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Georges Bataille et les écritures de la guerre

ARTICLE

Écritures de la guerre de la Somme athéologique à La Part maudite

L’écriture de Georges Bataille (1897-1962) est liée souvent à la guerre. Son premier livre, publié en été 1918 sous le titre Notre-Dame de Rheims, porte déjà sur les malheurs de la Première Guerre mondiale. Mais au fur et à mesure que la Seconde Guerre mondiale approche, Bataille veut rapporter l’écriture à l’expérience intérieure de la guerre. Les textes de Friedrich Nietzsche comme les premiers écrits d’Ernst Jünger inspirent Bataille. Et entre 1939 et 1945, sous l’effet de l’ambiance instable de la guerre, il rédige et publie successivement L’Expérience intérieure (1943), Le Coupable (1944) et Sur Nietzsche (1945) ; trois essais aphoristiques qui sont centrés sur ses expériences des forces intérieures et sur les réflexions qui les suivent. Bataille les réunira plus tard en un ensemble intitulé Somme athéologique.

Mais parallèlement à ces trois livres de l’expérience, il ébauchait le plan d’une autre trilogie nommée La Part maudite [1]  ; celle-ci envisage les effets de l’énergie excédante, d’un point de vue scientifique, notamment économique. On trouve dans le tome VII des Œuvres complètes de Georges Bataille un écrit posthume, rédigé pendant la Deuxième Guerre mondiale, que l’éditeur de ce tome, Thadée Klossowski, intitule La Limite de l’utile. Ce dernier explique dans les notes : « Nous donnons sous ce titre les fragments qui subsistent d’une version abandonnée de La Part maudite, ébauchée à plusieurs reprises entre 1939 et 1945 [2] . » Le chapitre VI de La Limite de l’utile est consacré à la guerre. Bataille y déroule une considération remarquable sur l’écriture de Jünger, en citant de longs passages de La Guerre, notre mère. Il s’agit là de la traduction française [3] du deuxième écrit de cet écrivain allemand : Der Kampf als inneres Erlebnis (1922). La considération de Bataille mérite attention, d’autant plus qu’elle laisse voir ce qui le conduit de la Somme athéologique à La Part maudite.

Il en est de même de son article impressionnant qui paraît au début de l’année 1947 dans sa revue Critique : « À propos de récits d’habitants d’Hiroshima  [4] ». Cet article est consacré au reporter américain John Hersey qui révèle peu à peu la tragédie des premières victimes de la bombe atomique. Bataille présente cette écriture et cette tragédie, de manière à les ouvrir au courant d’énergie universel qui exige toujours la dépense des excédents. Il s’agit, suivant La Consumation (1949), livre publié comme premier tome de La Part maudite, d’« une « économie générale » où la « dépense » (la « consumation ») des richesses est, par rapport à la production, l’objet premier  [5] ». Sous cet angle de vue, la guerre peut être « envisagée comme une dépense catastrophique de l’énergie excédante [6] ».

Notre propos est donc d’une part d’envisager dans l’optique de la guerre les caractéristiques de l’écriture de Bataille qui se déploie dans ses trois livres sur l’expérience, et d’autre part d’examiner ses réflexions sur l’écriture de Jünger et sur celle de Hersey, tout en tenant en compte de son passage de la Somme athéologique à La Part maudite.

L’écriture fragmentaire de Bataille

Pendant la Seconde Guerre mondiale, l’expérience intérieure caractérise la pensée et l’écriture de Bataille. Voici la définition qu’il en donne : « J’entends par expérience intérieure ce que d’habitude on nomme expérience mystique : les états d’extase, de ravissement, au moins d’émotion méditée  [7] ».

Avec le déclenchement de cette guerre, Bataille se détache de ses tentatives communautaires, comme la société secrète Acéphale et le Collège de sociologie. Isolé de ses camarades, il se livre à l’expérience intérieure et commence à tenir un journal qui constituera la base de la Somme athéologique. Le 5 septembre 1939, il y note le motif de ce journal : « Je commence en raison des événements, mais ce n’est pas pour en parler. J’écris ces notes incapable d’autre chose. Il me faut me laisser aller, désormais, à des mouvements de liberté, de caprice  [8] ». Ces mouvements irrationnels sont le signe de l’expérience intérieure. Un mois plus tard, il énonce encore la motivation de son livre, Le Coupable :

Il y a plus d’un mois, j’ai commencé ce livre à la faveur d’un bouleversement qui venait tout mettre en cause et me libérait d’entreprises où je m’enlisais. La guerre éclatée, je devenais incapable d’attendre ; exactement : d’attendre une libération qu’est pour moi ce livre [9] .

Il s’agit donc de suivre les mouvements de ses forces intérieures, incitées et libérées par l’atmosphère de la guerre, et de décrire leurs effets psychiques qui vont de l’extase à la réflexion philosophique.

En ce qui concerne la fidélité à l’expérience intérieure de l’écriture, Bataille déclare dans L’Expérience intérieure : « L’expression de l’expérience intérieure doit de quelque façon répondre à son mouvement, ne peut être une sèche traduction verbale, exécutable en ordre  [10] ». De là vient le choix de l’écriture fragmentaire, la menace de guerre ayant poussé Bataille à l’expression aphoristique. Lisons ses paroles qui datent du 19 mai 1940 et sont donc écrites juste avant l’invasion allemande de Paris :

Les conditions dans lesquelles j’écris (la bataille la plus horrible fait rage et se rapproche) veulent que je m’exprime maintenant par aphorismes – et même sans toujours tenir compte de ce que j’ai à dire étroitement – car ce que je ressens en ce moment même de violent et de débordement, il faut aussi que je le dise [11] .

Il est à ajouter que Bataille, dès l’année 1939, a pris au sérieux l’expression de Nietzsche : « les guerres sont pour le moment les plus forts stimulants de l’imagination [12] ». La Seconde Guerre mondiale a suffisamment stimulé l’imagination de Bataille pour le pousser à cette « expérience intérieure » et à l’écrire de façon fragmentaire.

L’écriture fragmentaire lui semble donc correspondre aux effets violents et débordants de l’expérience intérieure que suscitent les circonstances de la guerre. Son texte est ainsi déchiré en fragments. Le désordre est apparent à travers la Somme athéologique. C’est, en un sens, une conséquence de l’écriture de Jünger. Ses premiers écrits, encore qu’axés sur les champs de bataille de la Première Guerre mondiale, ne vont pas jusqu’à faire place à la violence du combat dans la manière d’écrire. L’écriture de Jünger reste un développement suivi. C’est une question, non de pure expression, mais de sujet parlant, de « moi » raisonnable.

Plus précisément, l’idée manque à Jünger de considérer l’acte d’écrire, ce travail du « moi », comme s’opposant à l’expériene intérieure, à la dépense d’énergie qu’elle effectue aux limites de l’être, dépense violente, mais qui apporte à l’être une possibilité délicate de « mourir de ne pas mourir  [13] », ou d’approuver « la vie jusque dans la mort  [14] ». Jünger donne certes à son deuxième livre le titre Der Kampf als inneres Erlebnis, mais, bien qu’il soit toujours « risque-tout » comme soldat, son expérience intérieure de la guerre n’était pas suffisamment ouverte au gaspillage d’énergie pour qu’il y risque son « moi » moderne. Loin de là, le champ de bataille l’a rendu plus actif et robuste. Et autour de lui, Jünger a vu les combattants se transformer en un nouveau type d’homme, susceptible de renouveler la société moderne par son travail puissant et efficace. D’où son idée du « travailleur », qu’il expose aux alentours de 1930. Tandis que Bataille voit dans la guerre l’envers de la société moderne, à savoir la dépense improductive. Depuis « La notion de dépense », article publié en 1933 dans la revue Critique sociale, il approfondit cette idée contraire à la modernité, et cela dans le déchirement intérieur de son « moi » et la vue cosmique de la consumation que cette expérience intérieure lui permet de contempler.

Écriture d’un soldat contemplatif

Mais lisons l’hommage de Bataille à Jünger dans La Limite de l’utile, tel qu’il apparaît au début de son chapitre VI « La guerre » :

Le champ de bataille et son horreur n’ont pas été décrits avec plus de dureté que par Jünger. Je veux montrer qu’il existe une équivalence de la guerre, du sacrifice rituel et de la vie mystique : c’est le même jeu d’« extase » et de « terreurs » où l’homme se joint aux jeux du ciel. Mais la guerre est trahie le plus souvent : on dissimule ses gloires ou ses dégoûts. C’est pourquoi je citerai Jünger qui n’évite rien [15] .

Le point de vue large qui s’ouvre sur « une équivalence de la guerre, du sacrifice et de la vie mystique » aussi bien que le point de vue cosmique qui lie l’extase de l’homme « aux jeux du ciel » préparent la position globale de Bataille exposée dans La Consumation. Jünger sous-tend Bataille non seulement dans l’expérience intérieure de la guerre mais aussi dans l’« économie générale ».

Mais pour le moment, suivons encore Bataille. La « dureté » de Jünger « qui n’évite rien » lui permet de décrire l’horreur du front de façon minutieuse et évocatrice, au point de toucher à l’extase, telle que les mystiques l’éprouvent devant l’image de Jésus-Christ crucifié. Bataille cite une partie assez longue du chapitre « Horreur » de La Guerre, notre mère. Il s’agit d’une perspective sinistre où s’éparpillent d’innombrables cadavres décomposés. Selon l’expression de Jünger que cite Bataille, c’est

cette triste figure grise, étendue au bord de la route, sur laquelle les grosses mouches menaient déjà leur ronde. Ce visage et tous ceux qui lui succédaient, reparaissaient sans cesse dans leurs mille poses particulières : corps déchiquetés, crânes fendus, pâles fantômes [16]

Bataille cite encore :

On a vu souvent des groupes de combattants héroïques, isolés dans les nuages de la bataille, se cramponner pendant plusieurs jours à un élément de tranchée ou à une ligne d’entonnoirs, comme des naufragés s’accrochent dans la tempête aux mâtures fracassées. Au milieu d’eux, la Mort toute-puissante avait planté son drapeau. Les champs, couverts d’hommes fauchés par leurs balles, s’étendaient sous leurs yeux. Les cadavres de leurs camarades reposaient à leurs côtés, mêlés à eux, le sceau de la mort sur les paupières. Ces visages creusés rappelaient le réalisme affreux des vieilles images du Crucifié [17] .

En ce qui concerne les derniers mots de cette citation, Bataille modifie la traduction de Dahel, dans laquelle on lit « l’affreuse réalité des images antiques du crucifiement  [18] ». C’est une façon de ramener Jünger au mysticisme chrétien ou plutôt de mieux le conduire à cette interprétation de Bataille lui-même sur l’écriture de Jünger : « C’est le langage du mysticisme. Ce grand souci d’horreur n’est pas vice ou dépression. C’est le seuil d’une église [19] ».

Ce « langage du mysticisme » est fondé sur une contemplation profonde que permet la lenteur de la Première Guerre mondiale, plus précisément celle de la tranchée de guerre, déroulée au front de l’ouest. Bataille dit donc :

L’horrible « ralenti » de la guerre de 14 a seul permis cette « contemplation » de l’horreur et de soi-même – et cette mystique. Mystique, contemplation paradoxales, si le contemplatif agit, s’il contemple de l’action. Le rythme trop rapide des guerres classiques interdisait d’approfondir : on parcourait la région que Jünger décrit d’un train d’enfer (au lieu de la hanter pendant quatre ans) [20] .

En fait, Jünger lui non plus n’échappe pas à l’action qu’exige la guerre moderne. Il a accompli même bien des exploits au front de l’ouest, tout en recevant de graves blessures. Mais sa contemplation effectuée sur les champs de bataille a non seulement la profondeur de l’extase mystique, elle a aussi une largeur cosmique. Jünger écrit :

Une dernière remarque sur l’extase : cet état particulier aux saints, aux grands poètes comme aux grands amoureux, présente de réelles analogies avec le vrai courage. Dans les deux cas, l’enthousiasme élève l’énergie à de telles hauteurs, que le sang bouillonne à travers les veines et qu’il écume en affluant au cœur. C’est là une ivresse qui surpasse toutes les ivresses, un déchaînement de forces qui brise tous les liens. C’est une véritable rage, sans égard ni limite ; on ne peut la comparer qu’aux forces de la nature. Dans cet état, l’homme ressemble à une tempête furieuse, à la mer qui mugit, au tonnerre qui gronde. Il est alors noyé dans l’univers et, comme un projectile lancé sur sa trajectoire, il se précipite vers les sombres portes de la Mort [21] .

De même que Jünger voit l’orage de la nature dans l’« orage d’acier », Bataille éprouve une continuité dynamique, ou plutôt dépensière, entre la guerre et l’univers. On pense à la formule d’Héraclite : « La guerre [polemos] est le père de toutes choses, le roi de toutes choses  [22] ». Ces deux écrivains partagent une conception cosmique de la guerre. Et cependant chacun la développe à sa manière, vers la naissance d’une nouvelle modernité d’un côté, de l’autre vers la mort incessante des êtres vivants.

Vers la naissance de l’Homme Nouveau

Jünger comme Bataille découvre donc le déchaînement des forces dans la perspective de l’univers. Mais l’écrivain allemand, de son côté, pense à l’usage social des forces déchaînées sur le front. Le champ de bataille lui semble une source d’énergie qui permettra de réactiver la société industrielle contemporaine. Il s’agit de la valeur d’usage de la guerre qui consiste à lier le front à l’arrière, de manière à faire circuler incessamment les soldats de la ligne vers la société, les civils vers la ligne. Conception affreuse de la guerre perpétuelle que Jünger met en avant vers 1930 dans ses écrits comme « La Mobilisation totale » (1929) et Le Travailleur (1932).

Mais dès l’introduction de La Guerre, notre mère, Jünger suggère cette conception, à partir de la formule d’Héraclite citée plus haut. Le titre français La Guerre, notre mère s’explique par l’introduction, car dans le texte original l’auteur avait formulé ainsi la phrase héraclitéenne : « Der Krieg, aller Dinge Vater, ist auch der unsere [23]  ». Le traducteur français Jean Dahel a choisi le mot mère au lieu de père. Il voulait, semble-t-il, faire correspondre l’idée reçue de la productivité maternelle avec une puissance constructive et formatrice que Jünger a découverte dans la guerre [24] . Voici quelques lignes importantes de cette introduction, traduite par Dahel :

C’est la guerre qui a fait les hommes ce qu’ils sont et notre époque ce qu’elle est. […] Ce que nous ne pouvons pas nier […], c’est que la guerre, mère de cette lamentable Europe d’aujourd’hui, est aussi notre mère : c’est elle qui nous a forgés, ciselés, endurcis et faits ce que nous sommes. Et toujours, aussi longtemps que tournera en nous la roue de la vie trépidante, la guerre sera l’axe autour duquel cette roue sifflera [25] .

Cette perspective positive de la guerre est liée à la naissance de « l’Homme Nouveau » que Jünger a conçu dans la tranchée, auprès des combattants qui travaillaient ardemment mais avec précision, sans rien dire. Il s’agit selon lui d’« une vision prophétique, que ce type d’homme sera demain l’axe autour duquel une nouvelle vie gravitera de plus en plus  [26] » .

Vers la mort incessante des êtres vivants

Par contre, Bataille ne rapporte la guerre à aucune perspective historique. Chez lui, le déchaînement des forces reste « sans emploi », il n’est transformé en aucune puissance constructive. Il est vrai que Bataille lui aussi imagine la guerre maternelle, mais cette fois la maternité est moins productive que destructive. Elle ressemble aux Ménades du culte dionysiaque qui « dévorent vivants les enfants qu’elles avaient mis bas  [27] ».

Cette maternité dévoratrice de la Terre-Mère, on peut dire que Bataille la doit paradoxalement à la mythologie d’Alfred Rosenberg. En effet, ce savant profasciste, dans Der Mythus des 20. Jahrhunderts (1932), a approuvé, du point de vue du racisme germanique, les divinités ouraniennes, prétendues aryennes, aux dépens des divinités chtoniennes comme Dionysos. Dans son article « Nietzsche et les fascistes » (Acéphale, numéro double, janvier 1937), Bataille cite l’interprétation suivante de Rosenberg :

L’autre courant – romantique – se nourrit des afflux secondaires indiqués à la fin de l’Illiade par la fête des morts ou dans Eschyle par l’action des Erynnies. Il se vivifia dans les contre-dieux chtoniens du Zeus olympien. Parlant de la mort et de ses énigmes, il vénère les déesses-mères, Demeter en tête, et finalement s’épanouit dans le dieu des morts : Dionysos. C’est dans ce sens que Welcker, Rohde et Nietzsche firent de la Terre-mère une génitrice, elle-même informe, de la vie qui, perpétuellement, retourne par la mort en son sein. Le grand romantique allemand tressaillit des frémissements de l’adoration et comme de toujours plus sombres voiles étaient tirés devant la face rayonnante des dieux du ciel, il s’enfonça toujours plus profondément dans l’instinctif, l’informe, le démoniaque, le sexuel, l’extatique, le chtonien, dans le culte de la Mère [28] .

Bataille affirme les dieux et les « déesses-mères » de la Terre, d’autant plus fort que le fascisme allemand les déteste. Et son affirmation de la Terre-mère se lie à la conception héracliténne de la guerre. Bataille tient cette conception d’un écrit posthume de Nietzsche, intitulé la Philosophie à l’époque tragique de la Grèce, notamment de son chapitre sur Héraclite. En effet, il consacre un court texte à ce chapitre dans le même numéro de la revue Acéphale. Voici son commentaire :

Parce qu’Héraclite a vu la loi dans le combat des éléments multiples, dans le feu le jeu innocent de l’univers, il devait apparaître à Nietzsche comme son double, comme un être dont il a été lui-même une ombre. Si Héraclite « a levé le rideau sur le plus grand de tous les spectacles » – le jeu du temps destructeur – il s’agit du spectacle même qui est devenu la contemplation et la passion de Nietzsche, au cours duquel devait lui apparaitre la vision chargée d’effroi de l’éternel retour [29] .

Bataille lui-même fait l’épreuve de cette contemplation. On peut lire sa « méditation héraclitéenne » sur la guerre dans le chapitre VI de son article « La pratique de la joie devant la mort » (Acéphale, n° 5, juin 1939). Plus explicitement qu’Héraclite et Jünger, Bataille insiste sur les aspects de la consumation et de la mort que montre le temps cosmique ou le grand courant du devenir. Voici les premiers paragraphes de ce chapitre :

Je suis moi-même la guerre.

Je me représente un mouvement et une excitation humains dont les possibilités sont sans limite : ce mouvement et cette excitation ne peuvent être apaisés que par la guerre.

Je me représente le don d’une souffrance infinie, du sang et des corps ouverts, à l’image d’une éjaculation, abattant celui qu’elle secoue et l’abandonnant à un épuisement chargé de nausées.

Je me représente la Terre projetée dans l’espace, semblable à une femme criant la tête en flammes.

Devant le monde terrestre dont l’été et l’hiver ordonnent l’agonie de tout ce qui est vivant, devant l’univers composé des étoiles innombrables qui tournent, se perdent et se consument sans mesure, je n’aperçois qu’une succession de splendeurs cruelles dont le mouvement même exige que je meure ; cette mort n’est que consumation éclatante de tout ce qui était, joie d’exister de tout ce qui vient au monde ; jusqu’à ma propre vie exige que tout ce qui est, en tous lieux, se donne et s’anéantisse sans cesse [30] .

« La consumation » est, on s’en souvient, le titre du premier tome de La Part maudite, Essai d’économie générale, qui a paru en 1949. Mais dès cet article de 1939, Bataille considérait comme consumation la mort des êtres vivants de ce monde. C’est l’écoulement universel, si l’on veut l’économie générale, de l’énergie qui consume infiniment tous les êtres terrestres. Après la Seconde Guerre mondiale, l’astrophysique contemporaine permet à Bataille de justifier scientifiquement ce mouvement global de consumation, mouvement qui exige infiniment de chaque être la mort. La guerre n’est qu’une forme de cette consumation.

Mais les désastres répétés poussent Bataille à réfléchir sur le moyen de les éviter. Il s’agit de savoir comment canaliser les ressources excédentaires par le don gratuit. Le plan Marshall, appelé « Programme de rétablissement européen », est l’objet de sa considération dans La Consumation. Pourtant, avant que ce plan soit annoncé le 7 juin 1947, Bataille a ébauché un plan plus large pour l’aide gratuite américaine. On le voit à la fin de l’article « À propos de récits d’habitants d’Hiroshima », paru dans Critique, n° 8-9, en janvier-février 1947. Mais, arrêtons-nous d’abord sur la première ligne de cet article.

De la vue animale à la représentation humaine

Bataille ouvre son article « À propos de récits d’habitants d’Hiroshima » par un constat étonnant : « Admettons-le, la population de l’enfer annuellement s’accroît de cinquante millions d’âmes. Une guerre mondiale accélère un peu le rythme, elle ne peut le précipiter. À compter dix millions de 1914 à 1918, il les faut mêler à deux cents millions que, dans le même temps, la nature assurait à la mort  [31] ». En face de la nature qui consume cinquante millions d’êtres humains par an, dix millions de victimes que l’Europe a connues dans la Grande Guerre sont une question mineure. A fortiori, « la mort de soixante mille » que cette ville japonaise a subie le 6 août 1945, avec l’explosion de la première bombe atomique [32] .

L’intention de Bataille n’est pas de minimiser la Grande Guerre, ni Hiroshima, mais de les ouvrir au mouvement universel de dépense. Selon Bataille dans La Consumation, il faut prendre conscience de ce mouvement comme « soi » ; le « soi » n’est pas le moi, mais ce qui habite intimement chaque être et veut le déborder pour se dépenser. Alors, « prendre conscience du sens décisif d’un instant où la croissance (l’acquisition de quelque chose) se résoudra en dépense, est exactement la conscience de soi, c’est-à-dire une conscience qui n’a plus rien pour objet [33]  ». Aux yeux de Bataille, l’écriture de John Hersey permet d’accéder à cette « conscience de soi ».

Hersey entra dans Hiroshima fin mai 1946 et y séjourna deux semaines pour interviewer une quarantaine de survivants de la catastrophe. Enfin, à partir du témoignage de six habitants rescapés, il composa Hiroshima. Ce reportage forma d’abord un numéro entier de l’hébdomadaire américain New Yorker (le 31 août 1946), dont trois cent mille exemplaires furent épuisés en quelques heures. Il parut ensuite en livre, en novembre 1946, aux États-Unis et en Angleterre. Bataille s’intéressa à ce petit livre anglais de 119 pages, dont le retentissement était déjà mondial [34] .

Selon lui, Hiroshima est « le premier à donner de l’expérience qu’eurent de la bombe les êtres vivants qui la reçurent un récit suivi, méticuleux, où l’ensemble est composé d’un réseau multiple de détails  [35] ». Plus précisément, « l’intérêt du remarquable livre de John Hersey tient à la lenteur d’une révélation, changeant par degré la catastrophe frappant, animalement, en représentation intelligible  [36] ».

À travers la révélation lente de Hersey, Bataille oppose la vue animale à la représentation humaine. La vue animale est celle que les habitants d’Hiroshima ont des aspects horribles de la ville, plus exactement de leur quartier ou de leur milieu tout proche, juste après le bombardement. Si Bataille qualifie leur vue d’animale, c’est qu’elle est isolée et limitée comme la vue d’un animal et qu’ils ne peuvent pas saisir le sens d’un événement qu’ils viennent d’éprouver. Les survivants restent hébétés sans savoir quel est le bombardement (combien de bombes ? quelle sorte de bombe ?) ni quelle est l’étendue du désastre. Ils sont obligés soudain d’entrer et de s’égarer comme dans « la termitière enfumée  [37] ».

En revanche, la représentation humaine d’Hiroshima est celle de Truman. Seize heures après l’explosion de la première bombe atomique, le président des États-Unis annonçait à la radio : « La puissance de cette bombe est plus grande que celle de vingt mille tonnes de T.N.T. Le souffle en est deux mille fois plus puissant que celui du « Grand Slam » anglais, la plus grande bombe que l’art de la guerre ait jamais mise en œuvre  [38] ». Représentation qui « situe sans attendre le bombardement d’Hiroshima dans l’histoire et définit les possibilités nouvelles qu’il introduisit dans le monde ». Représentation purement humaine, puisqu’elle manque de l’animalité de la vue immédiate d’Hiroshima. Il en est de même de la réaction de la plupart des Français, pour lesquels les bombes d’Hiroshima et de Nagasaki n’avaient que « le sens qu’elles ont d’expériences à demi scientifiques – dont l’envergure chavire l’imagination, mais dont l’effet tragique n’est pas moins extérieur aux représentations sensibles que certain  [39] ». C’est pourquoi Bataille pense qu’il leur faut ouvrir, en lisant Hersey, la sensibilité à « la succession des multiples vues qu’enregistra la mémoire des témoins [40] », à « ce que la mémoire de la bête elle-même aurait gardé  [41] ».

Bataille ne veut pas se borner à la représentation purement humaine de la catastrophe, ni à sa vue entièrement animale, mais passer de la sensibilié immédiate animale à la conscience humaine, ou plutôt fonder l’humain sur l’animal, et cela, pour orienter la conscience humaine vers le « soi », cette intimité impersonnelle, cette animalité immense, « « absurde » infini des douleurs animales [42] ». Mais citons un passage des plus importants de cet article, où Bataille cite les phrases de Hersey qui lui paraissent les plus chères. Il s’agit de la conduite et de la conscience humaine de l’un des survivants, M. Tanimoto, pasteur japonais de l’église méthodique d’Hiroshima :

Tanimoto courant dans les ruines à la recherche de sa femme et de son église nous est représenté seul indemne entre des centaines et des centaines de blessés qu’il rencontre dans sa course : « Certains avaient les sourcils brûlés et la peau pendait de leurs visages et de leurs mains. D’autres, à cause de la douleur, tenaient leurs bras levés comme s’ils avaient porté quelque chose dans leurs mains. D’autres vomissaient en marchant. Beaucoup étaient nus ou vêtus de lambeaux... Beaucoup, bien qu’eux-mêmes blessés, supportaient des parents plus mal qu’eux. Presque tous avaient la tête basse, regardaient droit devant eux, en silence, sans aucune expression sur le visage». Un peu plus loin, M. Tanimoto découvrait des blessés couchés sur la berge d’une rivière, trop faibles pour bouger au moment où montait la marée ; il s’efforça de les sauver : « Il se pencha et prit une femme par les mains, mais sa peau glissa et se retira en énormes morceaux, comme des gants. Il en fut si malade qu’il lui fallut s’asseoir un moment. » À l’aide d’une barque, à grand-peine, il réussit à hisser les corps en un point plus élevé de la berge. Cependant le lendemain la marée les avait noyés. Je ne cite pas le fait pour l’horreur d’un courage si inutile, mais pour une phrase qui en achève le récit : « Il était sans cesse obligé de se répéter consciemment pour lui-même : « Ce sont des êtres humains». Il ressort de l’ensemble du récit que les conduites humaines maintenues par ces malheureux se prolongeaient péniblement sur un fond d’hébétude animale [43] .

La conscience humaine de M. Tanimoto se trouve déchirée, excédée, en train de se transformer en « conscience de soi ». Elle est en face de l’« « absurde » infini des douleurs animales » qui le touche profondément. Fondée sur une sensibilité immédiate animale, elle opère une perception ultime de l’autre animalité immense : aspect horrible de la consumation universelle qui exige de chaque être la mort. Aux yeux de Bataille, ce Japonais se situe près de l’expérience intérieure, telle qu’elle le hante. Certes, « l’on ne saurait nier qu’entre le monde nippon et le nôtre la communication morale ne soit faible  [44] ». Mais l’expérience intérieure dépasse le rapport mental des deux nations sans compter les conditions extérieures du temps et de l’espace. Elle vise une autre communication morale, dite « souveraine ». Il s’agit de la « chance », instant du hasard qui brise toute subordination à la substance, mentale ou matérielle, et qui conduit à communiquer avec « l’instinctif, l’informe, le démoniaque, le sexuel, l’extatique, le chtonien... ».

Troisième volume de la Somme athéologique, Sur Nietzsche, rédigé de février à août 1944, parut en février 1945 avec le sous-titre « volonté de chance ». La Seconde Guerre mondiale continue, mais un coup de « chance » situe l’auteur dans la perspective infinie des guerres. D’après un fragment de la première partie, Bataille, au moment d’écrire, écoute « un roulement de tonnerre et un grondement du vent » et devine « le bruit, l’éclat, les orages de la terre à travers les temps ». Suivant ce fragment encore, « par les battants de ma fenêtre passe un vent infini, portant avec lui le déchaînement des combats, le malheur enragé des siècles ». Alors, il se sent « enlevé par un mouvement vif, à l’instant trop violent  [45] ».

Mais, comment écrire cet instant pour les contemporains de l’après guerre que menace encore une nouvelle guerre mondiale ? Pour conclure, considérons la relation que Bataille établit entre la « consumation » et l’écriture, en faisant face à la Guerre froide.

Le sens du non-sens

L’une des préoccupations de La Part maudite est d’éviter la guerre, quoique ses vues horribles reflètent bien le mouvement dépensier de ce monde. Pendant la Seconde Guerre mondiale, Bataille a tâtonné pour écrire La Part maudite, tout en composant et publiant les trois volumes de la Somme athéologique. Mais après la fin de cette guerre, les articles liés à La Part maudite voient le jour dans Critique, tandis que le nombre de textes fragmentaires qui succèdent aux trois livres aphoristiques de la Somme athéologique diminue.

Les articles concernant La Part maudite sont tous d’expression « discursive », analytique. L’écriture rationnelle, du moins en apparence, de Bataille dans l’après-guerre a pour but d’éclairer le « sens du non-sens », et en particulier le sens de la guerre. Dans l’article « À propos de récits d’habitants d’Hiroshima », Bataille écrit bien :

Mais l’angoisse et le souci, qui fondent la civilisation, commandent toujours des ensembles d’activités, que les différents États auxquels elles s’imposent n’admettent d’abandonner en aucun cas. Chaque unité civilisée (donc la civilisation) professe le primat de ses entreprises (par lesquelles elle entend s’assurer l’avenir) sur toute considération sensible. Ceci veut dire qu’entre les horreurs de la guerre et la renonciation à quelqu’une des activités par lesquelles une société croit devoir assurer ses lendemains, la société choisit la guerre [46] .

La Guerre froide, commencée après la fin de la Seconde Guerre mondiale entre le camp des pays communistes et celui des pays non communistes, repose, aux yeux de Bataille, non plus sur l’opposition des idéologies, mais sur la différence dans l’intensité des entreprses productrices ; le camp communiste, notamment l’Union Soviétique poursuit de façon plus rigoureuse une économie planifiée. Mais des deux côtés, le souci de la production reste primaire, si bien que chaque camp « choisit la guerre ». Il faut s’éveiller donc au « sens » des’autres dépenses qui peuvent éviter cette dépense tragique. Durant les années 1950, la Guerre froide s’aggrave. À mesure, Bataille est obligé d’écrire avec davantage de clarté sur les dépenses d’un autre genre, comme la littérature. Dans l’Avant-propos de La Littérature et le mal (1957), il s’explique sur la réécriture de ces études déjà publiées qu’il recueille maintenant dans ce livre :

Il est significatif à mes yeux qu’elles [ces études] aient (du moins leur première version) paru en partie dans Critique, cette revue dont le caractère sérieux fit la fortune.

Je dois noter pourtant que si parfois j’ai dû les réécrire, c’est que, dans les tumultes persistants de mon esprit, je n’ai pu donner tout d’abord à mes idées qu’une expression obscure. Le tumulte est fondamental, c’est le sens de ce livre. Mais il est temps de parvenir à la clarté de la conscience.

Il est temps... Parfois même il semblerait que le temps manque. Du moins le temps presse [47] .

L’écriture de Bataille face à la Guerre froide se trouve de plus en plus fortement motivée par cette « clarté de la conscience ». Mais la « chance » ne lui échappe pas. L’amitié de Bataille pour ses contemporains se dédouble. Il les aime de manière à les emporter du « sens du non-sens » au « non-sens », Il avoue déjà dans « À propos de récits d’habitants d’Hiroshima »

Ainsi au moment même où la souveraineté de l’instant m’apparaît dominer l’utilité, je ne me détourne d’aucune façon de cette humanité durable : je dirai qu’elle n’est belle et admirable que dans la mesure où l’instant la possède et l’enivre, mais il n’entre dans mon propos nulle méconnaissance d’une durée que l’instant voue d’un bout à l’autre à l’éclat qui s’évanouit. Même il me semble qu’un mouvement qui m’emporte au-delà des limites est plus favorable qu’un souci lourd et qu’une peur du lendemain, qui poussent à l’éloquence et à l’emphase ordinaire de l’action [48] .

L’écriture de La Part maudite comme celle des articles qui accompagnent le livre n’équivaut nullement « à l’éloquence et à l’emphase ordinaire de l’action », mais elle est souvent interrompue et traversée par les « tumultes persistants » de Bataille qui le conduisent aux « jeux du ciel ». La Somme athéologique constitue les fondements et l’au-delà de La Part maudite. C’est parce que nous pouvons vivre doublement. Plus exactement, c’est parce que, malgré le souci du lendemain, nous pouvons vivre l’instant présent autrement que la guerre ; et que, suivant Bataille, « l’impuissance de ce monde-ci, que fonde le primat de l’action, et la bombe atomique enfin, dernière expression de cette impuissance, sont de toute évidence haïssables  [49] ».

Notes

  • [1]

    Au moment de la réédition en 1954 de L’Expérience intérieure, Bataille présente un plan de La Part maudite, selon lequel le tome I est La Consumation, le tome II, L’Érotisme, et le tome III, La Souveraineté. Le tome I a été publié en 1949. Le tome II paraîtra en 1957. Le tome III reste inachevé, mais voit le jour en 1976 comme écrit posthume dans le tome VIII des Œuvres complètes de Georges Bataille.

  • [2]

    Georges Bataille, Œuvres complètes, tome VII, p. 502 (abrégé désormais en OCVII, p. 502).

  • [3]

    C’est la version de Jean Dahel qui est publiée en 1934 chez Albin Michel. Il existe à ce jour trois traductions françaises de Der Kampf als inneres Erlebnis : La Guerre, notre mère, traduction de Jean Dahel, Albin Michel, 1934 ; La Guerre comme expérience intérieure, traduction de François Poncet, Christian Bourgois, 1997 ; Le Combat comme expérience intérieure, traduction de François Poncet revue par Julien Hervier, Gallimard, Bibliothèque de la Pléiade, Journaux de guerre, tome I. 1914-1918, 2008.

  • [4]

    En apparence, cet article est le compte-rendu d’un petit livre de John Hersey, Hiroshima, Harmondsworth et New York, Penguin, 1946, 119 p.

  • [5]

    Georges Bataille, La Consumation, OCVII, p. 19

  • [6]

    G. Bataille, ibid., p. 31.

  • [7]

    G. Bataille, L’Expérience intérieure, OCV, p. 15.

  • [8]

    G. Bataille, Le Coupable, OCV, p. 245.

  • [9]

    Ibid., p. 264.

  • [10]

    G. Bataille, L’Expérience intérieure, OCV, p. 18.

  • [11]

    G. Bataille, [Aphorismes], OCII, p. 391.

  • [12]

    Il s’agit de la phrase initiale d’un fragment posthume que Nietzsche a écrit vers 1880. En 1939, Bataille a tenté de rédiger un texte dont le titre est cette phrase (voir OCII, p. 392-399).

  • [13]

    Expression de sainte Thérèse d’Avila qui est chère à Bataille. Dans la dernière conférence du « Collège de sociologie » qui date du 4 juillet 1939, Bataille disait : « Lorsque Thérèse d’Avila s’écrie qu’elle meurt de ne pas mourir, sa passion ouvre au-delà de tout arrêt possible une brèche sur un univers où peut-être il n’y a plus de composition, de forme ni d’être, où il semble que la mort roule de monde en monde » OCII, p. 373.

  • [14]

    De l’érotisme qui est selon lui une forme d’expérience intérieure, Bataille dit qu’« il est l’approbation de la vie jusque dans la mort » (L’Érotisme, OCX, p. 17).

  • [15]

    G. Bataille, La Limite de l’utile, OCVII, p. 251.

  • [16]

    G. Bataille, ibid. E. Jünger, La Guerre, notre mère, traduction de Jean Dahel, Albin Michel, 1934, p. 47.

  • [17]

    G. Bataille, ibid. p. 252. E. Jünger, ibid., p. 50-51.

  • [18]

    Dans le texte original de Jünger, la phrase en question est la suivante : « diesen Gesichtern, die an die grausige Realistik alter Kreizigungsbilder erinnerten » (Ernst Jünger, Der Kampf als inneres Erlebnis, in Sämtliche Werke, Band 7, Essays I, Klett-Cotta, 1980, p. 21). Bataille réduit ainsi les images antiques de la mise à mort à celle de la crucifixion de Jésus-Christ.

  • [19]

    G. Bataille, La Limite de l’utile, op.cit., p. 253.

  • [20]

    G. Bataille, ibid., p. 253.

  • [21]

    E. Jünger, La Guerre, notre mère, op.cit., p. 126.

  • [22]

    Fragment B 53, d’après Diels-Kranz.

  • [23]

    Jünger, Der Kampf als inneres Erlebnis, op.cit., p. 11.

  • [24]

    Il se peut aussi que Jean Dahel ait pris en compte le genre féminin des deux noms : guerre et mère. C’est le cas de Jean-Paul Dumont. Celui-ci, soucieux de l’identité masculine du « père », traduit le fragment d’Héraclite comme suit : « Conflit est père de tous les êtres, le roi de tous les êtres » (Les Écoles présocratiques, édition établie par Jean-Paul Dumont, Gallimard, « Folio », 1991, p.78). Il explique pourquoi il a évité le mot guerre : « Guerre serait plus exact, mais le masculin conflit est nécessaire à la traduction française » (Ibid., « Notices et notes », p. 781).

  • [25]

    E. Jünger, La Guerre, notre mère, op.cit., p. 26-27.

  • [26]

    Jünger est sûr de la naissance de l’« Homme Nouveau », en voyant ces guerriers : « Lorsque j’observe avec quelle attention ils préparent en silence des brèches dans les réseaux de fils de fer et taillent des escaliers d’assaut, ou consultent le cadran lumineux de leurs montres, lorsque je les vois s’orienter d’après les constellations des étoiles, j’acquiers alors la conviction que devant moi, se trouve l’Homme Nouveau, pionnier de l’Europe future, l’élite d’ une race tout à fait nouvelle, prudente, forte, ivre d’énergie. Par-delà les réalités de cette bataille, j’entrevois, comme une vision prophétique, que ce type d’homme sera demain l’axe autour duquel une nouvelle vie gravitera de plus en plus » (La Guerre, notre mère, op.cit., p. 170.)

  • [27]

    G. Bataille, « La Mère-Tragédie », Le Voyage en Grèce, no 7, été 1937, OCI, p .493.

  • [28]

    Alfred Rosenberg, Der Mythus des 20. Jahrhunderts, Munich, 1932, p. 55, cité et traduit dans « Nietzsche et les fascistes », Acéphale, numéro double, janvier 1937, OCI, p. 457.

  • [29]

    G. Bataille, « Héraclite, Texte de Nietzsche », Acéphale, numéro double, janvier 1937, OCI, p. 466.

  • [30]

    G. Bataille, « La Pratique de la joie devant la mort », Acéphale, n° 5, juin 1939, OCI, p. 557.

  • [31]

    G. Bataille, « À propos de récits d’habitants d’Hiroshima », Critique, n° 8-9, janvier-février 1947, OCXI, p. 172.

  • [32]

    C’est Bataille qui écrit « la mort de soixante mille » dans cet article (OCXII, p. 178). Mais on ne peut pas indiquer le nombre précis des morts d’Hiroshima, puisque toute la ville, y compris la mairie, est détruite en un instant. On pense aujourd’hui que de quatre-vingt-dix mille à cent vingt mille habitants d’Hisroshma sont décédés, le 6 août 1945 pendant les quatre mois suivants. Inutile de dire que de nombreux atomisés d’Hiroshima sont morts depuis lors.

  • [33]

    G. Bataille, La Consumation, op.cit., OCVII, p. 178.

  • [34]

    En France, c’est d’abord France-Soir qui en a publié la traduction intégrale du 10 au 28 septembre 1946.

  • [35]

    G. Bataille, « À propos de récits d’habitants d’Hiroshima », OCXI, p. 174.

  • [36]

    G. Bataille, ibid., p. 178.

  • [37]

    G. Bataille, ibid., p. 178.

  • [38]

    G. Bataille, ibid., p. 175.

  • [39]

    G. Bataille, ibid., p. 174.

  • [40]

    G. Bataille, ibid., p. 176.

  • [41]

    G. Bataille, ibid., p. 177.

  • [42]

    G. Bataille, ibid., p. 180.

  • [43]

    G. Bataille, ibid., p. 179 (les italiques sont introduites par Bataille).

  • [44]

    G. Bataille, ibid., p. 174.

  • [45]

    G. Bataille, Sur Nietzsche, OCVI, p. 28.

  • [46]

    G. Bataille, « À propos de récits d’habitants d’Hiroshima », op.cit., p. 181.

  • [47]

    G. Bataille, La Littérature et le mal, Gallimard, 1957, OCIX, p. 171.

  • [48]

    G. Bataille, « À propos de récits d’habitants d’Hiroshima », op.cit., p. 185-186.

  • [49]

    G. Bataille, ibid., p. 186.

Pour citer cet article

Takeshi SAKAI, "Georges Bataille et les écritures de la guerre", in M. Finck, T. Victoroff, E. Zanin, P. Dethurens, G. Ducrey, Y.-M. Ergal, P. Werly (éd.), Littérature et expériences croisées de la guerre, apports comparatistes. Actes du XXXIXe Congrès de la SFLGC, URL : http://sflgc.org/acte/takeshi-sakai-georges-bataille-et-les-ecritures-de-la-guerre/, page consultée le 26 Avril 2019.