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Appel à articles pour le second numéro de la revue Pagaille
: 15/01/2020
: revue Pagaille
: http://revue-pagaille.fr
Appel à articles 

Revue Pagaille n°2

« Bibliothèque numérique et intelligence collective : 

la révolution numérique est-elle le sacre des “humanités”  ? »

 

Présentation de la revue :

Pagaille est une revue numérique biannuelle indépendante de littératures et médias comparés, fondée par des chercheuses et chercheurs en littératures comparées. Elle a pour objectif de promouvoir l’approche comparatiste dans le champ des sciences humaines et sociales. Comme son nom l’indique, la revue entend explorer des champs particulièrement riches de la recherche actuelle, des espaces intellectuels en pagailleau sein desquels le comparatisme entend se frayer un chemin et apporter un éclairage spécifique. À ce titre, les démarches inter-, intra-, et transmédiales ont toute leur place dans la revue.

Corps de l’appel :

Pour les études littéraires, le numérique constitue un nouveau continent que la critique doit à présent explorer voire conquérir. Incarnation postmoderne de la bibliothèque de Babel, le monde numérique mêle la diversité des langues humaines à la multiplicité des formats informatiques (langages de programmation, interopérabilité des logiciels, formats de fichiers, etc.). Ce bouleversement technologique provoque une évolution du statut du texte, ainsi que de la fonction auteur. Une redéfinition des principes d'auctorialité hérités du marché du livre occidental s'impose. Dans quelle mesure cela transforme-t-il les modalités selon lesquelles s'interprètent les œuvres ? N’est-il pas temps de constituer un comparatisme transmédiatique afin de renouveler les cadres théoriques de l’interprétation des textes ?

L’enjeu de ce numéro est de porter un regard critique sur les principes scientifiques aux fondements des outils numériques susceptibles d'être employés dans le cadre de la recherche en lettres et sciences humaines. Cette publication fait suite à la journée d’études sur le même sujet qui a eu lieu en juin 2019 à l’Université Paris Nanterre.

Les propositions d’articles pourront s'inscrire dans un ou plusieurs des trois axes suivants, sans nécessairement s'y limiter :

I. Le numérique est-il le rêve des humanités ?

Le concept d'humanités, de la Renaissance au romantisme

Dans un souci de diachronie, il paraît profitable de revenir sur l'histoire des notions d'humanitéset d’humanismeà travers les grands mouvements artistiques et philosophiques. Cela permettra notamment d’esquisser une archéologie des usages de ce terme d’humanitésqui connaît un véritable regain théorique à travers la diffusion de l’expression  d’« humanités numériques » .

La conceptualisation problématique d'un « humanisme numérique »

Le retour en force de la notion d'humanitésau moment du passage à l'ère numérique charrie avec lui les impensés de l'idéologie humaniste, déjà prégnante au sein de la culture du Livre. Les cultural studies, au premier rang desquelles la théorie postcoloniale, n'ont eu de cesse d'interroger les caractéristiques de cet « humain »  tant vanté par les humanités. En cela, les humanités numériques représentent-elles réellement un nouvel idéal du savoir ? Sont-elles en mesure d'« humaniser » le numérique ? Ne constituent-elles pas au contraire la réincarnation 2.0 d’un vieil humanisme ?

II. Comment le texte numérique s'interprète-t-il ?

Fragmentation du texte et distant reading: Contrairement au texte numérisé (qui conserve les propriétés d'organisation du médium papier), le texte numérique se caractérise par sa dimension fragmentaire, supposant de nouveaux modes interprétatifs. Les bibliothèques numériques n’obéissent pas aux mêmes principes que leurs illustres prédécesseures, ne serait-ce qu’en raison de la transformation des manières de lire, de rechercher et de consulter des ouvrages. Dans la lignée des travaux récents autour de la matérialité du support, il s'agira de s'interroger sur les enjeux théoriques de cette mutation des pratiques de lecture.

III. Les humanités ne servent-elles qu'à transmettre et à conserver ?

La folksonomie, ou l'indexation horizontale au service de l’intelligence collective

Associé à l'avènement du Web 2.0, qui se veut plus participatif que ne l'était le Web 1.0, le principe de la folksonomie s'est propagé sur l'ensemble d’Internet. De Facebook à Twitter en passant par Youtube, les hashtags et autres étiquettes se sont imposés pour le référencement des données. Dès lors, comment la recherche scientifique peut-elle, à son tour, faire de cette forme d’intelligence collective un nouveau langage de production de savoir ?

Subversives ou « disruptives» ? Les humanités numériques à l'épreuve de la start-up nation

Les facilités de partage permises par le numérique pourraient laisser espérer une démocratisation de l'activité interprétative, elle-même liée à un accès facilité aux textes et aux ressources. Le fonctionnement de cette bibliothèque numérique qu’est Internet serait censé permettre la réalisation de l’idéal d’une intelligence collective au service du bien commun, et de l’avancée des savoirs. En effet, la structuration des communautés interprétatives en fandoms, espaces d’érudition et de créativité mêlés, ne dessine-t-elle pas une nouvelle médiapolitique des savoirs ? Des forums de discussion aux blogs personnels, il semblerait que l’on assiste à un détournement des hiérarchies usuelles associées à une vision élitiste du savoir. Mais, dans le même temps, quel humanisme voir dans les politiques commerciales des géants du Web, de ces fameux GAFA dont les choix influent sur la visibilité des corpus ?

Modalités de soumission :

  • Les propositions d’articles entre 3000 et5000 signes, accompagnées d’une bio-bibliographieet de 5 mots-clés, sont à envoyer avant le 15 janvier 2020à l’adresse mail suivante : contact@revue-pagaille.fr

  • Les notifications aux auteurs seront envoyées à partir de fin janvier 2020.

  • L’article (de 35 000 à 45 000 signes espaces compris) sera à envoyer début juin 2020 pour évaluation en double aveugle par le comité scientifique.

  • La publication du numéro est prévue en juin 2021 sur le site de la revue : http://revue-pagaille.fr


Comité scientifique :

  • Michel Bernard (Université Sorbonne-Nouvelle)

  • Baptiste Bohet (Université Sorbonne-Nouvelle)

  • Yvan Daniel (Université Clermont Auvergne)

  • Milad Doueihi (Université Paris Sorbonne)

  • Gaëlle Debeaux (Université Rennes 2)

  • Alexandre Gefen (CNRS)

  • Anaïs Guilet (Université Savoie Mont Blanc)

  • Mathieu de la Gorce (Université Paris Nanterre)

  • Serge Linkès (Université de La Rochelle)

  • Alain Sandrier (Université de Caen)

  • Julien Schuh (Université Paris Nanterre)


Comité de rédaction : 

  • Manon Amandio (Université Paris Nanterre)

  • Julie Brugier (Université Paris Nanterre)

  • Hélène Dubail (Université Paris Nanterre)

  • Amandine Lebarbier (Université Paris Nanterre)

  • Sébastien Wit (Université de Picardie Jules Verne)


Bibliographie indicative :

BARTSCHERER, Thomas et COOVER, Roderick (dir.), Switching Codes: Thinking Through Digital Technology in the Humanities and the Arts, Chicago, University of Chicago Press, 2011

BERNARD, Michel et BOHET, Baptiste, Littérométrie. Outils numériques pour l’analyse des textes littéraires, Paris, Presses de la Sorbonne Nouvelle, 2017

BERRY, David M. (dir.), Understanding Digital Humanities, Houndmills/New York, Palgrave Macmillan, 2012

CITTON, Yves, « Humanités numériques. Une médiapolitique des savoirs encore à inventer »  dans Multitudes, vol. 59, n° 2, 2015, p. 169-180 <https://www.cairn.info/revue-multitudes-2015-2-page-169.html>

CITTON, Yves, Médiarchie, Paris, Seuil, 2017

CITTON, Yves et JULIEN-SAAVEDRA,  Quentin (trad.), « Manifeste pour des humanités numériques 2.0 »  dans Multitudes, vol. 59, n° 2, 2015, p. 181-195 <https://www.cairn.info/revue-multitudes-2015-2-page-181.htm>

DOUEIHI, Milad, « Quelles humanités numériques ? »  dans Critique, n° 819-820, 2015, p. 704-711 <https://www.cairn.info/revue-critique-2015-8-page-704.htm>

DOUEIHI, Milad, Pour un humanisme numérique, Paris, Seuil, 2011

GEFEN, Alexandre, « Les enjeux épistémologiques des humanités numériques »  dans Socio, n° 4, 2015 <http://journals.openedition.org/socio/1296>

GEFEN, Alexandre, « Des humanités numériques en 2017 » dans Mélanges de la Casa de Velázquez, vol. 47, n° 2, 2017, p. 315-318 <https://journals.openedition.org/mcv/7957>

GOODWIN, Jonathan et HOLBO, John, Reading Graphs, Maps, Trees: Responses to Franco Moretti,  Anderson, Parlor Press, 2011

HAYLES, N. Katherine,  Lire et penser en milieux numériques : attention, récits, technogenèse, trad. Christophe Degoutin, Grenoble, ELLUG, 2016

HAYLES, N. Katherine et PRESSMAN, Jessica (dir.), Comparative Textual Media: Transforming the Humanities in the Postprint Era, Minneapolis/London, University of Minnesota Press, 2013

MORETTI, Franco, Graphs, Maps, Trees: Abstract Models for a Literary History, London, Verso, 2005

MORETTI, Franco, Distant Reading, London, Verso, 2013

MOUNIER, Pierre, Les Humanités numériques : une histoire critique, Paris, Éditions de la Maison des sciences de l'homme, 2018

SAÏD, Edward W., Humanisme et démocratie, trad. Christian Calliyannis, Paris, Fayard, 2005

SPIVAK, Gayatri Chakravorty, Death of a Discipline, New York, Columbia University Press, 2003

STIEGLER, Bernard (dir.), Digital studies : organologie des savoirs et technologies de la connaissance, Limoges/Paris, FYP/IRI, 2014
: Amandine Lebarbier