Éditos

Communitas: les mots de la communauté

Après avoir organisé en juin 2016 à Paris un premier colloque portant sur les images de la Communauté qui visait à interroger les représentations et l’idée même de représentabilité du « commun » en images, et avant un futur colloque qui interrogera les rythmes, gestes et mouvements de la Communauté (2019 ou 2020), le réseau CCC (Communauté des Chercheurs sur la Communauté) s’associe avec la SFLGC  pour une manifestation internationale intitulée : Communitas et portant sur l’examen des « mots du commun et de la Communauté », soit l’imaginaire verbal des aspirations à la Communauté.

Comment se formulent les idéaux ou les espoirs de la vie en commun, mais aussi l’épiphanie de la Communauté, son existence ressentie ? Comment se capture et se verbalise le sentiment d’être ensemble et quels mots peuvent en fixer puis transmettre l’expérience ? Quelles poétiques sont ainsi en mesure d’exprimer l’effervescence de la communauté en train d’advenir et d’en partager ensuite le souvenir ? Il ne fait aucun doute que l’enthousiasme communautaire engendre et stimule une force de création, notamment verbale, tout à fait prodigieuse. Chants d’espoir, poèmes, slogans, allocutions, romans, films, performances, sont là, parmi d’autres formes d’invention et d’expression, pour manifester et communiquer l’effusion à laquelle conduit souvent la réunion des hommes en une entité organique qui prend soudain conscience d’elle-même. Cette réunion se vit alors avec une intensité extraordinaire et les hommes ressentent très vite le besoin de célébrer cette excitation et sensibilité merveilleuse.

Il s’agira dès lors d’analyser dans leurs multiples dimensions (notamment esthétique, linguistique, historique, anthropologique  et politique) les formulations verbales du sentiment de Communauté. L’enquête, qui trouvera à s’exercer naturellement dans les différentes formes d’art (poésie, théâtre, roman, mais aussi éventuellement cinéma, chanson, performance, etc.), pourra ne pas s’y limiter et aborder, mais sous un angle esthétique ou linguistique, toutes les productions verbales liés aux événements et à l’avènement de la Communauté ou de la vie en commun : appels, manifestations, soulèvements, révolutions, par exemple. Cette enquête pourra se déployer dans les différentes époques et les différentes cultures, avec une préférence pour les perspectives véritablement comparatistes ou qui chercheront à théoriser et généraliser, à partir de l’examen d’exemples particuliers, les résultats obtenus. Parmi les innombrables pistes possibles, voici une liste non exhaustive de directions ou d’explorations envisageables :

– les différents sens du mot communauté en langues (perspectives historiques et philologiques) et leurs conséquences sur la compréhension de la notion ;

– comment se disent les communautés locales, nationales, internationales ?

– les épopées, légendes et mythes face à la question de la production de la Communauté, hier et aujourd’hui ;

– les genres du commun : quelles formes littéraires ou langagières sont plus aptes à dire la Communauté et pourquoi ?

– les mots de la Communauté absente, des tentatives ou espoirs déçus, au sein des sociétés individualistes ;

– Communauté et approche genrée, masculin, féminin, queer…

– les mots du communautarisme : version étriquée du commun ou forme de vitalité contemporaine des affects communautaires ?

– les œuvres « communistes » (leurs ambitions, leur échec et réussite, leurs limites)

– dire le commun aujourd’hui à l’ère numérique et transmédiatique. Le sens des « communautés » d’utilisateurs. Leur rapport au commun.

– comment dire une communauté francophone, une communauté postcoloniale ?

Le colloque se tiendra pendant deux jours et demi à la Maison Internationale de la Recherche (MIR) de l’Université Paris-Seine sur le site de Neuville (95) de l’Université de Cergy-Pontoise (RER A direct, 40 minutes de Paris). Un programme est en cours d’élaboration et sera diffusé sur ce site dès qu’il sera prêt. Le colloque est ouvert à toute personne désireuse d’y participer ou d’y assister.

Invités confirmés :

Jean-Luc Nancy, philosophe

Antoine Volodine, écrivain