serait par conséquent nécessaire, si un trillion est inclus dans le nombre de volumes, cela fait, comme je viens de le dire, le chiffre un avec 1 999 982 zéros. Ce que je voudrais seulement souligner par cela, c’est qu’on peut tout aussi peu s’imaginer le nombre d’années dont la lumière a besoin pour fuser le long de la bibliothèque que le nombre même des volumes. Et cela montre bien très clairement qu’il est peine perdue de se représenter ce nombre bien qu’il soit un nombre fini. (Notre traduction)

En outre, il serait difficile de trouver un emplacement suffisamment grand pour contenir tous les livres de la bibliothèque, lequel, de toute façon, dépasse l’entendement :

Wenn wir die ganze Bibliothek zusammenpackten, so daß 1000 Bände auf ein Kubikmeter kommen, so würde, um sie zu fassen, der ganze Weltraum bis zu den fernsten uns sichtbaren Nebelflecken so oft genommen werden müssen, daß auch diese Zahl der vollgepackten Welträume nur einige 60 Nullen weniger hätte, als die 1 mit den zwei Millionen Nullen, die unsre Bändezahl angibt.

Si nous enveloppions toute la bibliothèque de manière à ce que 1 000 volumes entrent dans un mètre cube, l’espace entier – jusqu’aux marques de brouillard les plus lointains visibles à l’œil – devrait, pour la contenir, être pris aussi souvent que si ce nombre des espaces empaquetés avait seulement environ 60 zéros de moins que le chiffre un avec les deux millions de zéros que donne notre nombre de volumes. (Notre traduction)

Néanmoins, à l’heure de l’internet, une telle bibliothèque ne paraît à ce point chimérique qu’au début du XXe siècle ou encore à l’époque de Jorge Luis Borges et de sa Bibliothèque de Babel (1941). Certains chercheurs, tel que Frédéric Barbe, auteur de la thèse intitulée Géographie de la bibliothèque mondiale, les échelles de la littératie (2012), mentionne en effet trois bibliothèques mondiales numériques : la bibliothèque publique de l’UNESCO, créée en 2009 et réunissant environ 6 000 documents rares et à haute valeur patrimoniale ; la bibliothèque privée répondant au nom de Google Books, fondée en 2004 et rassemblant plus de 25 millions de titres ; « le web + les autres utilités électroniques comme le courrier, la téléphonie, les forums, le peer-to-peer » (p. 36).

Deuxièmement, si l’on admet qu’une telle bibliothèque mondiale est envisageable, surtout grâce aux technologies du XXIe siècle, doit-elle vraiment être complète et inclure l’ensemble des œuvres des cinq continents ou bien doit-elle davantage correspondre aux goûts de chacun, comme c’était le cas des tentatives effectuées par Gorki – et ses collaborateurs – et Rolland ? De fait, comme le précise Hesse, il ne s’agit pas de constituer une bibliothèque exhaustive, étant donné que « personne ne pourra étudier et connaître intégralement la littérature de l’une des grandes nations civilisées, et à plus forte raison celle de l’humanité tout entière » [niemand könnte jemals die gesamte Litaratur auch nur eines einzigen großen Kulturvolkes völlig durchstudieren und kennenlernen, geschweige denn die der ganzen Menschheit] (Hesse, 1946, p. 12). En revanche, « il importe pour le lecteur entretenant un rapport vivant avec la littérature universelle, d’apprendre avant tout à se connaître pour savoir quels textes le toucheront : il n’a pas à suivre un schéma ou un programme culturel ! Il doit emprunter le chemin de l’amour, non celui du devoir » [Wichtig für ein lebendiges Verhältnis des Lesers zur Weltliteratur ist vor allem, daß er sich selbst und damit die Werke, die auf ihn besonders wirken, kennenlerne und nicht irgendeinem Schema oder Bildungsprogramm folge! Er muß den Weg der Liebe gehen, nicht den der Pflicht] (p. 15).

C’est sur l’acquisition et l’organisation d’une telle bibliothèque que nous souhaitons conclure notre propos en prenant l’exemple de la bibliothèque personnelle de Gorki, sise dans sa maison de Moscou sur Malaja Nikitskaja où il passa ses dernières années (1931-1936) et offerte à l’Institut de la littérature mondiale en 1965. Composée d’environ 10 000 titres et formée tout au long de sa vie, même pendant son exil en Allemagne et en Italie, la bibliothèque de l’écrivain « permet de découvrir l’écrivain dans une perspective historique réelle, dans ses rapports et relations à la culture mondiale » [9] [позволяет увидеть писателя в реальной исторической перспективе, в его связах и отношениях совсей мировой культурой] (Bykovceva, Krjukova, 1981, p. 3). Gorki y a lui-même classé ses livres par thématiques [10] : histoire de la philosophie (250 livres) ; folklore, ethnographie, linguistique (550 livres), littérature russe du XVIIIe au XXesiècle et littérature soviétique. Prose (1370 livres) ; littérature étrangère du XIXe au XXe siècle (780 livres) ; poésie. Russe et étrangère (1 100 livres) ; histoire de la littérature russe. Études littéraires, critique, mémoires  (634 livres) ; histoire des littératures étrangères (340 livres) ; « histoire des villes » (287 livres) ; « vie des grands hommes » (90 livres) ; « histoire des femmes ». Divers (22 livres) ; histoire des arts ; géographie ; « histoire des fabriques et des usines ». Revues. Divers (50 livres) ; œuvres de K. Marx, F. Engels, B. I. Lénine (250 livres) ; littérature politique ; encyclopédies, dictionnaires, annuaires ; sciences naturelles, Academia (histoire de la littérature mondiale dans ses meilleurs exemplaires) ; histoire de la religion et athéisme ; revues ; sciences et philosophie ; histoire du mouvement révolutionnaire ; agriculture ; numismatique ; histoire de la Russie (838 livres) ; histoire universelle (530 livres). À cette bibliothèque appartiennent également les livres restés sur le bureau de l’écrivain, dans sa chambre ou se trouvant dans sa datcha. Malgré la multitude de livres, il convient toutefois de noter que Gorki n’est pas un bibliophile et peut donc se séparer de ses livres pour les offrir, si besoin est.

 

Annexe
Édition principale
Littérature française Honoré de Balzac, Voltaire, Frères Goncourt, Victor Hugo, Émile Zola, Alain-René Lesage, Marat, Prosper Mérimée, Guy de Maupassant, Henri de Régnier, Romain Rolland, Stendhal, Gustave Flaubert, Anatole France, La Révolution française au front et en province
Littérature belge Émile Verhaeren, Charles de Coster, Camille Lemonnier
Littérature anglaise Lord Byron, Charles Dickens, Joseph Conrad, H.G. Wells, Bernard Shaw
Littérature américaine Edgar Poe, Upton Sinclair, Walt Whitman
Littérature hispano-américaine Enrique Larreta
Littérature allemande Lily Braun, Georg Büchner, Heinrich Heine, Johann Gottfried von Herder, Johann Wolfgang von Goethe, E.T.A. Hoffmann, Franz Grillparzer, Heinrich von Kleist, Konrad Ferdinand Meyer, Novalis
Littérature italienne Gabriele d’Annunzio, Sem Benelli, Carlo Goldoni, Carlo Gozzi
Littérature espagnole Benito Pérez Galdós, Blasco Ibáñez
Littérature portugaise José Maria de Eça de Queirós
Littérature d’Orient Tagore, Principes de la traduction artistique
Édition populaire
Littérature française Béranger, Voltaire, Victor Hugo, Alphonse Daudet, Octave Mirbeau, Jules Michelet, Guy de Maupassant, Anatole France
Littérature belge Charles de Coster
Littérature anglaise James Barrie, Charles Dickens, Henry Rider Haggard, Robert Southey, Walter Scott, Laurence Sterne, Oscar Wilde, H.G. Wells, Ballades de Robin des Bois
Littérature américaine Jack London, Mark Twain
Littérature allemande Wilhelm Jensen, Konrad Ferdinand Meyer, Adelbert von Chamisso, Friedrich von Schiller, Heinrich Federer
Littérature italienne Gabriele d’Annunzio, Grazia Deledda
Littérature espagnole Blasco Ibáñez, Gregorio Martínez-Sierra
Littérature portugaise Alexandre Herculano
Littérature suédoise Gustaf af Geijerstam, Ludvig Nordström
Littérature danoise Herman Bang, Jürgen Jurgensen
Littérature hollandaise Herman Heijermans, Multatuli
Nouvelles de la littérature étrangère
Littérature française Pierre Hampe, Pierre Benoit, Victor Cyril, Henri Béraud, Louis Delluc, Georges Duhamel, René Maran, Magdeleine Marx, Francis de Miomandre, Romain Rolland, Jules Romains, Anatole France
Littérature belge Maurice Maeterlinck
Littérature anglaise Joseph Conrad, John Masefield, John M. Synge, H.G. Wells, Gilbert Chesterton, Bernard Shaw
Littérature américaine O. Henry, Upton Sinclair
Littérature allemande Franz Werfel, Gerhard Hauptmann, Ewald Seliger, Kurd Lasswitz, Gustav Meyrink, Erich Scheurmann, Fritz von Unruh, Leonhard Frank, Ludwig Fulda, Carl Sternheim, Kasimir Edschmid, Kurt Eisner
Littérature italienne Gabriele d’Annunzio, Giovanni Papini
Littérature suédoise Selma Lagerlöf
Littérature norvégienne Knut Hamsun
Littérature danoise Harald Bergstedt
Littérature hollandaise Henriette Roland Holst
Littérature slave Stanisław Brzozowski, Andrzej Strug
Littérature d’Orient Tagore
Expressionnisme
Série de la littérature de jeunesse
Littérature allemande Wilhelm Hauff, Rudolf Raspe
Littérature anglaise Daniel Defoe, Petites chansons anglaises pour les enfants
Littérature américaine Mark Twain
Bibliothèque de la littérature mondiale
Littérature grecque et latine Pétrone, Achille Tatius
Édition principale (Orient)
Littérature chinoise Pu Songling
Littérature arabe Ibn Tufayl, Usâma ibn Munqidh
Littérature turque Samipaşazade Sezai
Littérature mongole Recueil de contes mongols et oïrates, Épopée héroïque mongole et oïrate
Édition populaire (Orient)
Littérature japonaise Ise Monogatari
Littérature perse Saadi
Littérature arabe Sagesses de Loqmân
Littérature chinoise Anthologie de lyrisme chinois
Culture de l’Orient
Vsevolod Avdiev, Boris Bogaevski, Ilya Borozdine

Littérature d’Orient

Bibliographie

  • BARBE Frédéric, Géographie de la bibliothèque mondiale, les échelles de la littératie, Géographie, Université Rennes 2, 2012.

  • BYKOVCEVA Lidija et KRJUKOVA Alisa, Ličnaja biblioteka M. Gor’kogo v Moskve, Moskva, Nauka, 1981.

  • EPELBOIN Annie, « Littérature mondiale et Révolution », dans Christophe Pradeau et Tiphaine Samoyault (dir.), Où est la littérature mondiale ?, Saint-Denis, Presses universitaires de Vincennes, 2005, p. 39-49.

  • GORKY Maksim, Katalog izdatel’stva «Vsemirnaja literatura» pri narodnom komissariate po prosvešeniju / Catalogue des éditions de la « littérature mondiale » paraissant sous le patronage du commissariat de l’Instruction publique, Peterburg, 1919.

  • HESSE Hermann, Eine Bibliothek der Weltliteratur, Zürich, Werner Classen, 1946.

  • LASSWITZ Kurd, Bis zum Nullpunkt des Seins und andere Science-Fiction-Erzählungen, en ligne, 2001, URL : www.projekt-gutenberg.org/lasswitz/nullpunk/chap010.html.

  • MEYLAN Jean-Pierre, « Der Plan einer “Weltbibliothek” von Romain Rolland und seinem Schweizer Verleger und Mäzen Emil Roniger, 1922-1926 », Librarivm: Zeitschrift der Schweizerischen Bibliophilen-Gesellschaft, no 53, 2010, p. 3-13.

  • MEYLAN Jean-Pierre, « Le projet d’une “Weltbibliothek” et d’une “Maison internationale des Amis” (1922-1926) », Cahiers de Brèves, n° 23, juin 2009, p. 25-27.

  • ROLLAND Romain, Correspondance entre Romain Rolland et Maxime Gorki. 1916-1936, Paris, Albin Michel, 1991.

  • TIHONOV Aleksandr, « Spisok knig, vypuŝennyh “Vsemirnoj literaturoj” s 1919 po 1925 god », en ligne, 1925, URL : https://vsemirka-doc.ru/tsifrovoj-arkhiv/spiski-knig/349-spisok-knig-vypushchennykh-vsemirnoj-literaturoj-s-1919-po-1925-god.

  • ZAMJATIN Evgenij, Sobranie sočinenij. Uezdnoe, t.1, Moskva, Russkaja kniga, 2003.

Notes

  • [1]

    La préface du catalogue est non seulement écrite en russe et traduite en français, mais aussi en anglais et en allemand.

  • [2]

    La liste se termine par la locution « etc. ».

  • [3]

    Dans la version originale du catalogue, les titres russe sont indiqués entre guillemets et non en italique. Les titres français ne comportent pas de guillemets et ne sont pas en italique.

  • [4]

    Les entrées y sont plus difficilement comptabilisables du fait d’une présentation différente de celle du catalogue occidental.

  • [5]

    À ces collections s’ajoutent deux revues : L’Orient [Восток] et L’Occident contemporain [Современный Запад].

  • [6]

    Le nombre de publications s’élève à 223 lorsque l’on compte l’édition des numéros des revues susmentionnées.

  • [7]

    La liste des publications conservées aux archives répertorie les livres édités jusqu’en 1925, ce qui peut s’expliquer par le fait que quelques œuvres restaient à paraître.

  • [8]

    Il peut également paraître surprenant que cette collection consacrée à la littérature occidentale comprenne deux entrées dédiées à la littérature d’Orient, qui dispose pourtant de trois collections spéciales.

  • [9]

    Notre traduction.

  • [10]

    Les titres cités entre guillemets sont nés de la logique des chercheurs, inspirés par les catégories de Gorki.

Pour citer cet article

Alexia Gassin, « La création d’une bibliothèque mondiale : un projet réalisable ? », dans Yvan Daniel et Gaëlle Loisel (éd.), Littératures et mondialisation. Actes du 44e congrès de la SFLGC, 2026, URL : https://sflgc.org/acte/gassin-alexia-la-creation-dune-bibliotheque-mondiale-un-projet-realisable/, page consultée le 12 Juillet 2026.

Biographie de l'auteur

GASSIN, Alexia

Alexia Gassin est titulaire d’une HDR en Sciences du langage (Université Bourgogne Europe), double Docteure en Études slaves et en Linguistique (Sorbonne Université), professeure agrégée d’allemand, formatrice académique à l’INSPÉ de Caen et chargée d’enseignement à l’Université de Caen Normandie et à Sciences Po Rennes. Elle est l’auteure de la monographie L’œuvre de Vladimir Nabokov au regard de la culture et de l’art allemands. Survivances de l’expressionnisme (Peter Lang, 2016) et la codirectrice de l’ouvrage L’effacement selon Nabokov. Lolita versus The Original of Laura (PUFR, 2014). Ses recherches et publications reposent sur une approche multidisciplinaire et comparatiste de la littérature et des arts. Elles portent, entre autres, sur l’étude des transferts russo-allemands et la didactique des langues. Ses dernières recherches portent sur l’œuvre de Romain Rolland ainsi que sur la Grande Guerre.