parution

Mylene Farmer pour comprendre…Baudelaire, Poe, Rimbaud, Jünger et Melville
: Michel Arouimi
: fr
: 9782378481339
: Camion Blanc, 2019
: Camion Blanc, 2019
Mylène FARMER pour comprendre : BAUDELAIRE, EDGAR POE, RIMBAUD, ENRST JÜNGER, MELVILLE. Camion Blanc, 2019, ill. , 305 p.

Les spécialistes de Baudelaire et de Rimbaud, mais encore d’Edgar Poe, si estimé par ces deux poètes français, de même que les bons connaisseurs de l’œuvre d’Ernst Jünger, ou celle d’Herman Melville, qui fut un modèle de ce dernier, pourraient s’étonner de la survivance de leurs œuvres dans les si nombreuses chansons dont Mylène Farmer a écrit les paroles. Car ces œuvres, poèmes ou récits, ont laissé des traces dans la mémoire de Mylène qui, dans un jeu subtil de citations, modifie l’image que nous en avons. Mylène réinjecte en effet dans ces œuvres une composante spirituelle que la critique moderne leur refuse.

L’idée de cet ouvrage est née des deux poèmes fameux de Baudelaire, intégrés dans deux albums différents par Mylène Farmer, à trente années d’écart. Le premier, Ainsi soit je…, commence par une récitation sur un fond musical du poème L’Horloge. La troisième chanson de cet album, « Allan », fait référence à plusieurs nouvelles de Poe, traduites par Baudelaire. L’ensemble de l’album recreuse en fait, en leur donnant des couleurs très modernes, les problèmes qui agitaient l’esprit de Baudelaire et de Poe… Mylène semble avoir médité leurs essais, moins connus du grand public.

Rimbaud est avantagé par les deux parties de cet ouvrage qui lui sont consacrées. Les six parties de cet ouvrage regroupent chacune plusieurs chapitres titrés. La mention du Bateau ivre, dans une chanson assez récente de Mylène est l’indice d’une dépendance littéraire complexe. L’étude de cette dépendance est le prétexte d’une lecture très fouillée de la forme textuelle, dans un chapitre de cet ouvrage, du Bateau ivre. Non moins intrigante, dans une autre chanson, la « divine image » que Mylène a cette fois empruntée à Une saison en enfer (« Mauvais sang »). Cette chanson, sorte de synthèse des travers humains fustigés par Rimbaud dans Une saison en enfer, est le révélateur de l’érotisme diffus, jamais souligné par ses commentateurs, de ces passages d’Une saison en enfer. Avec leur finesse impalpable, les souvenirs entrecroisés des écrits de Rimbaud et ceux de Baudelaire dans une seule chanson, expriment tout de l’admiration que Rimbaud vouait à Baudelaire, à quelques nuances près… dont témoigne cette chanson !

Cet hommage de Mylène Farmer à ces grands repères littéraires prend d’autres formes dans sa production, à commencer par l’imagerie de ses albums : autant de représentations plastiques du mimétisme, abhorré par Baudelaire (ce travers humain est thématisé dans certaines chansons). Les élans spirituels de Mylène butent sur les mauvais aspects de ce penchant humain, dont la violence trouverait son remède dans l’approche du sacré qui se dessine dans certaines chansons.

Cet ouvrage qui complète une première étude de l’univers de la chanteuse, parue chez Hermann en 2016, est essentiellement réservé à cette innutrition littéraire diversifiée. Laquelle incite à une relecture des œuvres majeures de ces poètes auxquels se mesure l’esprit et non pas la plume de Mylène : si elle n’a rien de la magie de ses modèles, cette plume ne fait que suggérer des questions sur le sens de leur parole.

L’intérêt de cet ouvrage ne se limite pas aux réminiscences littéraires avérées ou très probables de Mylène Farmer. L’univers poétique de la chanteuse, du moins dans un de ses récents albums Interstellaires, se rapproche en effet, par maintes coïncidences, de celui de Melville dans Billy Budd. Les photos de cet album participent à cette analogie, suggérée par les vers très brefs d’une seule chanson. Le mystère est celui de l’inspiration, commune aux artistes les plus différents, qui implique une certaine idée du sacré. Ce mystère est abordé par une voie imprévue, avec le commentaire d’une photo inédite de Ernst Jünger, prise en même temps que Mylène enregistrait l’album si marqué par les Orages d’acier. Quoi qu’il en soit, l’attrait de cet ouvrage est augmenté par ses nombreuses illustrations (dont M. Arouimi n’est pas l’auteur): peintures, dessins inédits, adaptés aux commentaires des œuvres étudiées.