Actes & Volumes collectifs

Deux des 560 écrivains-soldats victimes de la Grande Guerre : les Occitans Jean-Baptiste Bégarie (1892-1915), Gascon, et Jean-Marc Bernard (1881-1915), Drômois

ARTICLE

Périphéries portugaises

Oui, cette Guerre, hélas, fut grande et vaste, et plus vaste qu’on ne croit, jusque sur de lointaines périphéries et confins, inattendus, et point seulement les Dardanelles. Sait-on que le Portugal, dont l’opinion était divisée, qui mobilisera pour finir 30 000 hommes en Afrique et 75 000 en Flandre française, saisi lui-même d’abord en porte-à-faux entre neutralité [1] et engagement (du fait de sa traditionnelle alliance avec le Royaume-Uni), s’est tout de suite trouvé embarqué là-dedans en Afrique Australe pour y défendre ses colonies (sud de l’Angola avec défaite de Naulila, nord du Mozambique avec défaite de Nevala) contre de frontalières et bien provisoires colonies allemandes aujourd’hui bien oubliées (Sud-Ouest Allemand, actuelle Namibie, Afrique Orientale Allemande, actuelle Tanzanie), qu’il y eut très vite batailles et morts là-bas, souvent dus à la maladie, dès 1914, alors que l’Allemagne ne déclarera officiellement la guerre au Portugal que le 9 mars 1916 ? L’engagement en Flandre est-il davantage connu, où ce petit pays, bien pauvre à l’époque (pour compliquer les choses), envoya un détachement en 1917 ? Au monastère-panthéon national de Batalha, dans le centre du pays, édifié non loin du site et en l’honneur de la victoire d’Aljubarrota (1385), qui décida de l’indépendance naissante à l’égard de la voisine Castille, il est, côte à côte, depuis le 9 avril 1921 et une grandiose cérémonie, deux tombeaux jumeaux de soldats inconnus, l’un d’un soldat de Flandre, l’autre d’un soldat d’Afrique (Mozambique, en l’occurrence). Soldat inconnu d’une guerre inconnue avec un empire colonial oublié et inconnu ; épisode africain lui-même oublié, comme frappé de diglossie : la première fois que j’en aie entendu parler, ce fut en septembre 2014 dans une caserne de Caldas da Rainha dont le monument aux morts dédié aux victimes la Grande Guerre mentionnait l’Afrique, sans que je comprisse d’abord de quoi il pût bien s’agir.

Un grand historien portugais, partisan de l’engament du Portugal, Jaime Cortesão (1884-1960), fut même mêlé de près à cette Guerre comme capitaine médecin volontaire du Corps Expéditionnaire Portugais, en particulier lors de la défaite de la Lys dans le secteur d’Ypres en Flandre (9 avril 1918), le plus grand désastre militaire portugais après celui de Ksar el Kébir (Alcaçarquivir en portugais) au Maroc contre les Maures en 1578 [2] . Il faudrait beaucoup citer, et citer en portugais (il y a une façon bien portugaise de dire adieu à sa mère au moment suprême loin d’elle), de ses Mémoires de la Grande Guerre (1916-1919) [3] en souvenir d’un Corps Expéditionnaire un peu trop oublié, même si de vrais monuments, qu’il faut parfois un peu chercher, nous rappellent ce sacrifice et même, en cette période de centenaire, quelques expositions dans le pays profond (de Leiria, capitale de « district », notre département, avec « Le Portugal et la Grande Guerre », à Pedrógão Grande, petite ville excentrée de ce même district, avec « La Grande Guerre et la Littérature ») où l’on mène d’émouvantes petites cohortes de collégiens attentifs. La littérature, qui fut d’abord hors circuit à l’hôpital ou dans la boue, se trouvera finalement encore là pour ne pas oublier et pour nous empêcher d’oublier distraitement tout à fait l’inoubliable d’une terrible bataille inconnue (inconnue en France). Il n’est pas mauvais que l’un des témoins en soit un jeune médecin, lui-même convalescent et se comparant à Lazare (le grand saint de ce genre de chose) et futur grand historien – bien que l’ouvrage le plus célèbre sur le sujet soit sans doute le témoignage du dramaturge, par ailleurs humoriste, André Brun (1881-1926), A malta das trincheiras (« La Clique des tranchées »), ou le titre le plus célèbre, celui d’un fado patriotique et douloureux, le Fado das trincheiras, « le Fado des tranchées », par la suite popularisé par le chanteur Fernando Farinha (1928-1988) :

Le soldat dans la tranchée, ce n’est rien qu’une taupe.

Il vit dessous la terre.

Il n’a la joie de guetter la lumière du jour

Qu’à travers la bouche d’un canon. […]

Refrain :

On rampe comme des crapauds, avec les uniformes en morceaux

Sur la terre de personne.

Mais ci-dedans la pensée, court plus haut que le vent

En volant vers notre mère. […] [4]

Mentionnons aussi un Arquivo poético da Grande Guerra de Rogério de Almeida Russo [5] , qui mériterait une communication spécifique, recueil de poèmes souvent réalistes et poignants, écrits dans la tranchée ou le camp de prisonniers après la défaite de la Lys. Y figure par exemple un poème d’Hernâni Cidade (1887-1975), futur universitaire et grand historien de la littérature portugaise, avec ces pauvres, pauvres vers de prisonnier, à citer derechef en portugais (et qu’on est là loin de la future chaire d’université ou de l’épique et élégiaque Camoens qu’il y étudiera, si en fait il ne s’agissait encore et toujours de la fameuse saudade [6] portugaise !) : « “ Ah maman, maman, / C’est que l’on meurt sans personne. ”/ Et la mort passait et voyait. / Notre Père, Ave Maria ! ... » [« “ Ai minha mãe, minha mãe, / Que morremos sem ninguém ” »  / E a morte passava e via. / - Padre Nosso, Ave Maria!... »].

En première page d’un journal local exposé dans le chef-lieu du district, Leiria ilustrada, on pouvait lire, à la date du 8 août 1914, pour saluer la déclaration de guerre [7] , ces mots particulièrement lucides, plus lucides en tout cas que tant et tant d’enthousiasmes soudains prévoyant un conflit court et même joyeux : « et personne ne peut avec certitude prévoir les conséquences qu’elle amènera dans son ventre de destruction et de mort. » Oui, les conséquences : les gaz, un conflit statique, interminable, une nouvelle carte du monde, de l’homme, un nouveau siècle, tragique, le surréalisme… et une seconde guerre mondiale à surgir, à peine à retardement, de celle-ci.

Je terminerai cet hommage au Portugal en guerre par deux gestes, et même deux gestes de l’art, bouleversants, d’inégale importance. D’abord, cette chapelle coquette (à muet clocheton et fente jaune destinée à recueillir l’offrande de nos piécettes) de minuscule hameau, Castanheira de Figueiró, toujours aux limites du « district » de Leiria, où l’on peut lire :

Cette chapelle a été construite en 1920 par Cesário Francisco en accomplissement de la promesse faite à Sainte Lucie (Luzia), s’il survivait aux blessures subies dans la première grande guerre de 1914 à 1918.

A été restaurée en 2009 sous influence et participation de ses enfants, commune et mairie de Figueiró dos Vinhos. » (traduction littérale)

Et de fait Sainte Luzia, la vierge syracusaine martyrisée en 304, figure bel et bien là, au centre de trois autres pieuses statues, très reconnaissable avec sa palme verte de martyre au fond de sa petite chapelle de petite « Place Cesário Francisco 1893-1952 ». Ensuite, « le Christ des tranchées ». De quoi s’agit-il ? Il s’agit du crucifix du village de Neuve-Chapelle lors de la bataille de la Lys, que le Portugal aura la juste idée de demander à la France et de placer dans le monastère national de Batalha au-dessus des tombes des deux soldats inconnus dont on vient de parler. Mais le plus bouleversant, c’est que ce Christ ait lui-même souffert de la bataille, que ses jambes en restent à jamais cisaillées aux genoux, qu’il y ait perdu sa main droite et qu’une balle ait traversé sa poitrine. Il est des sculptures de Michel-Ange plus belles de rester inachevées, à l’aube même de leur vie ; mais un Christ deux fois mort, mutilé par la souffrance même (ou la folie) des hommes, levant ce qui lui reste de bras, c’est une forme suprême d’art, involontaire, plus forte que le quelconque crucifix de plein air qu’il fut au départ, à moins d’y voir l’alibi et le symbole mêmes du destin, ou de Dieu, si nous y croyons, du moins un instant, définitif, à titre allégorique – d’autant que c’est le 4 avril 1958, un Vendredi saint, qu’il arrivait en avion à Lisbonne pour rejoindre son dernier site à Batalha le 9, quarante ans exactement après la bataille de la Lys et sa longue station d’infirme sur ce lieu même de supplice. Quasi-hasard objectif, au sens surréaliste du terme ; en tout cas, fait d’armes et fait (ou effet) d’art indissolublement confondus et mêlés.

Périphéries occitanes

Revenons de ces lointaines périphéries à deux autres, davantage françaises, toutes locales et même occitanes, avec deux poètes de confins tués en 1915, en partant d’un autre panthéon, celui de Paris, dont quatre panneaux de marbre, inaugurées le 15 novembre 1927 par le président de la République de l’époque, Gaston Doumergue, portent 560 noms d’écrivains victimes de la Guerre de 14. Certains sont célèbres (Apollinaire, Péguy, Alain-Fournier…), d’autres moins, et certains plus du tout ou pas du tout. Je vais aujourd’hui en célébrer deux, et d’abord pour leur mérite littéraire, poétique, propre. Il existe, on l’a vu, des monuments au soldat inconnu. J’entends aujourd’hui, à travers ces deux-là, dresser un bref, mais fier monument au soldat-poète inconnu, et dont ce peut être la terrible grandeur. Certes, il y en aurait bien d’autres à citer : je viens par exemple de lire dans une revue francophone et typée du Val d’Aoste (Italie), Les Cahiers du ru, un choix de poèmes à forme parfois médiévale consignés non sans humour sur de brûlants sujets de guerre, dus à un Biterrois, Jean Arbousset (1895-1918) [8]  ; et, n’ayant pas pu décrocher les stèles de marbre du Panthéon pour vous les amener ici, je me suis contenté de vous y apporter deux des cinq lourds tomes sacrés de la célèbre Anthologie des écrivains morts à la Guerre (5 tomes, Malfère, Amiens, 1924-1926) : le premier, en partie programmatique, et le quatrième, le plus concerné par les langues régionales, où figure mon premier et tout jeune auteur.

Car l’on est venu se battre de toute la France pour la France, pour son Alsace-Lorraine, pour votre Strasbourg, et à s’engager souvent pour cela : du côté français du village franco-espagnol du Perthus (Pyrénées-Orientales), n’existe-t-il pas un émouvant monument aux morts, alors qu’il eût suffi à chacune de ces victimes de passer au trottoir d’en face pour échapper à sa patrie et à sa guerre ? Ce Perthus où le trottoir côté espagnol est espagnol, mais le parking et l’horodateur longeant ce trottoir espagnol sont français (toute frontière tient de la ligne idéale, comme on sait, mais aussi administrative ; « plaisante justice, qu’une rivière borne ! », tançait déjà Pascal ; encore qu’il y ait encore plus étroit qu’une rivière et qu’on ne pourrait y faire passer la moindre entre la place de parking française avec horodateur français et le trottoir espagnol qu’ils jouxtent tous deux).

Monument au poète-soldat inconnu ; au poète tué à l’aube même, sur l’aube même, d’une œuvre ; qui eût été peut-être grande. Pensons à ce qu’eût été, et laissé Jean Cocteau s’il avait péri en juin 1915 à Nieuport avec son régiment d’élection, massacré en un assaut le lendemain même de son départ : Le Prince frivole (1910), La Danse de Sophocle (1912), Les Vocalises de Bachir-Selim (1913)… N’importe quoi de rien du tout. « Il arrive souvent […] que le dessin soit en avance sur l’écriture […] les premiers dessins de Cocteau (ses caricatures) sont infiniment plus convaincants que ses premiers livres influencés par Rostand et Anna de Noailles [9]  ». Autant de chers disparus que l’on sait alors parfois où retrouver, faute de mieux, dans une bibliothèque du moins, à hauteur d’homme et à hauteur d’épaule et qui auront pour jamais vingt ans, ou trente, dans le souvenir de nos littératures et de quelques-uns d’entre nous. « Tous ces morts qui auront à jamais vingt ans au-dedans de moi, ce Philippe, ce Raymond…, ce Robert…, et tous ceux de la guerre (tous les saints du calendrier y passeraient si je les nommais). Ils sont demeurés pris au-dedans de moi comme ces cadavres d’alpinistes qu’on découvre intacts dans la glace après des années [10]  ».

Jean-Baptiste Bégarie (1892-1915)

Et puisque j’entends traiter ici de langues régionales et périphériques, intéressons-nous d’abord au Gascon et, plus précisément, Béarnais Jean-Baptiste Bégarie (1892-1915) [11] , dont le centenaire de la disparition sera marqué le 17 février 2015.

Je rappelle d’abord ici l’équation linguistique, qui n’est pas simple du tout ni dénuée de polémique, de la moitié sud de la France où l’on parle l’occitan (à quoi il faut adjoindre le Val d’Aran espagnol, qui fait géologiquement partie de la plaque Europe, au pied de la frontière géologique des Pyrénées, et les vallées occitanes du Piémont italien, dans la région de Cuneo en particulier [12] ). L’occitan est une notion que l’on peut entendre en un sens général (correspondant à ce qu’on appelait naguère la langue ou les langues d’oc) ou en un sens générique plus contraignant (que refusent les adversaires de ce néo-centralisme du Sud [13] , qui préfèrent parler des langues d’Oc, au pluriel, et refusent avec passion d’entendre parler de « la langue occitane », notion encore plus fédérative et titre d’un célèbre ouvrage de référence de Pierre Bec [14] ). J’observe du reste que, parmi les poètes victimes de 14 que nous dirions aujourd’hui « occitans » et qui figurent dans l’Anthologie en cinq tomes, ce problème (à l’évidence ultérieur) ne se pose pas et que l’on parle à leur propos de « félibre », notion datée, certes, et mistralienne (Mistral, mort en 1914, est souvent cité dans cette anthologie et son neveu, « Frédéric Mistral neveu », y a consigné deux notices nécrologiques dont l’une sur un petit-neveu de Mistral par alliance, Albert Bertrand-Mistral), mais qui présente les avantages mêmes de sa souplesse, ou de ses limites, à une époque où n’avait pas encore eu lieu la tentative d’unification, plus ou moins militante, par la suite proposée (sinon ressentie comme imposée) et où l’on se contentait d’être inspiré, non sans enthousiasme, pour son propre compte et sa propre langue d’oc par la réussite de Mistral, le Prix Nobel 1904, en dépit de son périmètre de départ en pratique assez restreint : avoir réussi à tirer une langue littéraire du provençal rhodanien élargi en la sanctionnant d’un chef-d’œuvre, Mireille.

Dans cet ensemble occitan, figure sur la gauche l’ensemble (ou sous-ensemble) gascon, sur la rive gauche de la Garonne, de Bordeaux au Val d’Aran, où naît du reste la Garonne. Aux limites de cet ensemble gascon relativement cohérent, à l’extrême gauche, et au contact du basque (langue pré-indo-européenne), se trouve le béarnais, sur une moitié de département français, celui des Pyrénées-Atlantiques, langue particulièrement typée, incontestablement romane mais qui doit une partie de son lexique, de son onomastique au substrat basque préromain. Notre poète habitait la dernière maison du département, à Pontacq (la Bigorre, actuel département des Hautes-Pyrénées, commençant à la maison voisine) : c’est dire que la limite administrative ne correspond guère à la limite linguistique et combien ce béarnais des confins se confond souvent avec le bigourdan mitoyen, cette langue qu’Owen, le célèbre poète anglais de la Guerre, entendait parler et sonner, surtout en cette époque-là, avec sans doute une passion de philologue, quand il fut précepteur de la fille du couple Léger, à compter du 31 juillet 1914, à Bagnères-de-Bigorre. C’est cette langue que parla l’Absolu lui-même à Lourdes, en cette religion de l’incarnation qu’est le christianisme et, singulièrement, le catholicisme, quand la Vierge dit à Bernadette Soubirous, qui n’était pas francophone : Que soy era Immaculada Councepciou (« Je suis l’Immaculée Conception »), inscription visible par tous sur la fameuse Grotte Massabielle de Lourdes, où l’on notera la particule énonciative « que », caractéristique du gascon, phénomène rarissime à l’échelle planétaire (actualisant le rapport du sujet, exprimé ou non, avec tout verbe principal ou indépendant). Langue elle-même diverse, au plan phonétique, lexical, comme presque toujours pour ces langues au départ non écrites (le « e » atone final, dans la graphie du poème « La Lune » recopiée ci-après, peut se prononcer « eu », « o », voire « a » ; et dans la version rythmique qu’en a donnée en CD Marcel Amont, c’est tantôt « eu » et tantôt « o » que l’on entend, « La Lue » étant notée « La Lua » sur la pochette du CD audio de l’artiste). Notre auteur, qui a essentiellement vécu sa courte vie sur deux secteurs distants de dix kilomètres à peine (Pontacq et Bénéjacq), changeait en principe à chaque fois d’article défini en passant de l’un à l’autre, eth (masculin), era (la forme féminine choisie par l’Absolu à Lourdes) d’un côté, à Pontacq, lou, la de l’autre, à Bénéjacq, retenant cette dernière, sans doute plus littéraire, moins rude et plus répandue, en dehors même du Béarn (jusqu’en provençal), pour son œuvre propre [15] .

Dans le tome 4 de l’Anthologie, ont été retenus deux poèmes béarnais de Jean-Baptiste Bégarie, intéressants pour le fond, et qu’il faut mentionner. Le premier, « A las boles dou bielh pourtau » (« Aux boules du vieux portail »), chante les deux boules du vieux portail familial de Pontacq, tombées à terre, témoins d’enfance qu’il faudra relever comme la Gascogne même, la Gascogne spirituelle, linguistique, littéraire, et que la famille, pour accéder au vœu même du poème, fera d’ailleurs remettre à leur place, 20 rue de l’actuelle rue Jean-Baptiste Bégarie, où elles sont toujours : le 16 février 1915, le jeune inspiré n’écrivait-il pas à son maître bigourdan Camelat : « Moi aussi, je suis né troubadour et je chanterai la Gascogne ! » ? car la poste fonctionnait  beaucoup, sur le front, jusqu’aux derniers moments, puisque le lendemain 17 février à 6 heures sa section partait à l’assaut de l’ennemi et que son corps ne fut jamais retrouvé. Le second poème, c’est « Au me fusilh » (« À mon fusil ») dont le jeune poète-soldat en service militaire chez les zouaves de Constantine entend jouer en janvier 1914 comme d’une lyre : « Et je te brandis, fusil, comme ma harpe féale ; – et lorsqu’il faudra, demain, sonner pour le terroir, – comme elle tu vibreras dans mes bras vaillants, – et comme elle aussi je te ferai vainqueur [16] . » ; ce qui renouvelle de façon bien inattendue l’intitulé même d’un prochain colloque et d’une exposition strasbourgeois (« La Lyre et les armes » [BNU de Strasbourg, 29-31 janvier 2015]) : non pas la lyre face aux armes, ou comme consolation aux armes, ou comme célébration des armes, mais la lyre comme équivalent sonore et tactile, et point seulement métaphorique, des armes.

Deux autres poèmes de Jean-Baptiste Bégarie

J’ai jusqu’ici traduit de la poésie portugaise, espagnole, parfois italienne et, évidemment, comme beaucoup de monde, gréco-latine. C’est tout à fait par hasard que je me suis trouvé devoir traduire deux poèmes de Jean-Baptiste Bégarie, aucune des versions à l’époque disponibles ne me convenant. En tout cas, ce qui pour moi est sûr, c’est que le vers de Jean-Baptiste m’a très vite posé exactement les mêmes problèmes que, tout aussi drus, certains Ibères pleins de caractère. Serrer le son : serrer le sens de cette poésie terriblement rêveuse, concrète et concise. Parfois même, ici comme chez le terrien et terreux Portugais Torga, la traduction littérale me fait pousser le français plus loin que le français. Le sous-sol ibère ou béarnais aggrave le mot qui repenche vers lui. Ainsi n’ai-je pu traduire, dans le premier poème, « au cèu bluard » que par « dans le ciel bleuard » – la traduction par « bleuâtre » (celle que l’on trouve sans doute dans les dictionnaires) étant à cette lourde et songeuse teinte béarnaise ce qu’une gouache aqueuse est à la profondeur forte de certaines aurores de lune sur le labour de Pontacq. Et le « vers », n’est-ce d’abord, étymologiquement – le sillon ? et l’araire du rêve...

Quelle densité (pourtant mélodieuse), quelle densité adulte jusque dans ce lunaire et )pour rejoindre comme tant d’autres, aussi surdoués, un conflit qui va le massacrer, n’a que dix-neuf ans quand il s’attaque au sujet. Toujours ce resserrement, cette gravité, ici aimable gravité, si caractéristiques du jeune Jean-Baptiste Bégarie – tôt adulte et orphelin, il est vrai. Quant au « chameau » (camèu) final, c’est peut-être (sans doute ?) une allusion à l’ami et maître bigourdan (de langue béarnaise dans son œuvre de poète) Camelat, que l’on vient de mentionner – mais on peut l’ignorer, d’autant qu’il ne s’agit que d’une hypothèse, limitative et anecdotique.

Ces gens-là avaient lu Mistral, et Jean-Baptiste sans doute de près « Lou blat de luno » (« Le blé lunaire ») des Îles d’or du Maître, qu’il possédait. D’où la modernité du thème (la Lune, ici peut-être, ici sans doute – mais on peut aussi l’oublier – la Lune inspiratrice), et la netteté de facture de cette ébauche (Mistral n’est pas Mallarmé ni Verlaine !) - l’estela (l’étoile) renvoyant peut-être à la sainte Estelle, jour de la fondation du Félibrige par le bel Aîné – mais on peut là aussi oublier cette nouvelle hypothèse émouvante et limitative, pour ne pas réduire la puissance onirique du poème.

Voilà en tout cas l’un des plus beaux poèmes que l’on ait jamais écrits sur la Lune, digne de figurer en toute anthologie sur la question, entre Leopardi et le voisin tarbais Jules Laforgue, comme la paraphrase de Jean-Baptiste sur le psaume 137 Super flumina Babylonis, sur quoi je vais revenir, ne déparerait point tout à fait entre le sublime commentaire métaphysique qu’en fit Saint Augustin (la Cité de Dieu, Sion, exilée sur les rives de la Cité terrestre, Babylone), l’ardente, nostalgique et fluide paraphrase qu’en fit le Portugais Camoens au XVIe siècle ou celle, plus serrée, de Saint Jean de la Croix, au même siècle (« Que de moi s’oublie ma main droite / si de toi, Sion, je ne me souviens plus, / si j’ai une fête et que sans toi je la fêtais »), le liquide miroitement, clair, obscur du Choral An Wasserflüssen Babylon pour l’orgue de Bach [17] et le negro spiritual « By the rivers of Babylon », vrai tube de nos radios de naguère quand il y fut adapté par des groupes à succès – les chefs-d’œuvre de Jean-Baptiste Bégarie ne devant leur obscurité en dehors du Béarn qu’à la langue qui les porte (le béarnais, cette catégorie spécifique et typée du gascon, on l’a vu, aux limites mêmes de l’Occitanie, au revers de l’espagnol pyrénéen, aragonais diglossique ou castillan hégémonique, et au contact du basque pré-indo-européen). Puissent les traductions d’aujourd’hui leur donner de nouveaux lecteurs et zélateurs ! Chacun sera une juste conquête et récompense.

Entre les deux versions jadis publiées de « La Lue », je choisis la plus moderne, plus elliptique, moins ponctuée, où l’enchaînement d’ensemble demeure à la fois le plus évasif et le plus rude (sautes d’humeur d’une structure particulièrement mobile et dynamique) : celle que le poète-soldat resserrait sur le Front même, fin janvier 1915 et expédia le 29, près d’un mois avant que d’y totalement disparaître à partir du 17 février – puisque aussi bien l’on peut travailler dans les tranchées, pour mater l’ennui. On y fit des milliers de poèmes, formes plus brèves que la prose et mieux adaptées à la situation (et il est à noter qu’ici, c’est au front même que Jean-Baptiste, peut-être dans la prescience ultime de la mort, décide de raccourcir et de resserrer son texte initial, en supprimant des transitions, et pratiquant une façon de collage rythmique, continu par la rime et la reprise strophique, discontinu par le fond).

Quant aux deux principes, opposés, qui ont guidé mes deux traductions, lequel préférer ? Ma première traduction est très fluide, jusque par sa disposition typographique, très française (malgré deux littéralismes au moins : « bleuard » et « tout luisant d’yeux », mais assimilables par le français, du moins littéraire, selon une vieille loi déjà édictée par le Latin Cicéron au Ier siècle avant notre ère pour ses traductions du grec) ; on pourrait oublier qu’il s’agit d’une traduction. Dans la seconde, j’ai choisi plus de rudesse, familière, allant parfois plus loin que le texte initial, pour retendre le français au contact du béarnais et faire plus fidèlement sonner cette Bible gasconne. Certains vous disent qu’il faut traduire comme écrirait l’auteur traduit s’il s’exprimait dans votre langue ; d’autres, qu’une traduction doit être sentie comme une traduction, et qu’on ne peut faire l’économie de la langue initiale, l’un des deux parents du chef-d’œuvre premier (l’autre étant le génie de l’auteur). L’un des plus vieux théoriciens de la traduction, le Roi-Philosophe Dom Duarte Ier de Portugal, avoue dans son Loyal Conseiller (début du XVe siècle) avoir pratiqué les deux sortes de traduction, et que les uns préfèrent l’une, les autres, l’autre. Peut-être, chez moi, les uns préféreront-ils l’autre, et les autres, l’une ; ou l’inverse. À moins de conclure de tout cela, avec Miguel Torga : « Je ne goûte la traduction de mes vers que dans les langues que je ne comprends pas ».

La Lue

                           O Lue ! quau nèn haroulè

                           Mey que tu cour las galihorces,

Quoan dab lou gran sourelh au soum dou tou soulè

                                         E hès à las estorces ?

 

                           Quaucop lou plasè ‘sbarluèc

                           De-ns ha tatès que l’arrougagne

E lunan darrè-u broulh coum lou mounard trufèc

                                         D’arrîde s’escarcagne.

 

                           Quaucop tabé gaytan s’ou pouy

                           Dou cèu brusla-s la blue rase,

Que bedem eslita-s, bère dab sou cap couy,

                                         Nouste lue de case.

 

                           Qu’arròdie coume u bólou d’or,

                           Regan tout dous l’estéle yaune,

Sauneyayres luècs au cerbèt de biscor

                                         Que la boulém ta daune.

 

                           Que bólie sous calots de nèu

                           Coum lou cap d’u taure cournude,

Lou nèn enlusernat, acatan lou ridèu

                                         Dou brès, que la salude.

 

                           U sé yoenin, au cèu bluard,

                           Lou bólou d’or hasè hielade,

Cusmeran lous arrays en u baram escarp ;

                                         Qu’ere u bèt sé de hade.

 

                           Lou lugra s’esliupabe au glap

                           De las pesquites choalines,

E la lue courrè chens da nat tume-cap

                                         Debat de las peyrines.

 

                           L’oelh briac, que dechàbi ‘n l’arriu

                           La loue danse briulante,

Quoan ue estéle au cèu eslinchan coume u hiu

                                         E cadou per la cante.

 

                           Qu’ère u brouch. Sa bergue d’arèu

                           Qu’abè lusit en l’escurade.

Que bedouy, lusent d’oelhs, u perrac de camèu

                                         Segui la me peytade.

Yulhet 1911.

 

La Lune

Ô Lune, quel gamin folâtre court plus de ravins quand, au plus haut de ton logis, tu affrontes le grand Soleil ?

La voilà rongée du désir fol de nous faire des niches et, de derrière son nuage comme un singe moqueur, elle se prend d’un vaste rire.

Parfois encor nous voyons par-dessus le mont brûler la bure bleue du ciel, et se glisser la belle au crâne chauve : Notre Dame la Lune !

Qu’elle roule comme une boule d’or frôlant doux l’étoile jaune et, songeurs lunatiques au cerveau retourné, nous la voulons pour Dame.

Qu’elle vole sur les pics de neige, cornue comme une tête de taureau, et l’enfant ébloui tire la ridelle du berceau, et la salue.

Un soir de ma jeunesse, dans le ciel bleuard, la boule d’or filait quenouille, et tassait ses rayons en un rare halo : ah ! beau Soir de Fée !

L’astre fuyait la morsure doucereuse des goujons, et la lune courait sans plus donner de la tête au ras des galets.

L’œil saoul, je laissai la danse bruire au fil du ru quand une étoile, glissant du ciel comme un fil, est tombée sur la rive.

C’était un sorcier. Sa verge de houx avait lui dans l’obscurité. Je vis un spectre de chameau, tout luisant d’yeux, suivre ma trace.

Juillet 1911

Cette traduction en général séduit, par sa fluidité, mais reste tout de même contestable [18] ; car la chose est obtenue au prix de quelques faux sens (il s’agit donc d’une belle infidèle de plus), et surtout d’une disposition horizontale en strophes de prose rythmique dont le dynamisme, réel, ne restitue guère en fait le moteur rythmique que représente la strophe bien verticale de l’original, si sensible dans la lecture très rythmique qu’en donne l’artiste Marcel Amont. Les littéralismes eux-mêmes, eux aussi séduisants parce qu’ils renouvellent le français par un néologisme ou une construction inattendue, sont contestables, car ils sonnent plus étranger (ici, plus gascon) en traduction que l’original même, par définition plus naturel, nonobstant sa force et son audace incontestables. Problème classique : je n’en veux pour preuve que les traductions trop grecques et trop chargées en ce sens d’un Leconte de Lisle (auteur par ailleurs des Poèmes barbares), par exemple dans sa version des Euménides.

Ce qui est sûr, en tout cas, c’est que ce poème mérite d’être lu, appris dans les écoles de béarnais et de gascon, interrogé par de jeunes enfants, dans son miracle, par le miracle de l’enfance. Il fut du reste écrit, du moins en première version, à l’âge rimbaldien de la grande enfance par ce vigoureux enfant du gascon : dix-neuf ans. En revoici la chute :

Qu’ère u brouch. Sa bergue d’arèu

Qu’abè lusit en l’escurade.

Que bedouy, lusent d’oelhs, u perrac de camèu

Segui la me peytade.

« C’était un sorcier. Sa verge de houx avait lui dans l’obscurité. Je vis un spectre de chameau, tout luisant d’yeux, suivre ma trace » (dans ma traduction).

Et l’admirable commentaire de cette chute que je trouve consigné à la main par Georges Saint-Clair sur son exemplaire des poésies de son oncle, qu’il m’a prêté : « La zone de turbulence est à la fin du poème. […] La poésie commence où finit le bon sens de monsieur Omnès » (on sait qu’Omnes en latin signifie « Tous », donc Monsieur Tout le monde).

Le psaume Super flumina Babylonis en béarnais

LOU PLAGN DOUS DE SIOU

(Trousset)

…………………………………………………

Aquiu lous malurous qui-ns trabèn presounès,

Que-ns hartaben lous pots plés de besiaderies ;

Lous ribauts, qui-ns troulhèn hemnotes e nenès,

Que-ns bienèn demanda l’estrambord dous grans dies.

 

« Aném, si-ns e disèn, que hèt doungues atau ?

Perqué nou cantat mey coum cantabet per case ? »

Mes qui-s gaudech desarrigat dou coud natau :

E nous, quin cantarém Yerusalèm en brase ?

 

Yerusalèm, ciutat caride, ô ma gauyou !

Si-t desbroùmbi, sou pic que se-m torre ma déstre ;

Qu’en ma lengue e-s carèsse autalèu toute auyou,

E que siey coum u matras chénse baléstre.

 

Moumbrat-be, Jehovah, au die maladit,

Moumbrat, moumbrat-be quin la yent d’Edoum uglabe !

« Haut dounc, quòus masamens desruit, segoutit !

Que nou-n demoure enloc ue goute de sabe. »

 

E tu, la Babyloune, amigue dous rangoulhs,

Oh ! hère urous aquet qui-t pagara tas hèynes ;

Urous, cent cops urous, aquet qui, coum gaboulhs,

Arrounçan tous maynats, t’acabara las roèynes !

 

« LA PLAINTE DES GENS DE SION

(Fragment)

…………………………………………………

Ici les malheureux qui nous traînèrent captifs,

Nous rassasiaient de leurs lèvres pleines de cajoleries ;

Les ribauds, qui nous massacrèrent femmes et enfants,

Venaient nous demander le transport des grands jours.

 

« Allons, nous disaient-ils, que faites-vous donc ainsi ?

Pourquoi ne chantez-vous plus comme chantiez à demeure ? »

Mais qui se réjouit déraciné du sol natal :

Et nous, comment chanterions-nous Jérusalem en braise ?

 

Jérusalem, cité chérie, ô ma joie !

Si je t’oublie, que sur le champ ma dextre se glace,

Qu’en ma langue tarisse toute chaleur,

Et que je sois comme un matras sans arbalète.

 

Souviens-toi, Jéhovah, du jour maudit,

Souviens, souviens-toi comme le peuple d’Édom hurlait !

« Allez donc, détruisez, secouez jusques aux fondements,

Qu’il n’en reste en nul lieu une goutte de sève ! »

 

Et toi, la Babylone, amie des râlements,

Oh ! bienheureux qui te paiera toutes tes haines ;

Heureux, cent fois heureux, celui-là, comme des jouets,

Qui jetant tes enfants, saura parachever tes ruines !

Batna (Algérie), fin décembre 1914

 

Dans un « brinde » (un debis en béarnais) – car Jean-Baptiste ne veut pas de l’anglicisme « toast » (« creux comme un rot » et qu’il s’amuse à rapprocher du mot « tos », l’« auge » béarnaise et bien béarnaise que l’on devine) – notre grand jeune homme proclame haut ceci, en mars 1913, à Gomer, dans le village de son oncle curé, et donc bien avant Vatican II et bien loin du Vatican :

« Ah ! la Langue, la Langue ! Amis, Amis, ce qu’est la Langue pour un pays !

Catholiques, vous qui voulez nous rendre la religion des aïeux, vous demandâtes-vous jamais pourquoi la foi s’est perdue et depuis quand elle s’affaiblit et tombe ?

Demandez aux Bretons pourquoi ils ont la foi solidement et profondément chevillée au cœur ! Parce qu’ils gardent la langue naturelle et pure, les vieux usages du pays, parce qu’ils ont maintenu la Terre ».

Et cette Terre, Jean-Baptiste l’a bien maintenue jusque dans Babylone et à Sion, en son admirable paraphrase du Psaume 137 de caserne (celle des Zouaves de Batna en Algérie en décembre 1914 alors que la Guerre qui va le tuer a commencé depuis août) ; si béarnaise, si familière, d’une si prestigieuse rudesse, qu’il a intitulée, concrètement « Lou Plagn dous de Siou », « La Plainte de ceux de Sion » – la traduction par « La Plainte des exilés de Sion », que l’on trouve dans l’édition bilingue des Œuvres de Jean-Baptiste en 1920 et 1930, restant, de ce point de vue, trop lointaine :

Aquiu lous malurous qui-ns trabèn presounès,

Que-ns hartaben lous pots plés de besiaderies ;

Lous ribauts, qui-ns troulhèn hemnotes e nenès […]

«[…] Perqué nou cantat mey coum cantabet per case ? » […]

E tu, la Babyloune, amigue dous rangoulhs […]

Les Babyloniens, oui, nous « hartaient » de leurs lèvres pleines de cajoleries (mais « harter » est un béarnisme du français local, et on ne peut dire ainsi dans une traduction française, même familière et rustique). J’avais d’abord traduit « hartabem » par « harassaient », qui dépasse un peu le sens du béarnais, mais garde un peu sa configuration, sa sonorité, et même son h bien aspiré initial, avant de revenir au sens plus immédiat de « rassasiaient » (mais « harta », c’est en mettre, à la campagnarde, réellement à quelqu’un plein le ventre ou par-dessus la tête). « Pourquoi ne chantez-vous plus comme chantiez par [la] maison ? » ; que je rends, faute de mieux, par « Pourquoi ne chantez-vous plus comme chantiez à demeure ? » Quant à E tu, la Babyloune, il faut évidemment garder la familiarité méprisante de l’article, comme oublie de le faire, là aussi, la traduction trop française de 1920 et 1930 (admirable article défini, « Et toi, la Babylone », plus facile au reste devant nom propre ou prénom en béarnais, portugais ou italien qu’en français où il sonne plus familier, sinon dédaigneux, ce qui ici convient d’ailleurs fort bien) ; et quant à « rangoulhs », on cherchera longtemps en français un vocable du râle et de la déploration qui puisse rendre ce son, fût-ce « sanglots », car il y a une douleur et une sonorité spécifiques du béarnais, fût-il biblique (à défaut de mieux, j’ai été chercher le rare et trop peu rural « râlement » du français en proposant « Et toi, la Babylone, amie des râlements », qui du moins traduit une partie du son, à défaut du sens). Et cette sonorité, rustique et affectueuse, du diminutif :

Lous ribauts, qui-ns troulhèn hemnotes e nenès,

allez traduire cela en français (« Les ribauts, qui nous massacrèrent [nos chers] petits bouts de femmes et bébés ») !

La Terre. Le Pays. Le pays. Pas le paysage. La Terre : la « Tasque » en béarnais, à majuscule : le Sol, solide, comme le mot, mais au féminin. Et l’on devine ce que Jean-Baptiste pensait de leçons de langue donnés par les « moussurots de Paris, de Châlons ou de Bersalhes » ; « tel dandy de Paris, de Châlons ou de Versailles », traduit, joliment, l’édition bilingue des œuvres de Jean-Baptiste (Bibliothèque de L’Escole Gastou-Febus, 1920) ; en fait, ce diminutif amusé, dissonant et intraduisible (ces diminutifs dont Leopardi regrettait la rareté en français) signifie plutôt, au pluriel : « les petits môssieurs de Paris, de Châlons ou de Versailles » (« ces petits messieurs de Paris, de Châlons ou de Versailles ») ; et que dire de Bersalhes ? des façades de Versailles privées du large perron élégant et ouvert de leur V !

Jean-Marc Bernard (1881-1915)

Un autre disciple de Mistral, qui suit alphabétiquement d’assez près Jean-Baptiste Bégarie sur les plaques de marbre du Panthéon, ce fut le poète Jean-Marc Bernard, poète français mistralien de cœur, qui après commencé par le vers libre symboliste, passa avec fougue au maurrassisme et au néoclassicisme, non sans s’assimiler, comme ses comparses de l’École Fantaisiste (environ 1912-1924) [19] , l’héritage de Ronsard ou du Persan Omar Khâyyam (XIe siècle) ni s’apprêter plus tard à se moderniser, « résolument », d’après l’un de ses amis, Henri Clouard, s’il n’était pas mort à la Guerre ; et il est singulier de constater que ce mistralien de la frontière nord de l’Occitanie (natif de Valence, en pays occitan, il s’établira ensuite à Saint-Rambert d’Albon, en Drôme du Nord, sur la frontière même de l’occitan mais côté franco-provençal, ce qui, à l’évidence, ne gênera en rien sa fidélité au Provençal Mistral que la notion linguistique, à l’époque encore récente, de franco-provençal n’avait pas émergé comme elle l’a fait depuis et que le franco-provençal parlé à Saint-Rambert qui, à une dizaine de kilomètres de la frontière linguistique, garde encore des traces d’occitan pouvait favoriser l’amalgame chez le pèlerin dauphinois de Maillane qui consacrera un poignant, pur et admirable journal de voyage en prose poétique à La Vallée du Rhône [20] , dont certaines pages seront données dans l’Anthologie des écrivains morts à la Guerre. Un journal qui commence à Orange le 13 juin1913 pour s’achever, à une date non précisée, à Champagne en Ardèche face à Saint-Rambert, de l’autre côté du Rhône, et dont frappent de bout en bout – autour de la figure de Mistral et du cours même de son fleuve – l’impression de climat, la certitude même du paysage, créé par cet artiste même, la sensation, physique et spirituelle, de continuité, de tangible passé, de mythe réellement vivant autour d’un vivant (on sait que l’absolu et le retour à l’origine sont des critères anthropologiques du mythe) et d’une langue vivante (un peu sacrée, comme dans tout mythe vif). Le Poète est du reste ici célébré et couronné parmi les siens, ou évoqué sur fond présent d’us ancestraux (fête des jeunes filles d’Arles, présidée par l’aède, répartition hebdomadaire du « jour d’eau » du canal à Orange, voire joutes, même un peu pâles, sur le fleuve à Serrières, toujours en Ardèche).

Oui, la renaissance du régionalisme sort entière de l’œuvre de Mistral. Car le poète sonna le réveil de toutes les provinces françaises, le jour où il entraîna le Midi dans une vaste farandole [21] . Je ne puis oublier qu’il nous fit signe, à nous aussi, les Dauphinois, d’entrer dans la danse [22] .

Sans que d’ailleurs ce régionalisme occitan ne nuise en rien pour finir au nationalisme de ces gens-là (le Maurras de la Première Guerre n’est point celui de la Seconde), ni leur épicurisme, à leur engagement. Comme l’écrit si bien le maurrassien Paul-Jean Toulet (1867-1920) :

L’œuvre de Jean-Marc Bernard, dauphinois […] n’est pas imparfaite mais incomplète. Elle se présente à nous telle que ces vers trop rares qui sont tout ce qui demeure d’Alcée ou de Sapho, ou comme ces statues encore dont on embrasse l’idée à travers des fragments sublimes. […]

Ailleurs [...] un beau rythme étendu, par un artifice qui ne fut négligé ni de Gilbert, ni de Baudelaire, se joint à la force un pesante de quelques vers gnomiques. [...]

Les épicuriens sont méjugés en général. On les juge d’après le troupeau, d’après Trimalcion ou la bande de Vendôme […].

[…] À la vérité, tandis que le stoïcien, ce janséniste d’avant-guerre, se bande aigrement contre la nature, de tout son hypocrite effort, l’épicurien cherche à s’harmoniser avec elle ; et l’on peut dire que, dans ce sens qui est le plus haut, Jean-Marc Bernard fut un épicurien. […]

On doit ajouter, à la louange de ces voluptueux […], que dans cette guerre, ils firent leur devoir avec simplicité, sans vacarme ni contre-temps ; et Jean-Marc Bernard, épicurien ou non, tout des premiers. Au lieu qu’un stoïcien on le verra toujours qui ergote ou qui distingue ; à moins, comme M. Romain Rolland qu’il n’aille dans les Alpes, parler suisse et penser allemand.

Pourquoi faut-il que la rançon de notre race et les dieux infects du Nord, ce soit, du sang déjà rare et précieux de France, le plus précieux qu’ils réclament, et le plus pur [23]  ?

Texte âpre, désinvolte, grave, poignant – hommage de l’esprit, de la race, de la grammaire même, prestigieuse et torturée, sur la fin – qui, en fait, se défend philosophiquement très bien, puisque le Stoïcien cherche toujours à coïncider avec l’âme du monde et donc à se soumettre au cours panthéiste de l’histoire sans chercher à l’infléchir, que dans son Dieu il faut reconnaître « l’idée sémitique du Dieu tout-puissant gouvernant la destinée des hommes et des choses, si différente de la conception hellénique », que « Dieu, l’âme de Zeus, la Raison, la nécessité des choses, la loi divine et enfin le Destin, c’est tout un pour Zénon [24] » et que, finalement, le « Stoïcien est un cheik arabe emmailloté dans des langes et des concepts helléniques [25] »

Évoquons donc pour mémoire l’ultime cri que jeta dans la fournaise ce jeune méditatif à la veille même d’être enlinceulé et langé de la seule

terre

De France [26] :

Ce « De Profundis » qui a beaucoup d’inconditionnels, dont Francis Carco et jusqu’en 1982 Philippe Chabaneix (« un des plus beaux et sans doute le plus déchirant poème inspiré par la Première Guerre mondiale, le sublime De profundis que Jean-Marc Bernard offrit à notre admiration, quelques jours seulement avant d’être tué par un obus [27]  ») en passant par Maurras, Eugène Marsan ou Pierre de Boisdeffre.

C’est au poète savant que revient, en général, la tâche d’improviser la grande et brusque chanson de circonstance, le cri réglé et pur que l’avenir se complaît à éterniser. C’est parce que Jean-Marc Bernard était le plus docte et le plus subtil de son temps, que lui fut assigné l’honneur d’écrire le De Profundis de la tranchée où se plaint toute la génération des crucifiés de la guerre. […] le fameux De Profundis si naturel et presque brutal dans sa douleur et son espoir […]. Rien de plus simple, mais il fallait savoir sa langue, son métier, son art sur le bout du doigt [28] .

On ne peut rouvrir sans émotion les œuvres de ce poète qui eût compté parmi les plus grands, s’il ne nous avait quittés avant l’heure, marqué pour un destin tragique. [...]

Le 9 juillet 1915, entre Souchez et le Cabaret rouge, dans l’Artois, Jean-Marc Bernard fut pulvérisé par un obus et son corps mortel dispersé. Il n’en resta absolument rien. Mais ce qui, de cet être d’exception, pouvait être sauvé : l’esprit, l’intelligence, l’âme, le fut par la poésie. En dernière heure, comme mû par un besoin de la race, un cri sublime s’échappa de cette tranchée qui, huit jours plus tard, l’ensevelit. Un cri de désespoir et de pitié, qui traduit dans une langue sobre et nue les affres d’une génération sacrifiée. Par la seule vertu d’un poème libérateur, ne restât-il de son œuvre que celui-là, le poète Jean-Marc Bernard, après quarante-cinq ans, demeure vivant au milieu de nous.

Tout le monde connaît cet admirable poème " De profundis " :

Du plus profond de la tranchée

Nous élevons les mains vers vous...

pour l’avoir entendu jadis, à la Comédie-Française ou à la radio, chaque fois qu’il fallait que s’élevât une voix simple, grave, dénuée de panache et qui sonnât juste pour rappeler aux Français le souvenir de leur quinze cent mille morts.

Mais le poète, l’auteur de ces strophes inoubliables, on le connaît moins [29] . »

« La Guerre est le père de tout », disaient les Sages de la Grèce, en un aphorisme aride et grave, comme une pierre couchée. La Mort, la Déité, tous deux règnes du Tout Autre, et de la Guerre ces « froides horreurs (du front) que rien n’efface [30]  » font de Jean-Marc un tout autre Jean-Marc, s’il est vrai qu’ici l’art multiplie ou simplifie par les vertus de l’heure la force même du génie : Requiem de Mozart et de Verdi, où tout un art jusque-là pour l’essentiel glorieusement profane soudain se transfigure, et sue toute l’épouvante, musculeuse ou nue, du Sacré. La seule, terrible, chose de Mozart ou de Verdi que les non-mozartiens ou les non-verdiens (cela existe) aiment parfois, et que modifie en profondeur l’approche de la mort. Chose inachevée chez Mozart (achevée par un disciple sur les indications de Mozart) ; chose inachevée, et dernière de ses Œuvres publiées au Divan, chez un Jean-Marc qui voulait composer un pendant vengeur, le « Dies irae », dont nous n’avons que les deux premiers vers, et mesures, à ce désespéré « De Profundis »-ci.

La poésie peut donc bien avoir sa place dans l’horreur, auprès de l’horreur, au chevet de sacs de terre ou de boue de l’horreur, à condition d’être à la hauteur du sujet, et de lui rester fidèle par son essentielle et tragique simplicité. Voix grave, voix de la Guerre qui se penche sur ses pauvres enfants, qu’elle va tuer. Visage du Seigneur ultime de tout ; de toute une vie, de toute vie, de toute mort :

DE PROFUNDIS

Du plus profond de la tranchée,

Nous élevons les mains vers vous,

Seigneur ! ayez pitié de nous

Et de notre âme desséchée !

 

Car plus encor que notre chair,

Notre âme est lasse et sans courage.

Sur nous s’est abattu l’orage

Des eaux, de la flamme et du fer.

 

Vous nous voyez couverts de boue,

Déchirés, hâves et rendus...

Mais nos cœurs, les avez-vous vus ?

Et faut-il, mon Dieu, qu’on l’avoue ?

 

Nous sommes si privés d’espoir,

La paix est toujours si lointaine,

Que parfois nous savons à peine

Où se trouve notre devoir.

 

Éclairez-nous dans ce marasme,

Réconfortez-nous, et chassez

L’angoisse des cœurs harassés ;

Ah ! rendez-nous l’enthousiasme !

 

Mais aux Morts, qui tous ont été

Couchés dans la glaise ou le sable,

Donnez le repos ineffable,

Seigneur ! ils l’ont bien mérité [31] !

« In memoriam

  Jean-Marc Bernard

 

C’était Pâques et moi tout seul

Rêvant, cruel mystère,

À vous qui n’avez que la terre

De France pour linceul,

 

Vous dont l’âme, en ce noir délire,

Fut un encens jeté,

Jean-Marc, et des Muses dicté

Son vers brillant à lire [32] .

La médaille militaire a été attribuée à titre posthume à Jean-Marc Bernard le 11 mai 1922, sept ans après qu’à moins de trente-quatre ans, il « fut frappé en plein corps, par un obus, qui le coupa en deux » (R. Monier, qui écrit lui-même ces mots « au milieu des boues de la Woévre », « devant Seicheprey, le 4 août 1915 » et mourra bientôt à son tour).

De nos jours le nom de Jean-Marc Bernard est le dixième, par ordre alphabétique, à figurer sur le monument aux morts, un peu refait, de Saint-Rambert d’Albon, au milieu de bien d’autres, dont neuf couples et un trio de frères également morts pour le Pays – contre la voie ferrée – celle des départs et d’un impossible retour – et non loin d’un haut parc de notaire, ombragé et vert, à diverses essences (châtaigniers, quasi-cèdres bleus), où le Paon qui empêchait Toulet de dormir de jour aurait sa place – sous une ombre identique. Chaque 11 novembre, la Médiathèque Jean-Marc Bernard de Saint-Rambert fait lire là le « De Profundis » de Jean-Marc.

Pensons-y ; nous aussi.

Lazare

Le dernier poilu français, mort à 110 ans (1897-2008), se prénommait Lazare (Lazare Ponticelli), cela ne s’invente pas : nomen, omen, disaient les Latins (« le nom est un destin ») ; il n’était pas même né Français, mais Italien, et avait menti sur son âge réel (seize ans) pour s’engager. Il a refusé le Panthéon et, dans un premier temps, des obsèques nationales par égard pour tous ceux qui étaient morts avant lui sans considération avant de les accepter à condition qu’elles soient simples et dédiées à tous les morts de la Première Guerre. Tout poilu étant le dernier poilu, incluons-y aujourd’hui nos 560 écrivains-soldats morts pour la France et nos deux d’aujourd’hui ; car la littérature aussi, même oubliée, même introuvable, offrira toujours le miracle d’une possible résurrection, du moins fugace, le temps d’une lecture. Un autre de ces 560, le Bordelais Georges Pancol (1885-1915), point tout à fait inconnu [33] , a du reste signé un assez bon et assez long poème intitulé « Lazare » :

Votre voix a troué mon rêve solitaire.

Au-delà du tombeau l’appel a retenti !

Et je me suis levé, Seigneur, et j’ai senti

Peser encore sur moi l’étreinte de la terre.

 

J’ai reconnu les sons, les parfums, les clartés,

Le rythme et la douceur de la vieille harmonie,

Et j’ai marché vers vous, pâle, plein d’agonie,

Chancelant et hagard comme un ressuscité [34] .

Une langue aussi est un instrument immortel peut-être, quand elle est portée par des œuvres définitives : mais c’est d’abord un organisme et un organe vivant, à défendre, car il peut s’éteindre et mourir, du moins dans sa variété et sa spécificité locale (cela arrive sans doute tous les ans sur la face de la Terre, et le dernier qui meurt à la parler ne le sait peut-être même pas). Chaque réussite et, a fortiori, chaque chef-d’œuvre la ressuscitera aussi un peu.

 

Annexe I

Une autre traduction du poème « La Lune » de J.-B. Bégarie par le linguiste André Joly (Sorbonne Paris IV)

Lune ! Quel folâtre gamin

Plus que toi court par les ravines

Quand avec le Soleil là-haut dans ton attique

Tu luttes à bras-le-corps ?

 

Parfois le capricieux plaisir

De nous taquiner la titille

Et, derrière un nuage nous épiant, minot moqueur,

De rire elle s’esclaffe.

 

Et quand sur les hauteurs on voit

S’embraser la bure bleue du ciel,

On aperçoit glissant, avec sa tête lisse,

La belle Lune de chez nous.

 

Roule que je te roule, comme une boule d’or

Elle effleure l’étoile jaune :

Lunatiques rêveurs, cerveaux tourneboulés,

Nous la voulons pour Dame.

 

Vole que je te vole sur les cimes enneigées,

Tête encornée de taureau :

L’enfant enluminé écarte le rideau,

Du berceau la salue.

 

Un soir céruléen, dans ma prime jeunesse

La boule d’or filait, tirait en enfilade,

En un lisse halo ses rayons rassemblait,

Féerique soirée !

 

L’astre du jour à la morsure

Des gentils vairons échappait

Et la Lune courait sans donner de la corne

Sous les petits galets.

 

L’œil chaviré, j’allais laisser dans le ruisseau

Leur frémissante farandole

Quand du ciel une étoile comme un fil s’arracha

Et sur la rive s’abîma.

 

Un sorcier ! Sa baguette de houx

Dans la pénombre avait brillé.

Je vis un spectre de chameau, étincelant,

Suivre l’empreinte de mes pas.

Juillet 1911

Publié sur le site informatique Marsyas, 2011.


Annexe II

Jean-Marc Bernard

Lettres inédites à sa mère du front (Souchez, Artois, 1er au 6 juillet 1915), juste avant sa mort :

« on trouve de tout au régiment ».

Ces lettres de Jean-Marc Bernard, poignantes, souvent courtes (nécessité sans doute oblige), terribles et bien simples, à l’adresse d’une « (bien) chère Maman », sont précieuses à plus d’un titre, par leur tragique certes, d’autant que nous avons ici sa lettre de tranchée du 6 juillet et qu’il meurt le 9 et que ce poète-soldat, qui avait été réformé pour sa vue, avait tout fait pour se faire engager, mais aussi par quantité de détails quotidiens qui n’apparaissent pas toujours, du moins en première ligne, dans l’histoire de la Grande Guerre : poux, chaussettes ; boîte de thon, victuailles de pré-tranchée, dont un pigeon venu de la Drôme sans doute en conserve ; intensité et efficacité du trafic postal, parfois de la tranchée même pour la dernière et suprême missive du 6 juillet, rapidité aussi (Jean-Marc reçoit de sa mère le 30 juin une lettre du 27 ou le 2 juillet au soir une lettre, tout aussi drômoise, du 29 juin, soit trois jours après seulement dans les deux cas ; le courrier peut contenir de l’argent et être recommandé ; argent de poche maternel, donc, d’un poilu jusque dans sa mort prochaine) ; demande de papier sur le front, car ce soldat écrit beaucoup, évidemment ; nombre des gargotes installées chez les paysans de la ligne de front (on peut supposer que certains s’y sont de la sorte enrichis)…

Voici le témoignage émouvant, jusque par son orthographe, qu’Ernest Davoine, adressera au curé de Saint-Rambert d’Albon, au sujet de la mort des deux autres membres de l’amical trio, Bernard, et son comparse Chappuis massacré le soir même :

« Je vait, Mr le Curé, vous raconté les derniers moments de mon pauvre camarade. Nous montons aux tranchées le lundi […] 3 jours se passe assez bien, quelques obus de notre côté ; le 4ème jour à 6 h. du matin les obus se font plus pressent ; au même moment mon camarade Chapuis vient me voir en pleurant dans mon petit abrit qui était à quelques mètre du sien et de celui de notre camarade […] me dire notre camarade est tué. Il me dit je vait voire si je peut le voir et ramasser ces affaires, le lieutenant le voit, ne le laisse pas aller en lui disant qu’il irait le soir. La journée se passe en pleurant tout les deux notre cher camarade. A tombé de nuit Chapuis me dit maintenant j’y vait […] 1 heure se passe, je ne le voit pas revenir, je vait voir et qu’est ce que je voit ? que de la terre bouleversée, la tranchée méconnaissable et nulle trace de mes deux camarades […] les brancardiers comme moi n’ont rien retrouver ni de l’un ni de l’autre que des fragments de chair » (lettre publiée par Pierre Martin dans un article manuscrit s.d., « La vie et la mort du soldat-poète Jean-Marc Bernard », collection Jean-Marc Coindet, Saint-Rambert d’Albon).

Jeudi 1 Juillet

Ma chère Maman

J’ai reçu, hier soir, ta lettre du 27, et ce matin celle du 22 !

Oui, envoie-moi une boîte de thon ; du chocolat et des conserves de temps en temps me feront bien plaisir. De temps à autre aussi une chemise (très ordinaire) et une paire de chaussettes me seraient fort utiles. Souvent il faut jeter le linge, tant on est plein de poux ! et l’on n’a pas le temps de faire bouillir son linge, tu penses bien ! Et un gant pour me laver !

Ne crains pas de mettre plusieurs enveloppes et du papier, dans tes lettres. J’écris beaucoup.

Bien des amitiés à la cousine Léontine et mes félicitations à Gaston, s’il est pris. Mais j’espère bien qu’il n’aura pas à partir : nous aurons fait du bon travail d’ici là.

Voici le texte de la proposition à la citation faite par mon lieutenant, commandant la compagnie, et que n’a pas voulu retenir le colonel : « A fait preuve d’une grande énergie et d’un grand courage, est resté pendant 48 heures aux créneaux de première ligne pendant un bombardement de grenades et a abattu plusieurs ennemis ».

La guerre n’est pas finie et j’aurai bien l’occasion de mériter quand même ma croix de guerre [35] .

L’ami Chappuis te fait toutes ses amitiés.

Je t’embrasse bien fort.

Jean

 

Vendredi 2 Juillet

Ma chère Maman,

Jules Plancher a été blessé d’un éclat d’obus dans les reins, lors de notre dernière affaire. Ce n’est pas très grave heureusement – paraît-il. Il a été évacué. Ses parents le savent-ils ?

Davoine, Chappuis et moi, quand nous avons un moment de liberté, nous nous empressons de faire du thé, du chocolat ou du cacao ; nous faisons même des œufs sur le plat ; car dans le village où nous sommes au repos, on peut trouver de tout.

Je t’embrasse très fort.

Jean

 

Samedi 3 Juillet

Ma chère Maman

J’ai reçu hier soir ta lettre du 29 Juin, et les 5 fcs qu’elle contenait, je t’en remercie beaucoup. Mais il serait plus sûr à l’avenir de recommander tes lettres où il y a de l’argent afin de pouvoir réclamer, si elles s’égaraient. Réclame à la poste de St Rambert au sujet de ta lettre du 4 Mai ; tu dois avoir conservé le bulletin de recommandation.

J’attends avec impatience le pigeon ! voilà qui nous fera plaisir à Davoine, Chappuis et moi ; car nous faisons la popote ensemble. Le cassoulet aussi sera accueilli avec joie.

Oui, j’ai des lunettes ; mais elles m’embarrassent plus qu’elles ne me servent. Ça n’a d’ailleurs pas d’importance ; j’y vois assez.

Je t’embrasse bien fort.

Jean

 

Dimanche 4 Juillet

Ma bien chère Maman,

Depuis dimanche dernier que nous sommes descendus des tranchées, nous avons passé 7 bons jours de repos. Nous avons juste quelques petits exercices le matin ; le reste de la journée nous est donné pour nous laver et laver notre linge – et tuer nos poux. Tous les soirs, la musique du 97 donne un concert ; ensuite nous allons au salut. À l’église, il y a en effet un aumônier qui parle admirablement et de vrais artistes jouent de l’harmonium, du hautbois et du violon : on trouve de tout au régiment. Hier, dans un verger délicieux, sur une scène de verdure improvisée, on a donné un très agréable concert (avec un chansonnier de Montmartre) auquel assistaient tous les officiers et les soldats.

Je t’écris d’un petit café tranquille ; Chappuis et Davoine font leur correspondance comme moi, devant une tasse de café. Ce « café »-estaminet n’est qu’une ferme, toutes les maisons ici tiennent un débit de boissons depuis la guerre.

En somme, il n’y a de dures dans cette guerre que les heures passées dans les tranchées. C’est alors une guerre dure, sale et peu glorieuse ! on risque de se faire tuer par les marmites, dans des trous, sans même voir l’ennemi ! Mais il y a beaucoup plus de bons moments que de mauvais.

Je t’embrasse bien fort.

Jean

 

Lundi 5 Juillet 1915

Ma bien chère Maman,

Hier soir j’ai reçu ta lettre du 1er et, ce matin, ton paquet. Je te remercie beaucoup. Davoine et Chappuis aussi sont enchantés. Tandis que je t’écris ce mot, Chappuis attise le feu sur lequel nous faisons bouillir l’eau pour le pigeon. Nous venons déjà d’avaler chacun une excellente tasse de cacao Suchard ! Ensuite le pigeon, et pour terminer un gâteau envoyé à Chappuis. Davoine paye le vin. Tu vois qu’on se soigne.

La nourriture du régiment est saine, abondante, mais pas assez variée. Tes envois, ainsi que ceux que reçoivent mes 2 amis, nous permettent de manger avec plus de plaisir. Nous avons ¼ de vin par jour et du « jus  [36] » en quantité.

Ma tête va très bien ; je n’en ai d’ailleurs jamais plus souffert [37] .

Oui, Mme Vierge m’a envoyé cette photo amusante où je suis 2 fois sur la même plaque.

Ce matin Davoine, Chappuis et moi, nous sommes allés communier. Ce soir nous remontons aux tranchées pour 4 jours. Ne t’inquiète donc pas si tu ne reçois rien de moi pendant ce temps ; il n’est guère possible de faire remettre ses lettres au vaguemestre, quand on est là-haut. Nous n’allons cette fois-ci qu’en 3e ligne. Rien de dangereux.

Demande à M. Revoil l’illustration du 25 Juin. Tu y verras l’infanterie alpine au cimetière de Souchez, le 9 Mai. C’est du 97 qu’il s’agit. Tu y verras notre uniforme.

Encore merci. Je t’embrasse de toute mon âme.

Jean

N’oublie pas de m’envoyer papier et enveloppes

Merci pour les journaux et les chaussettes.

 

6 Juillet 1915

Ma bien chère Maman,

Un mot seulement, ce soir. Je t’écris de la tranchée, accroupi au fond d’une étroite mais solide taupinière. Nous sommes à l’abri ; je ne sors de mon trou que lorsqu’il faut porter à ma section un ordre du lieutenant.

Je vais remettre ce billet tout à l’heure aux cuisiniers qui viendront nous ravitailler. Ainsi tu auras tout de même un petit bonjour de moi – quoiqu’avec un peu de retard peut-être.

Isabelle m’a écrit ; je lui répondrai plus à loisir quand je serai au repos (dans 3 jours). Car c’est la bonne vie maintenant : nous avons 4 jours de tranchées ; et 8 jours de repos dans un village charmant ! Nous alternons avec 2 autres régiments, tous les 12 jours. Puisse ce système d’alternance durer longtemps.

On est plein de prévenances pour nous en ce moment. Quand nous faisons nos 30 kilomètres pour venir aux tranchées, on fait porter, à tour de rôle, tous les 4 kilomètres, nos sacs par la voiture ! Je crois qu’on cherche à amadouer les hommes et à les préparer à accepter une seconde campagne d’hiver. C’est une hypothèse à envisager que cette nouvelle campagne d’hiver, afin de ne pas être trop douloureusement surpris s’il fallait en arriver là. Espérons qu’il surviendra d’ici là quelque évènement imprévu ; mais n’y comptons pas trop, ça vaut mieux.

Et maintenant ne t’inquiète pas ; je suis sûr que nous reverrons ; Dieu nous donnera cette satisfaction et cette joie à la fin de la guerre. Bon courage. De mon côté, je n’en manque pas – et ni les obus, ni la pluie, ni la terre dure ne m’empêchent de dormir tout mon saoul, lorsque j’ai sommeil et que c’est mon tour de me reposer !

Je t’embrasse du plus profond de mon âme. Amitiés aux parents et aux voisins. Le bonjour à Marie.

Jean

(précieuse collection Jean-Marc Coindet, Saint-Rambert d’Albon)

Notes

  • [1]

    L’Espagne voisine optera pour la neutralité (nonobstant l’action d’un écrivain francophile comme Azorín) ; neutralité qui sera aussi le choix du Portugal de Salazar et de l’Espagne de l’habile Franco, malgré sa dette à l’égard de l’Allemagne et de l’Italie fascistes, pour le conflit suivant.

  • [2]

    Les Portugais qui alignaient dans les 20 000 hommes, perdent environ 300 officiers et 7 000 hommes, tués, blessés ou prisonniers, en résistant à l’attaque de quatre divisions allemandes, fortes de 50 000 hommes, de la VIe armée allemande commandée par le général von Quast. Le célèbre Hernâni Cidade, dont je vais reparler, sera l’un de ces prisonniers.

  • [3]

    Edição da Renascença portuguesa, Porto, 1919.

  • [4]

    Les traductions du portugais qui suivent sont de moi. Je recourrai parfois, en la signalant, à une traduction littérale, pour mieux cerner l’émotion du propos.

  • [5]

    Compahnia Portuguesa Editora, Porto, 1924.

  • [6]

    La saudade, mot existant en portugais depuis le Moyen Âge (sous la forme soidade), désigne une forme de spleen spécifique, populaire ou érudit, plus ou moins intraduisible et ressentie comme telle par un roi-philosophe du début du XVe siècle, Dom Duarte. Le mot même reste énigmatique : soit bas-latin (solitas, « solitude » ; d’autant que la forme première, soidade, toujours attestée avec ce sens dans le galicien voisin, langue hispanique à substrat commun avec le portugais, a gardé le o du latin), soit arabe (saouda, « noirceur ») du fait, entre autres, d’un fatalisme ancien sans doute hérité de là. Le mot fado, nostalgique chant national bien connu, désigne aussi le destin en portugais (fatum latin) ; on notera l’ironie cruelle de cette nostalgie dans le Fado des tranchées, cette ironie si rare en matière de fado.

  • [7]

    L’Allemagne vient de déclarer la guerre à la France (et à la Belgique) le 3, après l’avoir fait à la Russie le 1er et avant que le Royaume-Uni ne la déclare à l’Allemagne le 4.

  • [8]

    Les Cahiers du ru, créés et dirigés par Pierre Lexert, n° 44, été 2005, p. 52-56 ; sont donnés successivement : « La Chanson du sapeur », « En montant à Vauquois » (sonnet), « Ballade des ravitaillements imprévus » (sur une forme médiévale donc), « Envoi du front » (sur la même forme médiévale) ; un choix plus restreint de ce poète au besoin néo-médiéval, limité au premier et au dernier de ces textes, avait déjà paru dans l’Anthologie des écrivains morts à la Guerre, tome 1, 1924, p. 14-19.

  • [9]

    André Fraigneau ou l’Élégance du phénix, Séguier, 2015, p. 73.

  • [10]

    François Mauriac, Le Figaro littéraire, 22 décembre 1967.

  • [11]

    Il existe depuis 2008 une somme méticuleuse sur la vie brève et dense de ce jeune auteur : Jean-Albert Trouilhet, La vie, l’œuvre et le destin d’un poète gascon combattant de la Grande Guerre, Monein (64), éditions PyréMonde / Princi Negue & Institut Béarnais & Gascon (381 pages). « Dédié au chanteur Marcel Amont qui a d’ailleurs mis en musique le très beau poème sur ‘La Lune’, le travail de Jean-Albert Trouilhet exhume l’homme et l’œuvre dans un ouvrage qui se signale par sa probité et sa ferveur. Aucune piste n’a été négligée pendant les deux années qu’aura duré l’enquête : l’auteur aura avec constance et passion interrogé la famille Bégarie (dont le poète Georges Saint-Clair), les occitanistes et les membres de l’Institut Béarnais & Gascon, le Service historique de la Défense (à Vincennes et Pau) et tous ceux ou toutes celles qui, à des titres divers, pouvaient lui permettre de retrouver des documents, d’établir des faits, de sauver une mémoire, de rendre hommage à un poète et à une langue. » (Jacques Le Gall, université de Pau ; blog des 4 Saisons du Revest, Var, consulté le 14 février 2015). Le CIRDOC (Centre interrégional de développement de l’occitan) de Béziers possède aussi une documentation assez complète sur le jeune auteur.

  • [12]

    Mentionnons deux enclaves occitanophones à distance : Labastide-Clairence en Labourd (Pays Basque français), bilingue (basque, et gascon spécifique, assez bigourdan, dû à une émigration ancienne suscitée par un port fluvial), et Guardia Piemontese en Calabre, où est encore parlé une variété d’occitan vivaro-alpin, suite à émigration ancienne et persécution religieuse remontant au Moyen Âge.

  • [13]

    Daniel-Henri Pageaux (Sorbonne-Paris III), célèbre comparatiste et ibériste, originaire par sa famille de Gascogne et plus précisément de Saint-Sever (Landes), rejette aussi avec passion cette notion, trop artificiellement unificatrice, et a toujours senti son vieux gascon plus proche de l’espagnol que du prétendu « occitan », « ce monstre politico-écolo-linguistique nommé occitan », qui pourrait en dissoudre la tenace et quasi ibère spécificité.

  • [14]

    Presses universitaires de France, coll. « Que sais-je ? », 1963.

  • [15]

    De l’autre côté de la frontière, côté espagnol et roman, il existe même quatre articles définis différents en aragonais, et plus précisément haut-aragonais, pour la seule province de Huesca, avec chevauchements fréquents de ces usages ou enclaves de l’un dans l’aire de l’autre.

  • [16]

    Le traducteur n’est pas précisé.

  • [17]

    BWV 653 intégré aux si intérieurs Chorals de Leipzig ; BWV 653b à deux claviers et double pédale.

  • [18]

    On trouvera en annexe la traduction de ce même poème (bien différente, en disposition verticale et centrée) par le Béarnais André Joly (professeur de linguistique en Sorbonne).

  • [19]

    Groupe en général constitué de Paul-Jean Toulet (1867-1920), Jean-Marc Bernard (1881-1915), Jean Pellerin (1885-1921), autre victime de la Guerre, mort des suites d’une tuberculose contractée sous l’uniforme, présent sur les plaques de marbre du Panthéon et dans l’Anthologie des écrivains morts à la Guerre, Robert de La Vaissière dit “Claudien” (1880-1937), Tristan Derème (1889-1941), Léon Vérane (1885-1954), Francis Carco (1886-1958), Philippe Chabaneix (1898-1982).

  • [20]

    Jean-Marc Bernard, Œuvres, I, Le Divan, Paris, 1923, p. 165-241.

  • [21]

    Jean-Baptiste Bégarie put recevoir un jour une carte postale bilingue (en provençal et béarnais) de Mistral, avec sa photo. Quant au Fantaisiste Tristan Derème, mentionné plus haut, un fidèle de Jean-Marc Bernard, il habitait la dernière localité béarnaise et romane, le hameau de Saint-Pée d’Oloron (Pyrénées-Atlantiques), à une lieue du premier village basque, Esquiule ; or, rien de tel qu’un frontalier pour défendre sa patrie, ici linguistique, puisque, en pleine guerre, il avoue sa fidélité au béarnais maternel et quasi éternel (qu’il oppose au fugace décor moderne du français citadin) dans le sillage même de Mistral : « Il [Mistral] chantait, et toute une civilisation, la nôtre pourtant, fleurissait et refleurissait dans ses poèmes […]. Mais elle [la langue béarnaise] est, elle frémit et palpite aussi, cette sœur du provençal, fille charmante et rustique du latin, et il me souvient qu’aux jours dorés de mon enfance, elle m’était déjà comme un trésor mystérieux. » (Tourments Caprices et Délices ou Les Poètes et les Mots, Aubanel éd., Avignon, avril 1941, p. 14-15 ; « Le visa de censure a été obtenu le 11 mars 1941 », est-il précisé sur la première page de garde).

  • [22]

    Jean-Marc Bernard, Œuvres, I, Le Divan, Paris, 1923, p. 197.

  • [23]

    Paul-Jean Toulet, 1915, in Notes de littérature, Œuvres complètes, « Bouquins » Laffont, 1986, p. 936-937.

  • [24]

    E. Bréhier, Histoire de la philosophie, Félix Alcan, 1928, tome I, p. 207, 217

  • [25]

    F. Nietzsche, Œuvres philosophiques complètes, Gallimard, XIII, 1976, p. 298.

  • [26]

    Toulet, op. cit., p. 106.

  • [27]

    La Revue des deux mondes, mai 1982, p. 430.

  • [28]

    Ch. Maurras, Critique et poésie, Perrin, 1968, p. 188, 120

  • [29]

    Victor Moriamé, revue Le Cerf-volant, n° 36, octobre 1961.

  • [30]

    J. Pellerin, Le Bouquet inutile, éditions de N.R.F., 1923, p. 160.

  • [31]

    Jean-Marc Bernard, Œuvres, I, p. 163-164.

  • [32]

    P.-J. Toulet, Vers inédits, Nouvelles Contrerimes, op. cit., p. 106.

  • [33]

    Les éditions Opales ont réédité de lui en 1996 : Journal intime ; Lettres à la fiancée ; Poèmes (présentation par Michel Suffran). Plaisant aussi que la revue La Corne de brume, organe du Centre de réflexion sur les auteurs méconnus, vienne de lui consacrer un article avec des extraits d’un roman inachevé, L’Échec Histoire d’une adolescence (n° de décembre 2016, p. 73-81).

  • [34]

    Poème de novembre 1909 ; Anthologie des écrivains morts à la Guerre, tome 1, 1924, p. 14-19, tome I, p. 526.

  • [35]

    Ces deux derniers paragraphes sur cette possibilité de croix de guerre sont encadrés sur le manuscrit (par qui ? par l’expéditeur ? la destinataire ?).

  • [36]

    Le café, dans le langage des poilus.

  • [37]

    Jean-Marc avait été blessé à la tête par un obus le 9 mai et avait été soigné à La Courneuve par des infirmières « admirables de douceur et de gaîté attendrie ».

Pour citer cet article

Daniel ARANJO, "Deux des 560 écrivains-soldats victimes de la Grande Guerre : les Occitans Jean-Baptiste Bégarie (1892-1915), Gascon, et Jean-Marc Bernard (1881-1915), Drômois", in M. Finck, T. Victoroff, E. Zanin, P. Dethurens, G. Ducrey, Y.-M. Ergal, P. Werly (éd.), Littérature et expériences croisées de la guerre, apports comparatistes. Actes du XXXIXe Congrès de la SFLGC, URL : http://sflgc.org/acte/daniel-aranjo-deux-des-560-ecrivains-soldats-victimes-de-la-grande-guerre-les-occitans-jean-baptiste-begarie-1892-1915-gascon-et-jean-marc-bernard-1881-1915-dromois/, page consultée le 21 Avril 2019.